February 4, 2026

PORTRAIT. Souffleur de verre, un métier en péril ? "C’est un beau métier, mais on manque de bras !"

l’essentiel
Installé dans un petit village du Tarn, Sylvain Barbet est souffleur de verre et confectionne au chalumeau des pièces uniques et soignées appelées à devenir les néons des enseignes lumineuses. Mais son savoir-faire se fait rare et la relève se fait attendre.

Il faut prendre un petit chemin, passer un élevage de poules, rentrer dans une grande cour. Là, dans un ancien corps de ferme à Saint-Jean-de-Rives, des box construits pour accueillir des artisans. Parmi eux, Sylvain Barbet. Un atelier, un four, des tubes de verre à travailler, un puissant chalumeau et des créations. Bienvenue dans son univers.

Sylvain Barbet façonne le verre avec son chalumeau.
Sylvain Barbet façonne le verre avec son chalumeau.
DDM – EMILIE CAYRE

Il rentre d’Arabie saoudite. “J’ai travaillé à Riyad sur une énorme performance internationale durant un festival sur les lumières et le verre. J’avoue, ça change du quotidien.” Sylvain est souffleur de verre au chalumeau. “C’est vrai que cette technique est moins connue que celle au four. Mais son grand avantage, c’est qu’elle est très économique. On n’est pas obligé de laisser le gaz tourner 24 h/24.”

Un métier entre technique et artistique

Quelle ligne de vie pour devenir souffleur de verre ? “Au départ, je ne me destinais pas à ça. Je voulais travailler dans le visuel, le dessin, le graff. Puis à 18 ans, j’ai découvert une école à Lyon qui formait aux techniques du souffleur de verre.” Le jeune homme se lance. “Ce monde m’a plu entre technique et artistique.” Cela fait sept ans qu’il travaille à son compte, en gravitant autour de Toulouse, puis dans le Tarn depuis quatre ans.

Une des créations de Sylvain Barbet
Une des créations de Sylvain Barbet
DDM – EMILIE CAYRE

“J’ai vécu des instants très compliqués durant la Covid, mais aujourd’hui ça va mieux.” Outre le travail sur les néons, notre souffleur de verre s’est lancé dans la confection de pièces uniques. “Il faut du temps et de l’expérience pour se lancer. Tout doit être fait dans les règles de l’art.” Il décide de faire une démonstration. Lunettes de protection, préparation d’un tube de verre brut, mise en démarrage du chalumeau et c’est parti. “Vous voyez, il faut toujours tourner le verre pour éviter qu’il fonde. Puis on crée un long tube pour pouvoir souffler dedans et former la pièce.”

D’un tube, il crée un poisson

“La forme d’un poisson apparaît. La face, le corps, les nageoires. Tout est coupé avec délicatesse, soufflé avec précision. Un dernier coup de coupe et la pièce est réalisée. “Il ne faut surtout pas la laisser à l’air libre, sinon, elle va se briser, dans une heure, un jour, une semaine. Le changement brutal de température détruit le verre. Il faut la mettre dans un four pour stabiliser le tout.” Sylvain range son matériel avec la fierté du travail bien fait. “C’est un beau métier, mais on manque de bras.”

Une tige de verre se transforme en poisson.
Une tige de verre se transforme en poisson.
DDM – EMILIE CAYRE

Dans sa filière “Néon” on ne forme plus. Il ne reste plus qu’une vingtaine de souffleurs en France dont deux ont moins de quarante ans. “Du coup, j’ai beaucoup de travail, mais pour l’avenir, c’est plus qu’inquiétant.”

Aujourd’hui, il donne des cours et espère dans les prochaines années, prendre sous son aile un apprenti. Mais à 36 ans, il n’a pas encore le temps de transmettre ce métier qui allie l’artistique, la technique et différents corps de métier. “Ne pas briser le verre et donner corps durant la fusion n’est pas chose facile. Il faut des années de pratique.” Lui, avec l’expérience et ses mains d’argent, il a réussi à creuser son sillon. “J’ai aujourd’hui ce que je désire. Je m’investis dans le néon, j’enseigne et je collabore à Lyon avec une grande société qui travaille à l’international.” Une vie cousue de fil de verre.

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