February 13, 2026

ENTRETIEN. TFC : "J’ai été six mois en dépression…" L’ex entraîneur Patrice Garande raconte ses années compliquées après avoir quitté Toulouse

l’essentiel
Il aura été le premier coach du Toulouse FC à la sauce américaine. Nommé par Damien Comolli à la tête de l’équipe première été 2020, au moment du rachat du club par RedBird Capital Partners, le Normand âgé aujourd’hui de 65 ans ne sera resté qu’une saison en bord de Garonne, congédié au lendemain d’un barrage d’accession en L1 perdu contre Nantes. L’ancien attaquant du Havre (1991-1992) qui accueille Toulouse dimanche 15 février (15h, J22), international A et champion olympique en 1984 à Los Angeles, a bien voulu ouvrir la boîte à souvenirs – douloureux. Mais pas que.

Patrice, comment allez-vous d’abord ?
Ça va, ça va : je suis un retraité actif. Oui, c’est une bonne expression. Je continue d’être consultant à la radio pour les matchs de Malherbe (Caen) – à domicile au stade comme à l’extérieur en studio. Je participe aussi à une émission chaque lundi soir où on revient sur le match précédent et sur celui à venir. Puis je tiens toujours mes conférences sur le management. Je suis autoentrepreneur, ma boîte s’appelle PGC, Patrice Garande Consulting.

Garande, ici au Stadium, lors de la première victoire des siens en L2 face à Auxerre au cours de la J5.
Garande, ici au Stadium, lors de la première victoire des siens en L2 face à Auxerre au cours de la J5.
DDM – VALENTINE CHAPUIS

En un mot…
Je fais des interventions dans certaines sociétés, des banques, les écoles de management. Même chez Les Restos du Cœur.

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Mais quel rapport entre l’association créée par Coluche et le monde du foot ?
Parce que, pour moi, ce qui compte avant tout est l’humain. Tout ce qui touche au relationnel. Dans le ballon rond, même s’il y a évidemment tous les aspects spécifiques techniques, etc., il s’agit en premier lieu d’être en capacité de gérer des hommes ou des femmes. J’essaye de délivrer des messages, en quelque sorte. À travers les erreurs que j’ai pu commettre – et dans le football, forcément, puisque c’est la seule chose que j’ai vécue. Je dresse des synthèses car il n’y a pas une seule vérité.

Vos deux occupations remontent à quand ?
À la même période, soit un an après ma dernière expérience comme entraîneur à Dijon (2021-2022).

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Au fait, vous ne recherchez plus de banc…
Ah, non-non-non.

Pourquoi ?
Disons que les choses sont venues comme ça. Naturellement. C’est que, déjà, j’ai eu beaucoup de mal à digérer Toulouse – d’ailleurs, ce n’est toujours pas évacué. Et, justement, quand j’ai eu la proposition de Dijon, en fait, je n’aurais pas dû y aller… je n’étais sûrement pas prêt à… Mais mon entourage, mon envie, ma passion du foot, tout ça fait que j’ai accepté. Résultat : au bout de quatre mois, je savais que je ne resterais pas en poste. On m’avait demandé de sauver le club (maintien en L2), je l’ai fait. Point barre. Et…

Oui…
Lorsque je suis rentré chez moi, j’ai fait une dépression assez importante. Elle a duré six mois.

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Concrètement ?
J’avais un mal-être global, psychologique bien sûr mais également physique. J’étais en manque de compétition, de tout un tas de trucs au final. Ce qui pose souci, dans une telle situation, c’est que tu ne te rends pas vraiment compte de quoi tu souffres. Tu sais que tu n’es pas bien, mais tu n’arrives pas à formaliser, verbaliser, mettre un mot sur tes maux. Jusqu’au jour où je suis tombé à la télé sur un documentaire où Camille Lacourt, le nageur, racontait. Je me suis totalement reconnu dans ses paroles. Je suis comme ça, c’est cela que je vis ! Il faut bien dire que le sujet chez le sportif était encore tabou il n’y a pas si longtemps que ça.

Et comment en êtes-vous sorti ?
J’aime employer la formule : “Je suis guéri du foot.” Traduire : au bout d’un moment, “tout ça” est parti je dirai. Quand bien même je nourris autant qu’auparavant cette passion du jeu. Je continue d’adorer le football et je m’éclate à la radio à en parler. Aucun problème. Par contre, le fait d’entraîner… j’y vois désormais beaucoup plus d’emmerdes que de plaisirs en somme. Puis l’évolution du milieu, les relations… D’où mon partage d’expérience à travers PGC. Bon, enfin, les douleurs physiques ont disparu et, aujourd’hui, je n’éprouve plus de vide à combler.

