Donald Trump, à Washington, le 6 janvier 2026. MANDEL NGAN/AFP
Offensive protectionniste, expulsions massives d’immigrés en situation irrégulière, démantèlement de pans entiers de l’Etat fédéral… Depuis son retour fracassant à la Maison-Blanche le 20 janvier 2025 pour un second mandat, Donald Trump a pris une salve de mesures et engagements dans la droite ligne de sa doctrine « l’Amérique d’abord ». Retour sur douze mois de mandat qui ont changé le visage des Etats-Unis.
• Une guerre commerciale mondiale sur fond d’inflation élevée
Donald Trump a plongé le monde dans des guerres commerciales en annonçant, dès son retour au pouvoir, une série de nouveaux droits de douane. Concentré initialement sur le Canada, le Mexique et la Chine, il a finalement ciblé la quasi-totalité du monde dans ce qu’il a baptisé le « Jour de la Libération », en avril 2025. De quoi provoquer des chutes vertigineuses des marchés boursiers et ouvrir une période d’incertitude au gré des annonces, des volte-faces et des accords-cadres, alors que les ménages américains ont subi une hausse des prix.
L’inflation, justement, était un argument de campagne fort du républicain : mais pour les Américains, la hausse de la facture des dépenses courantes est douloureuse. L’alimentation a augmenté de 3,1 % sur un an en 2025. Encore plus spectaculaire, le prix du gaz a progressé de 10,8 % sur la période, et l’électricité de 6,7 %. L’administration Trump met, elle, systématiquement en avant les prix à la pompe, qui ont eux baissé. (−3,4 %). Et le président assure que ses chiffres sont « excellents ».
Donald Trump a, par ailleurs, concrétisé en juillet 2025 sa « Big Beautiful Bill Act » (« grande et belle loi »), clé de voûte de son programme économique : réductions d’impôt en hausse, exonération d’impôt sur les heures supplémentaires et les pourboires, augmentation d’un crédit d’impôt pour enfant, et pas moins de 46,5 milliards de dollars (environ 40 milliards d’euros) pour la construction du mur frontalier avec le Mexique. Le tout financé grâce à d’importantes coupes budgétaires notamment sur l’aide alimentaire ou le programme Medicaid, qui propose une couverture de santé à quelque 70 millions de personnes à faibles revenus.
• Un président « architecte de la paix » mais va-t-en-guerre
Autoproclamé « président de la paix », Donald Trump s’est lancé dans une course effrénée pour obtenir un prix Nobel, affirmant avoir mis fin à huit guerres. La réalité a été plus complexe : République démocratique du Congo et Rwanda, Cambodge et Thaïlande, Arménie et Azerbaïdjan, Egypte et Éthiopie… Ces conflits « résolus » ne l’ont pas vraiment été – ou alors pas par lui.
Ses résultats sur la guerre en Ukraine, qu’il avait promis de régler en « vingt-quatre heures », et le conflit à Gaza sont également décevants. Dans le cas de la première, le président américain a multiplié les revirements, contre Volodymyr Zelensky puis contre Vladimir Poutine, et les efforts pour concrétiser un plan de paix restent laborieux. Dans la seconde, après des mois d’alignement presque total de Washington sur les positions de Benyamin Netanyahou, l’entrée en vigueur, le 10 octobre 2025, d’un cessez-le-feu avait laissé entrevoir un mince espoir d’une fin de la guerre. Mais les frappes se poursuivent à Gaza, la situation humanitaire demeure catastrophique, et les perspectives de paix lointaines, bien que le plan américain soit entré mi-janvier dans sa deuxième phase.
