Président de l’ADLFA 65, Francis Dutour détaille les actions de prévention contre la grêle et les menaces financières qui pèsent sur le dispositif en cette nouvelle année.
Quel est votre constat face aux dégâts causés par la grêle de l’an dernier ?
2025 a été marquée par un violent orage début mai sur le nord du département. Le vignoble de Madiran, côté pyrénéen, a été très touché, ainsi que des cultures de maïs. Heureusement, les bâtiments ont été épargnés. Nous avons commencé l’année avec beaucoup d’inquiétude.
Quels moyens utilisez-vous ?
Nous utilisons des générateurs au sol. Ils fonctionnent par combustion d’une solution d’iodure d’argent. Nous en avons un tous les 5 à 10 km, placés selon les couloirs de grêle identifiés. Dans les Hautes-Pyrénées, nous disposons de 39 générateurs pour 80 bénévoles, avec des suppléants à proximité.
Comment fonctionnent ces générateurs ?
Ils sont activés quatre heures avant un risque de grêle. L’iodure d’argent diffuse des particules qui favorisent la congélation de l’eau dans les nuages, réduisant ainsi la taille des grêlons. En conditions optimales, ils fondent avant d’atteindre le sol. On estime que cela permet de réduire les dégâts jusqu’à 50 %.
Comment s’organise et se finance la lutte contre la grêle ?
Il existe des associations dans les Pyrénées-Atlantiques, les Landes, le Gers, les Hautes-Pyrénées et l’Ariège. Au total, on en compte une vingtaine en France. Certaines ont disparu faute de financement, comme celle de Haute-Garonne. L’ADLFA 65 a été créée en 1993 à l’initiative du conseil général. Je la préside depuis 25 ans. Nous devons trouver chaque année environ 90 000 € pour fonctionner, acheter la solution et le combustible, et financer le centre technique de l’ANELFA à Lannemezan.
Face à quelles difficultés faîtes-vous face ?
Le prix de l’argent, notre matière première et composante principal, a flambé avec l’inflation de près de 50 %. Cela met notre activité en péril et augmente le budget annuel. Le conseil départemental ne finance plus que 70 % de nos besoins donc nous devons trouver le reste auprès de collectivités, coopératives, banques et assureurs. Le problème c’est que personne ne se sent concerné alors que c’est une problématique d’intérêt général. Ils disent que ce n’est pas de leurs compétences alors qu’en réalité ce n’est de la compétence de personne. Nous avons demandé à chaque commune du département une petite contribution symbolique : 50 ou 100 €. Si toutes participaient, nous serions plus sereins. De plus, nous avons également des difficultés sur le renouvellement des bénévoles, car cela nécessite une présence locale constante et nos bénévoles vieillissent et espèrent passer la main.
Comment voyez-vous l’année 2026 ?
Nous avons encore les moyens d’assurer une année moyenne. Nous avons acheté la solution avant la hausse des prix. Mais la pérennité du dispositif dépend du renouvellement des bénévoles et du financement. Si rien ne change, en 2027, notre budget ne permettra plus que 11 alertes au lieu de 16. À côté le réchauffement climatique complique la situation, même s’il ne crée pas forcément plus d’orages, il les intensifie.

