February 3, 2026

PORTRAIT. "Je fais partie des meubles" : on a retrouvé le plus vieux client de Chez Tonton et il s’appelle Rahim

l’essentiel
L’incontournable Chez Tonton fête ses 47 ans cette semaine. À cette occasion, La Dépêche vous dévoile l’histoire et les meilleures anecdotes du lieu. Le bar, véritable institution toulousaine, a marqué la vie de Rahim depuis 1977, devenant son repère, entre parties de cartes et ambiance festive.

La première fois qu’il a poussé la porte de Chez Tonton, Rahim, 69 ans, s’en souvient très bien. En 1977, ce natif de Casablanca débarque en France, dans la Ville rose, pour suivre des études de droit. Il y rejoint son grand frère, déjà installé. “C’est lui qui m’a amené dans le bar, c’était un habitué, alors je l’ai suivi, se souvient le sexagénaire. Il y avait de la bière et je ne connaissais pas Toulouse, c’était parfait.” Il a alors tout juste 20 ans et ce soir-là, il prendra “une cuite”, avoue-t-il dans un sourire. Il a donc connu l’établissement avant même que les deux propriétaires historiques, Françoise et Pierre Abadie, en prennent les rênes en 1979.

Rahim vient presque tous les jours manger Chez Tonton.
Rahim vient presque tous les jours manger Chez Tonton.
DDM – MVO

Grand amateur de jeux de cartes

Après deux ans, il délaisse les bancs de la faculté pour enchaîner les petits boulots : soudure, service, cuisine… Il a même un temps bossé Chez Tonton. Mais l’enseigne, connue pour son incontournable “pastis ô mètre”, deviendra surtout pour lui un repère de divertissement. “Chaque jour, je venais prendre l’apéro et jouer aux cartes”, relate-t-il. Tarot, coinche, polignac… : tout y passe. Et parfois, ils sortent les dés pour un 421 endiablé. “Le perdant payait sa tournée !”

À lire aussi :
“Tout le monde m’appelle Mamie” : comment Françoise Abadie a construit un empire de la nuit avec Chez Tonton

Belleboule, Angel et Auguste sont les trois icônes de la clientèle du bar, aujourd’hui décédées, que Rahim a eu la chance de côtoyer. “Même quand la nuit tombait, et que les jeunes arrivaient, ils continuaient à faire des jeux, imperturbables”, raconte Simon Abadie, gérant actuel. “On formait une sacrée équipe de potes, mais ceux qui sont encore en vie sont trop vieux et ne viennent plus”, déplore l’habitué. Si ses anciens compagnons de route se sont raréfiés avec le temps, lui, reste fidèle au poste. Hors de question de changer de QG. “Où veux-tu que j’aille ?” lâche-t-il.

À lire aussi :
Chez Tonton fête son anniversaire : soirées à thème, événements, série dans La Dépêche… ce qui vous attend cette semaine

Voir la clientèle se rajeunir ne l’intimide pas, loin de là, même s’il concède que le lieu a changé. “L’ambiance est toujours bonne, c’est agréable de voir des jeunes s’amuser.” Lui qui a longtemps joué au rugby à XIII venait aussi y retrouver cette atmosphère populaire, décontractée, de camaraderie. Dans le célèbre troquet, Rahim n’est pas un doyen isolé : il partage régulièrement sa table avec d’autres clients fidèles, un poil plus jeunes. Le jour de sa rencontre avec La Dépêche, il déguste un cassoulet, tout en blaguant : “J’apprécie leur cuisine, mais surtout leur bière.”

Une deuxième maison

Résidant aujourd’hui dans le quartier du Mirail, il prend le métro pour venir. Mais à l’époque, le Toulousain a habité dans un appartement situé sur la place. Son mariage et sa vie de famille ne lui ont pas fait perdre ses habitudes. Et quand on ose lui demander si son épouse n’était pas trop dérangée par son lien avec l’établissement, il répond du tac au tac : “Non, assure-t-il. J’y ai même déjà amené ma fille !”

Comme pour beaucoup d’autres jeunes qui venaient de loin, et arrivaient à Toulouse sans repère ni entourage, Chez Tonton est devenu la deuxième maison de Rahim. Et en quelque sorte, sa deuxième famille. “Il appartient au paysage”, sourit Simon Abadie. “C’est vrai que je fais un peu partie des meubles”, confirme l’intéressé.

source

TAGS: