Le président américain, Donald Trump, à la Maison Blanche, à Washington, aux États-Unis, le 6 février 2026. ANDREW LEYDEN / NURPHOTO VIA AFP
C’est une vidéo d’un peu plus d’une minute, comme Donald Trump en diffuse des dizaines sur sa plateforme de propagande Truth Social. Ce montage publié le 5 février présente des soi-disant preuves de manipulations du scrutin américain de 2020, que le président républicain martèle contre toute évidence avoir remporté. Mais à ce délire complotiste habituel s’ajoute, très rapidement à la fin, un montage des époux Obama, le visage hilare sur un corps de primate, la jungle en toile de fond.
Donald Trump est allé plus loin que d’habitude. Si l’ex-président démocrate et son épouse n’ont pas réagi, ce passage raciste suscite l’indignation jusque dans les rangs républicains. La vidéo a finalement été supprimée : le président admettrait-il – de manière inédite – qu’il s’est trompé ? La Maison-Blanche a rejeté la faute sur un « employé », avant que le milliardaire peroxydé refuse de s’excuser car il n’aurait pas fait d’erreur. Vraiment ?
De la « fausse indignation » au retrait de la vidéo
Donald Trump a posté cette vidéo sur Truth Social le 5 février au soir. Le lendemain matin, la vidéo avait déjà reçu plusieurs milliers de mentions « J’aime » d’internautes du réseau social. Le montage a été posté à l’origine par le site d’extrême droite américain Patriot News Outlet, et reposté par le président américain… à deux reprises.
Alors que plusieurs démocrates protestent – à l’image du gouverneur de Californie, Gavin Newsom, qui dénonce un « comportement ignoble » du président américain –, la première réaction du camp Trump est venue de sa porte-parole : « Ceci est extrait d’une vidéo publiée sur internet représentant le président Trump en roi de la jungle, et les démocrates en personnages du Roi Lion. Arrêtez cette fausse indignation et rendez compte de quelque chose qui, aujourd’hui, veut dire quelque chose pour le public américain », écrit Karoline Leavitt dans un communiqué transmis à l’AFP le 6 février.
Quelques heures plus tard, un premier républicain affiche aussi son indignation. « Je prie pour que ce soit faux, parce que c’est la chose la plus raciste que j’ai vu sortir de cette Maison-Blanche. Le président devrait la retirer », a déclaré Tim Scott, seul sénateur noir de son parti au Congrès américain. Il est ensuite rejoint par plusieurs collègues du Sénat et de la Chambre des représentants. A la Maison-Blanche, on ne toujours bouge pas, fidèle à sa stratégie de communication offensive, qui consiste à défendre ou amplifier les messages du président, sans jamais reconnaître d’erreur ni exprimer de regrets.
La pression serait-elle finalement devenue trop forte ? Toujours est-il qu’après une douzaine d’heures de présence, la vidéo est soudainement retirée du compte de Donald Trump. « Un employé de la Maison Blanche avait publié ce contenu par erreur. Il a été effacé », a indiqué à l’AFP un haut responsable de l’exécutif. Une diffusion erronée que Karoline Leavitt n’avait pas évoquée, semblant au contraire confirmer l’intention volontaire du partage de cette vidéo.
Trump est « le président le moins raciste » (c’est lui qui le dit)
Alors de quoi ce changement de réponse est-il le nom ? Interrogée, la présidence américaine n’a pas répondu à des demandes de précision sur cet employé anonyme, ni sur la gestion du compte personnel de Donald Trump sur Truth Social, qui fait office de canal de communication officiel autant que d’exutoire pour le président américain. Impossible, donc, de confirmer la véracité de cette explication. « Personne ne croit à cet enfumage de la Maison-Blanche, d’autant plus qu’ils avaient initialement défendu cette publication, souligne d’ailleurs sur X Kamala Harris, son adversaire démocrate lors de la dernière présidentielle. Nous savons tous parfaitement qui est Donald Trump et quelles sont ses convictions. »
A ceux qui pensaient voir une inflexion du président américain, sa première prise de parole a tout du contraire : « Je n’ai regardé que la première partie (…) et je n’ai pas vu l’ensemble, a-t-il fini par affirmer à des journalistes à bord de l’avion présidentiel Air Force One, en fin de journée. Personne ne savait ce qu’il y avait à la fin. » Circulez, il n’y a rien à voir. Mais il ne s’arrête pas là : « Je suis le président le moins raciste que vous ayez eu depuis longtemps », a-t-il ajouté, avant d’assurer condamner le contenu raciste de la vidéo. Alors pourrait-il présenter ses excuses aux époux Obama ? Un pas que ne franchira pas le républicain : « Je n’ai pas fait d’erreur. »

