February 5, 2026

"Allez les petits !" La fille de Roger Couderc dévoile la vie intime du commentateur culte depuis le Gers

l’essentiel
Il était la voix du XV de France, son “16e homme”. À quelques heures de l’entrée en matière des Bleus dans le Tournoi des Six Nations, ce jeudi 5 février face à l’Irlande, Christine Couderc nous a ouvert les portes de sa demeure à Saint-Clar (Gers). Elle dresse un portrait intime du commentateur sportif lotois inoubliable.

Maillot frappé du coq en main, Christine Couderc constate rapidement qu’il n’est pas taillé pour le rugby d’aujourd’hui. “Quand tu vois la carrure des joueurs maintenant… Avant, ils étaient plus minces. Maintenant, ils font peur”, glisse-t-elle avec le sourire.

Floquée du numéro 16, la tunique bleue à manches longues qu’elle conserve précieusement chez elle n’appartenait pas à vrai dire à celle d’un joueur du XV de France mais bien à son père, Roger Couderc. Natif de Souillac, le célèbre commentateur lotois l’avait reçu en cadeau de la Fédération française de rugby, qui le considérait comme “le 16e homme”.

“Il était apprécié des joueurs”, acquiesce sa fille aînée, installée depuis plusieurs années à Saint-Clar, où elle officie comme correspondante locale pour La Dépêche du Midi.

Christine Couderc présente un article consacré à la mémoire de son père.
Christine Couderc présente un article consacré à la mémoire de son père.
DDM – VCL

De Roger Couderc, Christine garde évidemment en mémoire les commentaires des matchs du Tournoi des 5 Nations, et notamment la célèbre formule “Allez les petits !”, passée à la postérité. Entendre la voix de son père jaillir du poste n’avait pourtant rien de naturel pour elle. “Ça me faisait bizarre, en même temps je trouvais ça formidable. Je me souviens quand il rentrait : il était fatigué, il n’avait plus de voix. Il se donnait à fond, il ne faisait pas semblant, il était dans le match. C’était extraordinaire. C’est ça qui m’épatait.”

“Trois mondes”

Certaines retransmissions avaient pour cadre la maison familiale de Mauvezin, où a grandi Fernande Gilard-Pourtal, femme de Roger Couderc et mère de Christine. La bâtisse était située derrière la Révolution commerciale, une entreprise créée par le père de cette dernière, Marcel Gilard. “Tout un tas de gens étaient là, relate Christine. Ma grand-mère (NDLR : Victoria, épouse de Marcel) était une supportrice incroyable. C’était mémorable. Elle était dans le match.”

Roger Couderc était apprécié des joueurs du XV de France, à l’image du Gersois Jacques Fouroux.
Roger Couderc était apprécié des joueurs du XV de France, à l’image du Gersois Jacques Fouroux.
DDM – VCL

Christine se souvient aussi des “trois mondes” que son père avait su créer au fil des années dans leur maison de vacances, “Les Bellugues”, dans le Midi. Celui des sportifs et de ses amis journalistes bien sûr, qu’il fréquentait assidûment, de Pierre Alabaladéjo, son compère aux commentaires, à Léon Zitrone, en passant par Guy Cambérabéro, Robert Chapatte ou Michel Drucker. Celui des artistes aussi, à l’image du peintre Paul Aïzpiri, que Roger Couderc côtoyait depuis ses études aux Beaux-Arts, à Paris. Le monde selon Pagnol enfin, que Roger Couderc avait eu la chance de rencontrer. “Il y a toujours eu beaucoup de copains qui venaient. Nous étions une famille de gens agréables, je pense”, relate Christine Couderc.

À lire aussi :
Coupe du monde de rugby 2023 : “Du coq à l’âme”, l’exposition qui plonge les visiteurs dans un siècle de rugby gersois

Au-delà de toutes ces rencontres et anecdotes, la fille aînée de Roger Couderc garde précieusement en mémoire leurs discussions à bâtons rompus. “On se téléphonait beaucoup, on était très proches. On pouvait parler de tout. C’était mon papa mais ça aurait pu être un copain. On avait des conversations sur tout. C’était formidable d’avoir un père comme ça, ce n’était pas quelqu’un de fermé.”

Guy Coanus a réalisé cette œuvre en hommage au père de Christine Couderc.
Guy Coanus a réalisé cette œuvre en hommage au père de Christine Couderc.
DDM – VCL

Les passions de Roger Couderc ne se bornaient en effet pas au rugby, pas plus que ses commentaires ne se limitaient aux matchs des Bleus. “Il commentait le catch, Intervilles… Il a aussi interviewé Brigitte Bardot dans l’émission Le temps des loisirs. Je me souviens qu’il était rentré et qu’il avait dit : c’est une belle femme !”

“Je pense qu’il était aimé”

Pour toutes ces raisons, sa disparition brutale fut un véritable choc pour Christine, Roger Couderc succombant d’une hémorragie cérébrale à l’âge de 65 ans. “J’ai été bouleversée. Je me suis dit : je ne pourrai plus parler avec papa. Il est parti beaucoup trop tôt, il aurait pu profiter encore de plein de choses.”

Roger Couderc a porté brièvement les couleurs de l’équipe de Mauvezin.
Roger Couderc a porté brièvement les couleurs de l’équipe de Mauvezin.
DDM – VCL

Près de 42 ans après la mort de son père, Christine peut tout de même constater une chose : Roger Couderc continue de vivre dans la mémoire collective. “Récemment, au club Bon accueil de Saint-Clar, deux personnes m’ont dit : on vient de savoir que vous étiez sa fille, qu’est-ce qu’on aimait ses commentaires ! Je suis contente parce qu’il a quand même laissé quelque chose sur cette terre. Les gens m’en parlent toujours d’une façon sympa. Je pense qu’il était aimé.”

Toujours fringant malgré le poids des années, son maillot de “16e homme” peut encore en témoigner.

source

TAGS: