Grâce à Sapha, Souhaib et à la solidarité du voisinage, une femme de 43 ans et ses enfants de 2 et 5 ans ont échappé à l’incendie qui ravageait leur appartement, près de Toulouse. Mais tout le monde a eu chaud. Témoignages.
Elle préparait à manger à sa fille lorsqu’un cri l’a glacée, peu avant 19 heures. “Au départ, j’ai cru à une dispute de couple”, relate Sapha, 25 ans, qui vit dans cette résidence arborée de Launaguet, près de Toulouse, depuis trois hivers. Mais un rapide coup d’œil au bâtiment d’en face lui fait prendre conscience de l’urgence de la situation. “J’ai vu des flammes dans un appartement et un enfant à la fenêtre”.
“On s’est retrouvés coincés”
Elle court sur place, avale au pas de charge l’espace vert qui les sépare, tombe dans un fossé à cause de la pénombre – “les lampadaires ne fonctionnaient pas” – et pénètre “par effraction” selon ses termes sur la terrasse du voisin du rez-de-chaussée. Elle commence à empiler du mobilier de jardin pour tenter d’atteindre la fenêtre du premier étage.

“J’ai un petit gabarit. Il y avait cette femme suspendue avec sa fille de deux ans et demi entre les jambes et son fils de cinq ans encore à l’intérieur. J’ai réussi à attraper la petite et essayé de sortir le garçon. Mais il était trop lourd. La mère qui hurlait s’est agrippée à mon bras. Elle était tellement paniquée, qu’elle ne me lâchait pas. On s’est retrouvés coincés tous les quatre”, relate-t-elle en désignant une fenêtre de chambre protégée par un garde-corps jaune, avec une margelle de la largeur d’un pied.
Le jeune basketteur brave le brasier
Le “feu de friteuse” selon des témoins, qui s’est emparé de l’appartement quelques minutes plus tôt ce mardi 3 février 2026, génère une épaisse fumée âcre. “J’ai hurlé à mon tour”.
Le voisin du dessous et son fils interviennent. “On a vite sorti un matelas pour le mettre au sol. Heureusement que ça ne s’est pas passé à minuit”, soupire Khalid, 55 ans. “J’ai envoyé mon fils Souhaib dans les étages toquer à toutes les portes et crier au feu. Il y a treize appartements dans la résidence”, dénombre son épouse, Charazed.
L’ado de 18 ans regagne le jardin pour déployer son 1,92 m de basketteur et atteindre l’étage supérieur. “Il ignore encore comment il est parvenu à monter”, s’ébahit Khalid avec fierté. “Il est parvenu à faire lâcher prise à la mère”, confirme Sapha, hôtesse au TéFéCé dans les loges présidentielles du Stadium. Elle saute avec la fillette. Souhaib récupère le gamin piégé dans l’appart. Leur mère est extirpée de sa dramatique position et ramenée sur le plancher des vaches.
“Les petits vont bien”
Lorsque les sapeurs-pompiers du SDIS 31 arrivent sur place, une poignée de minutes après le déclenchement de l’alerte, ils s’attaquent au sinistre et prennent en charge cinq victimes. Les deux enfants, leur mère de 43 ans, Khalid et Sapha. “On nous a placés sous oxygène”, confie cette dernière.

Mais au final, aucun d’eux n’a nécessité de transport à l’hôpital. “Les petits vont bien, j’ai eu de leurs nouvelles ce matin (hier, NDLR)”, se réjouit la jeune femme. Ce logement social de 100 m² a été ravagé par les flammes. Une odeur tenace de fumée plane sur l’étage. Un capharnaüm règne dans l’appartement noirci de suie. “Le papa devait venir ce mercredi, voir ce qu’il y avait à sauver. Les animaux de compagnie sont morts. Deux oiseaux…”.
“C’est beau cette solidarité”
Croisé sur le parking, le représentant du bailleur social CDC Habitat vient constater les dégâts. “On va sécuriser les lieux en installant des panneaux aux fenêtres et une nouvelle porte, dès aujourd’hui (mercredi, NDLR)”, assure Kader. Proprette, la résidence date de 2019. “Dès qu’on a vu les flammes, on a coupé le gaz pour éviter que ça ne saute. Tout le monde a réagi. C’est beau cette solidarité”, s’émeut Khalid.
Les enfants ont été pris en charge par leur père. La mère, elle, doit être relogée. De nature enjouée, Sapha reste marquée par les événements. “Je n’ai pas stressé sur le coup, sauf quand les flammes arrivaient sur nous, et toute cette fumée… Le petit garçon répétait qu’il ne voulait pas mourir. Et une fois au sol, la fillette est restée agrippée à moi quand les pompiers l’ont examinée. Elle ne voulait plus me lâcher”.

