Le président français Emmanuel Macron et son homologue américain Donald Trump lors d’une rencontre en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 23 septembre 2025. BRENDAN SMIALOWSKI/AFP
Entre Emmanuel Macron et Donald Trump, c’est « je t’aime, moi non plus » depuis leur arrivée au pouvoir à quatre mois d’intervalle en 2017. La relation entre les deux dirigeants, teintée de virilisme, est passée par tous les stades au cours de leurs deux mandats, jusqu’à arriver au palier du bras de fer. Et face à la crise liée au Groenland, territoire autonome danois convoité avec insistance et virulence par le président américain, le divorce semble définitivement prononcé entre les deux, non sans mépris de la part du locataire de la Maison-Blanche. Retour sur cinq séquences qui ont marqué leurs rapports.
• De la séduction à la « bromance »
Tous deux fraîchement élus en 2017, les deux dirigeants entretiennent une « bromance » teintée d’une rivalité cordiale. En témoigne la ferme poignée de main échangée lors de leur première rencontre le 25 mai 2017 en marge d’un mini-sommet de l’Otan à Bruxelles. Deux mois plus tard, leur complicité est exposée une nouvelle fois lors des cérémonies du 14-Juillet auxquelles assistent Donald Trump et son épouse Melania. La veille, ils avaient dîné en grande pompe en compagnie d’Emmanuel et de Brigitte Macron. L’Elysée ? Pas assez clinquant pour ce repas qui sert à redorer l’image de la plus belle ville du monde aux yeux des Américains.
Pour l’occasion, le tout récent locataire de l’Elysée avait mis les petits plats dans les grands. Dîner au Jules Verne, le restaurant du chef étoilé Alain Ducasse situé au deuxième étage de la tour Eiffel, pivoines roses sur la table… De quoi rivaliser avec les romances Netflix à l’eau de rose, frôlant presque le kitsch. Même dans les choix des plats, rien n’avait été laissé au hasard. Adepte de la viande rouge et du chocolat, le président américain s’était vu servir notamment un filet de bœuf Rossini et un soufflé au chocolat. Une quasi-déclaration d’amour alimentaire, pensée pour brosser le locataire de la Maison-Blanche dans le sens du poil. Un dîner au terme duquel il avait vanté la qualité de la relation franco-américaine. « Excellente soirée avec le président Emmanuel Macron et son épouse. Nous avons dîné à la tour Eiffel. Les relations avec la France sont plus fortes que jamais », écrivait-il sur le réseau social Twitter (rebaptisé X depuis).
• En coulisses, une relation qui commence déjà à battre de l’aile
Premier dirigeant étranger à être convié à une visite d’Etat par l’administration Trump, Emmanuel Macron reçoit en avril 2018 les plus grands honneurs prévus par le protocole américain. Embrassades et accolades à répétition entre les deux hommes très tactiles, plantation d’un chêne français dans le jardin de la Maison-Blanche. Les deux chefs d’Etat semblent s’entendre à merveille.
Pourtant, en coulisses, les relations se sont déjà crispées. En juin 2017, quelques heures après l’annonce par Donald Trump du retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, Emmanuel Macron avait pris la parole depuis l’Elysée pour exprimer ses regrets, concluant son intervention par la phrase : « Make our planet great again » (« Rendre sa grandeur à notre planète »), une pique en écho au slogan de campagne « Make America great again » du président américain.
En mai 2018, la médiatique complicité entre les deux dirigeants est à nouveau entachée par le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien. Quelques jours plus tôt, au cours de son séjour américain, Emmanuel Macron avait tenté de convaincre le président américain de maintenir Washington dans ce « deal », appelant. En vain. Par ailleurs, toujours au cours de la visite d’Etat de son homologue français, Donald Trump avait épousseté de prétendues pellicules sur la veste de son « ami », suscitant un malaise. Enfin, devant le Congrès américain, pour le dernier acte de son déplacement, le locataire de l’Elysée avait marqué sa différence avec Donald Trump, notamment vis-à-vis de sa position isolationniste.
Critique qu’il réitérera quelques mois plus tard à l’occasion d’une nouvelle visite de Trump à Paris pour le centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918. « Le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme. Le nationalisme en est sa trahison », avait insisté le président français devant les dirigeants du monde entier. Une pique à laquelle Donald Trump avait répondu sur les réseaux sociaux, moquant la cote de popularité du locataire de l’Elysée et le niveau du chômage en France.
Ces tensions resteront sous-jacentes entre les deux hommes jusqu’à la fin du premier mandat de Donald Trump en janvier 2021.
• Trump de retour au pouvoir : situation compliquée
Lors de la réélection de Donald Trump en novembre 2024, Emmanuel Macron est le premier dirigeant d’une grande puissance occidentale à le féliciter. « Prêt à travailler ensemble comme nous avons su le faire durant quatre années », déclare-t-il alors sur X.
Mais cette main tendue du président français restera sans réponse de son homologue américain, qui lui préfère désormais la dirigeante italienne Giorgia Meloni. Entre les deux hommes, la distance se creuse. Notamment sur la question de la guerre en Ukraine, un conflit auquel Donald Trump se vantait lors de sa campagne de pouvoir mettre fin « en 24 heures ».
En février 2025, en déplacement à Washington, Emmanuel Macron tente d’infléchir la position américaine, en essayant d’obtenir des garanties de sécurité en cas de cessez-le-feu entre Kiev et Moscou. Mais le dialogue s’avère plus sourd que constructif, Donald Trump ne confirmant pas sa demande.
Il faut dire que le président américain cherche à tout prix à diminuer l’aide américaine à l’Ukraine alors que son homologue français monte en première ligne pour organiser le soutien à Kiev. Emmanuel Macron se permet d’ailleurs de reprendre Donald Trump et de le couper quand il relativise l’aide apportée par les Européens. « Non, en fait, pour être franc, nous avons pays 60 % de l’effort total », corrige-t-il.
• La guerre commerciale, gage de rupture
La relation entre les deux dirigeants semble désormais partir en déconfiture. Et la guerre commerciale planétaire lancée par Donald Trump n’a pas permis de recoller les pots cassés entre eux.
En avril 2025, le président américain annonce vouloir imposer des droits de douane supplémentaires sur les produits étrangers, dont 20 % sur les produits européens. Pour Emmanuel Macron, ça ne passe pas : il s’insurge contre cette mesure qu’il considère « brutale et infondée ». Et appelle à un arrêt temporaire des investissements européens aux Etats-Unis. Le point de rupture est-il atteint ? Il est clair, en tout cas, que leur entente sur la tour Eiffel est bien loin.
Des menaces de taxes qui se sont poursuivies jusqu’en ce début 2026. Non sans mépris de la part du locataire de la Maison-Blanche. « Donald, je t’en prie », s’est moqué le président américain devant des parlementaires républicains le 6 janvier en relatant une discussion avec Emmanuel Macron. Une imitation grotesque de son homologue français qui, selon le récit de Trump, aurait accepté une hausse de 200 % des prix des médicaments…
Jusque-là encadré par des sourires protocolaires et des éloges respectifs, le dialogue s’est transformé en échanges fermes et moqueries à répétition.
• Le bras de fer sur le Groenland
La rupture semble désormais inévitable. Le bras de fer a remplacé la poignée de main très viriliste des débuts. Chantage, menace et provocation : entre les deux dirigeants, rien ne va plus. Et la situation sur le Groenland ne fait que catalyser plus encore les tensions, Donald Trump étant prêt à tout pour s’approprier le territoire autonome danois tandis qu’Emmanuel Macron n’a de cesse d’affirmer que l’île arctique « appartient à l’Union européenne ».
Le 18 janvier, le président français réclamait « l’activation de l’instrument anti-coercition » de l’Union européenne, en réponse aux nouvelles menaces de hausse des droits de douane à l’encontre des pays européens qui s’opposent à une acquisition américaine du Groenland. « Nous préférons le respect aux brutes », a déclaré Emmanuel Macron, mardi 20 janvier, au Forum économique de Davos, dans une réponse à la diplomatie de Donald Trump.
Entre les deux hommes, c’est désormais un combat de coqs. Sollicité par son homologue américain pour rejoindre son « conseil de la paix », qui semble vouloir faire un pied de nez à l’ONU, le président français a écarté l’invitation. Une réaction qui n’a pas plu à Donald Trump : le locataire de la Maison-Blanche a annoncé vouloir imposer des droits de douane de 200 % sur les vins et les champagnes français si Paris ne rejoignait pas son organisation. Des menaces jugées lundi « inacceptables » par l’entourage d’Emmanuel Macron auprès de l’Agence France-Presse.
Dans le même temps, les faibles tentatives de relancer un dialogue sont balayées d’un revers de main. Selon un message privé publié par Donald Trump sur son réseau Truth Social mardi, Emmanuel Macron propose à son homologue américain l’organisation d’un sommet du G7 jeudi à Paris auquel il pourrait convier, « en marge » de la réunion, « les Russes », ce qui serait une première en près de quatre ans de guerre en Ukraine. Avant d’ajouter : « Je ne comprends pas ce que tu fais sur le Groenland. » Comme dans une dernière volonté de retrouver leur relation des débuts, le président français lui propose ensuite un dîner à Paris avant son retour à Washington. Or rien n’aboutira, les deux propositions sont rejetées par Donald Trump. Un refus teinté de mépris : « Vous savez, Emmanuel ne va pas rester là très longtemps [en poste] », déclare le locataire de la Maison-Blanche mardi lors d’une conférence de presse. Tout en assurant qu’Emmanuel Macron est « un de [ses] amis, un type sympa ». Une énième preuve que la « bromance » entre les deux semble bel est bien terminée ?

