Longtemps sous-utilisé, le parc des expositions du Grand Cahors amorce une transformation majeure. En accueillant la future usine de drones et de technologies spatiales de Tekever, le site devient le symbole d’un nouveau tournant industriel pour l’agglomération et le Lot.
Il y a des bâtiments qui portent la mémoire d’un territoire. À Cahors Sud, le parc des expositions pensé pour rythmer la vie lotoise, a longtemps semblé figé dans une forme d’attente. Jeudi 5 février, cette attente a pris fin. Dans une salle pleine, les discours ont marqué bien plus qu’une présentation de projet : ils ont acté la naissance industrielle d’un lieu et, avec lui, l’ouverture d’une nouvelle ère pour le Grand Cahors.
Aux côtés de Ricardo Mendes, PDG et cofondateur du groupe paneuropéen Tekever, et de Nadia Maaref, directrice générale France, la présidente de la Région Occitanie Carole Delga a participé au dévoilement de la future usine qui s’installera sur ce site stratégique. “C’est à la fois un aboutissement et un grand départ”, a résumé Jean-Luc Marx, président du Grand Cahors, évoquant l’émotion suscitée par cette transformation longtemps espérée.

Des drones à usage civil et militaire
Concrètement, l’ancien parc des expositions est entré en phase de mutation. Le bâtiment de 4 500 m² va être entièrement réaménagé pour être opérationnel à l’été 2026. Le site regroupera des lignes d’assemblage, d’intégration et de tests de drones, ainsi que des activités AIT spatiales (assemblage, intégration et tests), permettant de couvrir une large chaîne de valeur, de l’ingénierie aux essais opérationnels.
Tekever y produira notamment ses plateformes AR3 et AR5, drones destinés à des missions civiles et militaires, notamment en Ukraine. L’AR5, drone de très longue endurance, peut voler jusqu’à 18 heures et parcourir plusieurs centaines de kilomètres grâce à une communication satellitaire. L’AR3, plus compact et modulaire, est conçu pour des missions tactiques. Tous deux intègrent massivement l’intelligence artificielle, depuis la conception jusqu’à l’exploitation et la maintenance. “Pour nous, un drone est un ordinateur avec des ailes”, a rappelé, en anglais, Ricardo Mendes devant un public d’officiels attentifs.

100 emplois sur cinq ans en Occitanie
L’ambition de Tekever ne s’arrête pas aux nuages : le site de Cahors se déploiera également vers les étoiles avec un pôle dédié au spatial. Tekever y développera des opérations d’assemblage, d’intégration et de test d’équipements au service de programmes européens et nationaux. Une dimension industrielle qui confère au projet une envergure stratégique, bien au-delà du seul territoire lotois. En pratique, cette pré-inauguration marque une nouvelle phase dans l’expansion de la société installée au Portugal, au Royaume-Uni et depuis 2024 à Toulouse, et fait suite à l’annonce faite lors de Choose France 2025 d’un investissement de 100 millions d’euros sur cinq ans.

Cette implantation s’accompagne d’une dynamique d’emplois significative. Entre 20 et 40 postes qualifiés seront créés dès 2026 à Cahors, avec un objectif de 100 emplois sur cinq ans en Occitanie. Les profils recherchés iront des ingénieurs aux techniciens et assembleurs en électronique et mécanique, dans une logique de montée en compétences locale.
“Cette implantation renforce la place de l’Occitanie dans l’écosystème européen des drones”
Si Tekever a retenu Cahors, c’est au terme d’un accompagnement étroit des acteurs locaux et régionaux. “Nous avions besoin d’un bâtiment immédiatement disponible, d’un aérodrome à proximité et d’un environnement compatible avec les essais”, a expliqué Nadia Maaref. La proximité immédiate de l’aérodrome de Cahors-Lalbenque, la disponibilité du bâti et la situation géographique, entre l’écosystème toulousain et la Mecanic Vallée – ce vaste pôle d’excellence s’étendant de Limoges à Rodez –, ont fait la différence.

Pour la Région Occitanie, engagée de longue date dans la structuration de la filière drone, ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté industrielle et d’aménagement équilibré du territoire. “Cette implantation renforce la place de l’Occitanie dans l’écosystème européen des drones et crée de la valeur dans les territoires”, a souligné Carole Delga.
À Cahors Sud, le parc des expositions ne se contente plus de se raconter au passé. Il s’apprête désormais à produire, innover et recruter. Pour le Grand Cahors, cette reconversion marque un tournant historique : celui d’un territoire qui assume pleinement son entrée dans l’industrie du XXIᵉ siècle. Rendez-vous à présent mi-2026, pour la production des premiers drones et en septembre, pour l’inauguration définitive de cette première usine “made in Lot”.

