February 10, 2026

"Ah non, vous, je n’ai pas votre taille" : le 44, une frontière invisible dans les vitrines de la mode albigeoise

l’essentiel
Trop cher à produire, trop classique ou trop ciblé “seniors” : le segment de la mode grande taille peine à trouver sa place dans la cité épiscopale. Entre la frilosité des fournisseurs et les budgets serrés des jeunes consommatrices, le fossé se creuse, laissant le champ libre aux géants du web.

Dans les rues d’Albi, le bilan est critique : les boutiques se succèdent à chaque coin de rue, mais seule une poignée d’entre elles propose des tailles dépassant le 44. Une carence qui persiste au risque de délaisser une clientèle en quête de reconnaissance et de style.

Ce n’est pourtant pas l’envie qui manque aux commerçants locaux, désireux de satisfaire tous les profils. Cependant, ils subissent le diktat des marques qui imposent leurs propres standards de taille. Selon Carole, vendeuse chez L’Appart de Carrie à Albi, cette décision répond avant tout à une volonté de réduction des coûts : “La confection de grandes tailles nécessite davantage de matière première, un surcoût que les marques répercutent sur leur offre”, explique-t-elle.

La boutique Albi au Féminin, dans le centre-ville d’Albi, propose des vêtements grande taille jusqu’au 50.
La boutique Albi au Féminin, dans le centre-ville d’Albi, propose des vêtements grande taille jusqu’au 50.
DDM – EMILIE CAYRE

Pourtant, certains établissements ont choisi de faire de l’inclusion leur marque de fabrique. Sur la place Lapérouse, l’enseigne Albi au Féminin habille les femmes jusqu’au 50 depuis plus de trois décennies. “Il faut de quoi habiller les belles plantes”, souligne une employée de la maison. Le hic ? La cible visée a majoritairement passé la cinquantaine. “Nous proposons des vêtements à un certain prix, que les jeunes ne peuvent pas forcément se permettre”, avoue-t-elle.

Un processus “frustrant”

Après l’obstacle financier surgit celui du style. Pour Carole, les pièces proposées en grandes tailles sont souvent “trop simples”, manquant cruellement de modernité. Ce déficit de diversité pousse une partie des Albigeoises à l’autonomie. “Quand j’étais cliente, j’en ai eu marre de ne pas trouver des vêtements à mon goût. Alors, j’ai fini par les créer moi-même”, confie Élodie, blogueuse et vendeuse. Un élan créatif né d’un sentiment d’exclusion : “C’est frustrant d’entendre : Ah non, vous, je n’ai pas votre taille”.

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Puisqu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Élodie anime désormais des ateliers couture à Albi. Que ce soit par nécessité ou par plaisir, chaque session est une occasion de se réapproprier la mode. On découpe, on rapièce, on assemble, mais surtout, on façonne ce que les vitrines du centre-ville ignorent.

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Face à ce désert en boutique physique, de nombreux acheteurs se résignent à cliquer sur les géants de la fast-fashion. Une alternative inconcevable pour Élodie, fervente défenseuse de la seconde main. Cette philosophie est au cœur de ses “grosses séances” de conseil qu’elle organise à Cordes-sur-Ciel. Pour ses participantes, elle épluche avec minutie les rayons des friperies, sélectionnant des vêtements “tendances”, “de qualité” et “qui mettent en valeur les formes”. Au-delà de la complicité, ces séances représentent, pour beaucoup, un véritable soulagement.

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