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L’épisode toulousain paraît bien loin…
Pas vraiment. Comme je l’évoquais tout à l’heure, la cicatrice n’est pas refermée. Doublement. Côté coulisses car j’ai été viré – c’est le terme (NDLR : le président Comolli a remercié le Rhônalpin de naissance un an avant la fin de son contrat). Sur le terrain, parce que je suis convaincu qu’on devait monter à l’issue des barrages. Sinon, clairement, mon passage là-bas aura été génial : la ville en elle-même, les gens, ces supporters qui ne pouvaient pas venir nous soutenir à l’intérieur du stade mais qui nous faisaient des accueils du bus de malades ! Quelque part, oui, j’ai écrit la nouvelle histoire du TFC, débarquant dans un contexte sportif super-compliqué. Je rappelle que les mecs n’avaient pas gagné depuis je ne sais plus combien de temps. On perd les deux premiers matchs de L2 (1-0 face à Dunkerque et 5-3 à Grenoble) et on remporte, à la maison, avec jauge Covid ou huis clos, notre première rencontre devant Auxerre [3-1, après deux nuls 0-0 vs Sochaux et 1-1 à Clermont]. Les garçons qui avaient une chape de plomb sur la tronche depuis un an, pleuraient dans le vestiaire… d’avoir enfin regagné !

Et ils le referont à Nantes où le rêve d’accession se brise (revers 2-1 à Toulouse, victoire 1-0 à Nantes : défaite eu égard à la règle des buts à l’extérieur).
Pour moi, il y a penalty [main de Charles Traoré à la 81e, non sanctionnée par M. Bastien qui après avoir fait appel au VAR n’ira pas consulter les images bord de terrain]. Après, certes, il faut qu’on le mette au fond. Mais oui : je considère que, sportivement, on y était arrivés (à remonter). Moi, j’ai adoré construire cette équipe. Ce qui me plaisait surtout, c’est qu’on avait une vraie identité de jeu. Ma fierté ? Avoir cru en des jeunes tels Amine Adli, Manu Koné, Bafodé Diakité : tous ont percé depuis.

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Vous regardez les matchs du Téfécé…
Les résumés. J’ai du mal, encore, vu la fin de l’aventure. À part ça, il y a un entraîneur qui est là depuis un petit moment, qui a mis des choses en place ; et c’est une équipe qui joue, qui est agréable à voir évoluer, qui fait une très bonne saison. Et ce qui me fait plaisir, c’est que le Stadium est plein ; aujourd’hui, Toulouse, je ne vais pas dire qu’il ne craint pas grand-chose, mais, en tout cas, il produit du jeu. La formation me semble costaude, armée pour faire des résultats y compris à l’extérieur. En résumé : ce n’est pas simple d’affronter le Tef, à la fois sur le plan de l’organisation et sur celui des qualités intrinsèques.

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Le HAC, maintenant ?
Je connais très bien le club et les gens qui y sont. Les Havrais sont passés tout près de la correctionnelle la saison passée (miraculés grâce à un penalty à la 98e lors de l’ultime journée sur la pelouse de Strasbourg). Et ça leur a servi : cette année, c’est une autre musique. Ce club, c’est la doublette Digard/Bodmer (coach, directeur sportif). Une vraie amitié voire complicité entre les deux. Ils ont une idée très précise de ce qu’ils veulent faire. Ils font beaucoup confiance aux jeunes. Le résultat est cohérent, ce n’est pas le fruit du hasard. Didier Digard, c’est vrai, n’est pas le gars le plus expansif de la terre mais j’aime assez comment il parle de ses joueurs. Tu sens qu’il y a quelque chose entre eux. Il est presque encore joueur dans l’âme, dans la relation qu’il a avec ses protégés. Quand il faut les bouger, je pense qu’il les bouge ; or il ne les bouge pas pour les bouger.

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Que conservez-vous de votre seule année en bord de Manche ?
Que du bon. Quand je suis arrivé, il y avait un mélange sympa de jeunes (Revault, Bertin) et d’anciens : Jean-Christophe Thouvenel, Philippe Mahut, le père d’Aubameyang (Pierre), Thierry Goudet. Là-bas, j’ai aussi découvert un entraîneur : Pierre Mankowski. Lequel avait une façon de gérer, de nous parler, qui a fait que ça s’est très bien passé. D’ailleurs, c’est lui qui me mettra le pied à l’étrier à Caen en me prenant comme adjoint. Mes débuts de l’autre côté de la barrière, quoi.

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Revenons au présent : une idée du déroulé du match dimanche ?
Comme souvent, ça va être serré ; il ne devrait pas y avoir cinq buts d’écart. Les deux équipes garderont leurs principes. Peut-être un coup de pied arrêté : Toulouse excelle en la matière, Le Havre aussi n’est pas mauvais dans le domaine. Le Tef sort d’une défaite. Coup d’arrêt ou accident, on le saura après. Un prono ? Désolé, je n’en suis pas friand…

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