Emmanuel Macron à Bruxelles, en décembre 2025. JOHN THYS/AFP
Emmanuel Macron prévient : les « menaces » commerciales et « intimidations » des Etats-Unis ne sont pas « finies ». Dans une interview donnée à plusieurs journaux européens dont le français « le Monde », le britannique « The Economist » et l’allemand « Süddeutsche Zeitung », publiée ce mardi 10 février, le président parcourt plusieurs thématiques et assure que les Européens « seront balayés » s’ils n’instaurent pas une « préférence européenne » dans des secteurs stratégiques face à la concurrence américaine et chinoise.
Il a mis en garde contre « une forme de lâche soulagement » des dirigeants des pays de l’Union européenne « au sortir du pic de la crise » avec Donald Trump. « Il y a les menaces et les intimidations. Et puis, d’un seul coup, Washington recule. Et on pense que c’est fini. Mais n’y croyez pas une seule seconde. Chaque jour, les menaces sur la pharmacie, le numérique… », a-t-il dit, allusion aux nombreuses annonces, parfois aléatoires, sur l’instauration de droits de douane notamment aux pays européens.
• Face à Trump, les Européens ne doivent pas « courber l’échine »
Selon lui, « quand il y a une agression caractérisée », « nous ne devons pas courber l’échine ou essayer de trouver un arrangement ». « On a essayé cette stratégie pendant des mois, elle n’est pas payante. Mais surtout, elle conduit stratégiquement l’Europe à accroître sa dépendance », a-t-il estimé.
Alors que se profilent cette semaine des rencontres des dirigeants européens sur la compétitivité et l’industrie, il a plaidé pour « la simplification » et « l’approfondissement du marché intérieur » de l’UE, et la « diversification » des partenariats commerciaux.
• Protéger l’industrie européenne
Dans l’interview, Emmanuel Macron a appelé à « protéger notre industrie » sans « être protectionniste », avec une « préférence européenne » sur « certains secteurs stratégiques, comme les “cleantechs” [techniques et services industriels qui utilisent les ressources naturelles, NDLR], la chimie, l’acier, l’automobile ou la défense, sinon les Européens en seront balayés ». Une proposition qu’il porte de longue date et sur laquelle la Commission européenne a fait lundi des propositions similaires.
• Plaidoyer pour un endettement commun
Il a par ailleurs relancé l’idée d’un endettement commun européen, défendu par la France depuis des années mais toujours repoussé par d’autres pays, dont l’Allemagne, qui n’y a fait que de rares exceptions, notamment pour lutter contre le Covid-19.
Il a évalué les besoins d’investissements publics et privés dans l’UE à « quelque 1 200 milliards d’euros par an » en additionnant les nécessités dans « les technologies vertes et numériques » et « la défense et la sécurité ». « C’est le moment de lancer une capacité commune d’endettement pour ces dépenses d’avenir, des eurobonds d’avenir », a martelé le président français dans cet entretien publié aussi par le « Financial Times » ou « El País ».
• L’avion de combat européen, « un bon projet »
Emmanuel Macron a estimé que le projet de futur avion de combat européen (Scaf) est « un bon projet » et que « les choses doivent avancer », en dépit des tensions entre industriels français et allemands. « C’est un bon projet et je n’ai eu aucune expression allemande pour me dire que ce n’est pas un bon projet. Quand les industriels essaient de faire de la dyssynergie, c’est une chose, mais ce n’est pas à nous de la cautionner », a-t-il déclaré, assurant qu’il en rediscuterait avec le chancelier allemand Friedrich Merz.
« Et de la même manière sur le char de combat, d’ailleurs. Parce que vous imaginez, si d’aventure, le partenaire allemand remettait en cause l’avion commun, on serait obligé de remettre en cause le char commun », a-t-il prévenu dans cet entretien. L’avion de combat européen est un projet clé de la coopération militaire franco-allemande. Lancé en 2017, il vise à remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols d’ici à 2040, dans un contexte de réarmement européen face aux tensions accrues avec la Russie. Mais les industriels français et allemands peinent à s’entendre.

