La lutte contre le trafic de stupéfiants à Toulouse s’intensifie, mais la violence associée inquiète. En 2025, 1 600 opérations de démantèlement de points de deal ont été menées. De nouveaux outils sont mis en œuvre, mais la délinquance s’adapte et se transfère sur les réseaux.
À Toulouse et dans sa métropole, les chiffres officiels 2025 confirment une réalité paradoxale : jamais la lutte contre le trafic de stupéfiants n’a été aussi intense, mais jamais les phénomènes de violence associés n’ont été aussi préoccupants.
“C’est un véritable fléau pour la société”, a résumé le préfet de la Haute-Garonne, Pierre-André Durand, en présentant, le 10 février, un bilan marqué par la montée de l’hyperviolence dans certains quartiers.
1 600 opérations de démantèlement de points de deal
En 2025, 1 600 opérations de démantèlement de points de deal ont été menées. À cela s’ajoutent 4 327 amendes forfaitaires délictuelles, en hausse de 15,3 % par rapport à 2024, visant principalement les consommateurs.

“Ces opérations déstabilisent le trafic par des actions de harcèlement et de morcellement”, souligne le préfet. Mais cette pression constante a un effet collatéral : une concurrence accrue entre réseaux.
“Les trafiquants ont largement recours à la livraison à domicile”
Historiquement concentré dans les quartiers du Grand Mirail, des Izards-Borderouge et d’Empalot, le trafic se recompose. Si le cannabis reste dominant, l’offre se diversifie (cocaïne, héroïne, drogues de synthèse), tandis que les modes opératoires évoluent.
“Les trafiquants ont largement recours à la livraison à domicile via des messageries cryptées”, observe Pierre-André Durand, évoquant une digitalisation du trafic qui permet d’étendre l’activité tout en la rendant plus discrète.
“Le nombre de points de deal est passé de 50 à 38 cette année”
“Le nombre de points de deal est passé de 50 à 38 cette année”, note Alexandre Desporte, directeur de la police nationale en Haute-Garonne.
“Cette baisse s’explique à la fois par l’action des unités engagées et par un phénomène de désorganisation du trafic, qui tend à diminuer, mais rend les territoires restants plus disputés.”
61 demandes d’interdiction de paraître sur des points de deal ont été formulées
Les règlements de comptes et affrontements territoriaux se multiplient dans les quartiers sensibles.
Les règlements de comptes et les affrontements territoriaux se multiplient dans les quartiers sensibles, où “les règlements de comptes liés aux trafics sont réguliers”, selon les services de l’État.
Pour tenter d’enrayer cette spirale, de nouveaux outils juridiques ont été activés. En 2025, 61 demandes d’interdiction de paraître sur des points de deal ont été formulées, dont 50 déjà validées par arrêté préfectoral.
16 procédures de résiliation de bail
Trois fermetures administratives de commerces servant de points d’appui aux trafics ont également été prononcées, ainsi que 16 procédures de résiliation de bail visant des logements utilisés par des trafiquants.
Sur le plan judiciaire, le procureur de la République David Charmatz insiste sur la fermeté de la réponse pénale.
“Mettre en cohérence le comportement de nos concitoyens avec les règles de vie en société, c’est le quotidien du parquet”, rappelle-t-il. À Toulouse, 88 % des affaires poursuivables donnent lieu à une réponse pénale, un taux très supérieur à la moyenne nationale.
“Lorsqu’un auteur est identifié et poursuivi, cela atténue le sentiment d’insécurité”, affirme le procureur.

