February 5, 2026

"Il y a une vraie histoire ici" : avec Ghyslaine et Manuel, la dernière mercerie de Castres perpétue un savoir-faire de près d’un siècle

l’essentiel
La mercerie Floriane, dernier bastion de Castres, résiste depuis 1937. Entre tradition et modernité, elle offre conseils et produits variés. Le numérique n’a pas remplacé le lien humain essentiel.

Derrière la vitrine colorée du 20, rue Victor-Hugo, à deux pas de la place Jean-Jaurès, se cache un petit trésor de l’Écusson. Boutons anciens, rubans, laines, fils, aiguilles et machines à coudre y cohabitent dans un joyeux désordre parfaitement organisé. Depuis 25 ans, Ghyslaine et Manuel Artis tiennent la mercerie Floriane, la dernière de Castres. Un commerce de proximité devenu rare, mais toujours bien vivant.

“Nous avons repris la boutique en octobre 2001. À l’époque, elle était au 3, rue Victor-Hugo”, se souvient Ghyslaine. La mercerie existe depuis 1937. D’abord bonnetterie, elle est ensuite devenue une mercerie tenue par plusieurs générations de commerçants. “Quand on l’a reprise, c’étaient M. et Mme Gau. Ils l’avaient tenue près de vingt ans. Avant eux, c’était M. Olivier. Il y a une vraie histoire ici.”

La semaine dernière, une soirée d’anniversaire a été organisée pour fêter les 10 ans de la boutique, à l’endroit actuel. /
La semaine dernière, une soirée d’anniversaire a été organisée pour fêter les 10 ans de la boutique, à l’endroit actuel. /
DR

Très vite, le couple développe l’offre. L’espace devenant trop étroit, ils décident de déménager. “Il y a dix ans, on a trouvé ce local au 20, rue Victor-Hugo. On a tout transféré en un week-end. Le mardi, on rouvrait ici.” Quelques mètres plus loin, mais un vrai changement de dimension. Plus de place, plus de références, et un étage pour stocker la laine et réparer les machines. Un pot d’anniversaire a été organisé la semaine dernière : “Cette soirée était l’occasion de remercier tout particulièrement la famille et les amis qui, il y a 10 ans, ont formé une équipe de choc pour nous aider à déménager toute la mercerie en un seul week-end ! Sans leurs bras et leur énergie, rien n’aurait été possible.”

Pourtant, rien ne prédestinait Ghyslaine à devenir commerçante. “J’ai complètement changé de vie. Mais je cousais, je brodais, je tricotais. J’aimais transmettre.” Manuel, ancien du 8e RPIMa, quitte l’armée pour la rejoindre. Comptable de formation, il gère aujourd’hui la boutique… mais aussi l’atelier. “Il entretient et répare les machines à coudre. On en vend aussi. Ça a redonné un vrai souffle à l’activité.”

À lire aussi :
20 ans pour la mercerie Floriane

Dans cette “caverne d’Ali Baba”, on trouve de tout : métrage, fermetures, élastiques, fils, laine, broderie, crochet, tricot… et une impressionnante collection de boutons. “Beaucoup trop pour les compter !” sourit Ghyslaine. Mais ce qui fait surtout la différence, c’est le conseil. “Quand on ne s’y connaît pas, c’est rassurant d’avoir quelqu’un en face. On écoute le projet, puis on dit ce qui est vraiment adapté.”

La clientèle est fidèle. “On voit aujourd’hui les enfants de nos premiers clients. C’est très émouvant.” D’autant que le “faire soi-même” (“Do it yourself”) revient en force. Ghyslaine anime des ateliers créatifs chaque mois, le dimanche après-midi, dans un salon de thé du centre. “Crochet, tricot, broderie… Les gens aiment apprendre. Créer de leurs mains, réparer plutôt que jeter.”

“On expédie tous les jours. Ça représente environ 10 % de l’activité. C’est primordial, même si les gens préfèrent venir en boutique.”

Au moment de notre passage, un client nous a confiés : “Dans des villes comme Castres, c’est compliqué de trouver une mercerie. Ici, on sait qu’on trouvera ce qu’on cherche”, confie-t-il. “Et surtout, on est bien conseillé. Sur Internet, on ne vous explique pas l’élasticité d’un tissu ou quelle aiguille utiliser. Ici, je n’ai jamais été déçu.”

Mais le couple a aussi pris le virage du numérique avec un site marchand. “On expédie tous les jours. Ça représente environ 10 % de l’activité. C’est primordial, même si les gens préfèrent venir en boutique.” Pour Ghyslaine, c’est clair : “Ce qui fait la différence, c’est le lien humain.”

Aujourd’hui, à 55 et 57 ans, Ghyslaine et Manuel Artis continuent de faire vivre un commerce rare. Dans un centre-ville où les rideaux de fer ternissent le paysage du centre-ville, leur mercerie fait figure d’exception. Un fil solide entre tradition et modernité, dans le quotidien des Castrais.

source

TAGS: