EXCLUSIF. Huajin L., le gérant de l’ancien buffet géant à volonté Saveurs Gourmandes à Albi, est en détention provisoire depuis un peu plus d’un an dans le cadre de l’information judiciaire ouverte pour traite d’êtres humains en bande organisée. Son épouse, elle aussi mise en examen, s’exprime pour la première fois auprès de La Dépêche du Midi.
Depuis maintenant plus d’un an, Mme L. est sous contrôle judiciaire. Elle n’a plus le droit d’entrer en contact avec son mari, Huajin, placé en détention provisoire en janvier 2025 dans le cadre de l’affaire du “restaurant de la honte”.
Le couple et deux autres associés de l’ancien buffet géant à volonté “Saveurs Gourmandes” à Albi ont été mis en examen l’année dernière pour toute une série d’infractions dont la principale, la traite d’êtres humains en bande organisée, pourrait leur valoir un procès devant la cour d’assises du Tarn.
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“Je n’ai jamais fait une telle chose”, assure Mme L. à La Dépêche du Midi. Placée sous contrôle judiciaire, cette mère de famille de nationalité chinoise, qui ne parle quasiment pas un mot de français, continue de vivre dans le Tarn. Après un long silence, elle a accepté de se confier sur sa situation, assistée de son avocat, Me Stéphane Diboundje.

“Ce sont des mensonges”
“Je travaillais dans le restaurant comme serveuse, je ne m’occupais pas de la gestion du personnel”, explique Mme L., qui conteste les accusations de traite d’êtres humains. “Ce sont des mensonges”. Elle ne rentrera pas dans les détails. L’enquête, toujours en cours, est soumise au secret de l’instruction.
Mais la mère de famille rejette les termes de “restaurant de la honte”. “C’est n’importe quoi. Les gens qui disent ça ne connaissaient pas le restaurant”. Pointée du doigt depuis le déclenchement de l’affaire, elle vit mal ce qu’elle considère être une forme d’injustice. “C’est vraiment dur. Je ne dors plus la nuit. Pour les enfants surtout, c’est difficile”.
Son époux, assisté par Me Pascal Bibard, s’occupait de la gérance du restaurant. Le couple s’était associé à d’autres investisseurs pour lancer le buffet d’Albi. Deux d’entre eux, Yunshu H. et Wendan C., ont aussi été mis en examen. Assistés par Mes Bracka et Harir, ces derniers, âgés de 40 ans, sont les cofondateurs des enseignes “Saveurs Gourmandes” en région parisienne.
Outre la traite d’êtres humains en bande organisée, l’enquête porte sur des faits d’exécution en bande organisée d’un travail dissimulé, d’emploi en bande organisée d’étrangers non munis d’une autorisation de travail, d’aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d’un étranger en France, ayant pour effet de le soumettre à des conditions incompatibles avec la dignité humaine, mais aussi de rétribution insuffisante de personnes vulnérables, soumises à des conditions de travail indignes, et blanchiment en bande organisée.
Le système mis en place aux Saveurs Gourmandes d’Albi “permettait l’exploitation et l’hébergement de salariés dans des conditions contraires à la dignité humaine”, selon le parquet d’Albi qui a notamment pointé “des durées d’emploi dépassant largement les taux horaires légaux pour des salaires fortement minorés, et non déclarés, et l’hébergement dans des locaux inadaptés”.

