Quatre membres de la Coordination rurale de Haute-Garonne, dont le président départemental, seront jugés en avril prochain à Toulouse. Soupçonnés d’avoir saboté des dizaines de transformateurs électriques en janvier dernier, causant 90 000 € de dégâts et privant des milliers de foyers de courant, ces agriculteurs – inconnus de la justice – ont été confondus par une enquête minutieuse de la gendarmerie.
Coup de filet dans les rangs de la Coordination rurale de Haute-Garonne : quatre agriculteurs, dont leur président, sont poursuivis pour des dégradations commises en janvier dernier. Ils seront jugés le 8 avril prochain, dans le cadre d’une convocation par procès-verbal, devant le tribunal correctionnel de Toulouse. “Leurs actions ont causé un préjudice de l’ordre de 90 000 €”, assure David Charmatz, le procureur de la République.
“Du 15 au 26 janvier, durant six nuits, des dégradations ont été commises sur des générateurs électriques. Les cadenas ont été brisés pour forcer les portes”, précise le procureur. Des équipes organisées ont, dans cette période, attaqué 73 générateurs, privant 4 300 foyers d’électricité. Ces agissements ont contraint Enedis à dépêcher des techniciens en urgence pour réparer les dommages. La note est très salée.
La gendarmerie n’avait fait aucun lien avec les agriculteurs
“Le parquet a ouvert une enquête dès les premiers incidents”, ajoute David Charmatz. Missionnés par le procureur, les militaires de la brigade de recherches de Muret ont concentré leurs efforts sur certaines communes comme Saint-Gaudens, Saint-Lys et Carbonne, particulièrement visées. “Au fil des investigations, grâce aux renseignements recueillis, nous avons réussi à repérer les lieux à risque, où les suspects risquaient de se rendre pour attaquer les boîtiers de transformateurs”, confie le colonel Stéphane Dallongeville.
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Des contrôles de véhicules ont été mis en place plusieurs nuits dans ces secteurs. “Je précise que nous n’imaginions absolument pas que ces actes avaient un lien avec les agriculteurs. C’est une procédure menée totalement en dehors de ces considérations”, ajoute le gradé de la gendarmerie.
Dans la nuit du 26 au 27 janvier, deux véhicules sont arrêtés. Les occupants de l’habitacle, courtois, sont autorisés à repartir. Quelques heures plus tard, les voitures sont repérées sur un autre secteur surveillé par les militaires. Nouveau contrôle. “On s’est aperçu, parce qu’il portait des vêtements en lien avec la Coordination rurale du 31, qu’il s’agissait d’agriculteurs. Dans le coffre, nous avons également remarqué la présence d’un coupe-boulons, capable de briser un cadenas”, souligne le colonel Dallongeville.
“La téléphonie” a été déterminante
En travaillant sur la téléphonie, les gendarmes ont confirmé les doutes et fini par identifier six suspects, majoritairement membres du syndicat agricole. “Lors des auditions, au cours desquelles ils se sont bien comportés et ont avoué leur participation. Ces personnes ont toutes assuré que leur président avait également participé aux exactions. Il a donc lui aussi été placé en garde à vue ce mercredi soir”, poursuit le procureur.
Trois suspects ont été relâchés, quatre, dont le président, sont placés sous contrôle judiciaire. “Le parquet a requis l’interdiction de participer à une manifestation, de se concerter et de quitter le département. Ils devraient aussi être obligés de se présenter à la gendarmerie de manière hebdomadaire”, annonce le parquet. Pour ces actes de dégradations et de vols en réunion, les quatre prévenus, âgés de 35 à 45 ans et jusque-là inconnus de la justice, encourent une peine maximale de sept ans d’emprisonnement.
Lors du contrôle opéré le 26 janvier, les gendarmes ont également trouvé une tronçonneuse dans le coffre d’une de leurs automobiles. Toutefois, aucun lien n’a été établi avec les troncs d’arbres découpés puis entassés sur la chaussée, notamment à Vendine* dans le Lauragais. “Cette affaire fait l’objet d’une autre instruction qui n’a aucun lien avec celle-ci”, insiste le patron du parquet de Toulouse.