Surtout, malgré ses promesses de tenir les Etats-Unis loin des guerres, le président américain a lancé son pays dans une course interventionniste : contre l’Etat islamique en Syrie, au Nigeria et en Somalie, contre des infrastructures nucléaires en Iran, contre les rebelles houthis au Yemen, etc. Les Etats-Unis ont multiplié les frappes dans des pays étrangers. Dès l’été, le pays a déployé un important dispositif militaire dans les Caraïbes et a bombardé des embarcations en provenance du Venezuela au nom de la lutte contre le narcotrafic. Depuis, le gouvernement Trump a capturé le président vénézuélien, Nicolás Maduro, et annoncé placer le pays sous tutelle. Et entre le Groenland et Cuba, les ambitions étrangères du chef de l’Etat américain ne sont pas terminées. En politique internationale, Donald Trump s’est aussi illustré en tournant le dos aux Européens, alliés historiques devenus la cible de multiples menaces et marques de mépris.
• L’ICE, police de l’immigration qui sème le trouble et la peur
Donald Trump a érigé la lutte contre l’immigration clandestine comme l’une de ses priorités absolues. Les Etats-Unis ont ainsi enregistré un solde migratoire négatif en 2025, une première depuis au moins cinquante ans, selon un rapport de la Brookings Institution publié le 13 janvier. Cette lutte a donné lieu à d’impressionnantes dérives. Des arrestations violentes par des hommes masqués, qui semblent aléatoires et ciblant les personnes non blanches, ont provoqué une vive inquiétude chez les Américains.
L’ICE, police de l’immigration, cumule les polémiques. Les cas de personnes arrêtées malgré leur casier judiciaire vierge ne se comptent plus, tout comme les « erreurs » ayant conduit à l’arrestation et l’expulsion de personnes au statut légal. Des milliers de migrants ont ainsi été expulsés vers des pays dont ils ne connaissaient rien, ou dans des centres de détention au fonctionnement opaque. Les décès de migrants détenus par l’ICE ont atteint, en 2025, leur plus haut niveau en vingt ans, avec au moins 30 morts en centres de détention.
Les communautés s’organisent pour protéger leurs voisins immigrés, et les descentes de l’ICE sont régulièrement perturbées. Face aux affrontements entre manifestants et policiers de l’immigration, Donald Trump a déployé, en juin 2025, la garde nationale à Los Angeles, sans demande du gouverneur californien. Début janvier, une opération anti-ICE a tourné au drame lorsqu’un agent a abattu Renée Nicole Good, citoyenne américaine et mère de famille de 37 ans, à Minneapolis dans le Minnesota, faisant craindre une nouvelle escalade dans l’impunité.
• La santé, l’éducation et les droits des minorités en ligne de mire
Comme le reste de la droite et de l’extrême droite, Donald Trump a fait de l’école un terrain de guerre culturelle. Dans sa bataille contre une prétendue idéologie « woke », le président a ordonné, en mars 2025, le démantèlement du ministère de l’Education. Il a alors annoncé le transfert de ses attributions, dont l’élaboration des programmes, aux Etats. Mais le projet nécessite encore l’aval du Congrès.
Autre bouleversement : l’entrée de l’idéologie « MAHA » (pour « Make America Healthy Again ») au ministère de la Santé avec la nomination de Robert Kennedy Jr, connu pour ses positions controversées et son vaccinoscepticisme. Il a refaçonné le système de santé en affaiblissant les agences sanitaires et en faisant voler en éclats nombre de garde-fous, notamment sur les vaccins. A cela s’ajoute une offensive de l’administration Trump contre les programmes de diversité ou d’inclusion ainsi que des attaques en règle contre certaines minorités, notamment les personnes transgenres.
• Fossoyeur du climat
Le climat est devenu une cible majeure de Donald Trump, qu’importe si la situation est toujours plus alarmante. « Drill, baby, drill » – « fore, bébé, fore » –, a-t-il lancé lors de son investiture, illustrant sa stratégie du tout-énergie fossile. Depuis, le président américain s’est attaqué aux éoliennes, aux voitures électriques, a retiré les Etats-Unis des accords de Paris de 2015.
En septembre 2025, depuis la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, il a provoqué de vives réactions en s’en prenant à la science climatique, qualifiant le réchauffement de « plus grande arnaque de notre histoire » et faisant l’éloge du charbon « propre et magnifique ». Début janvier, il a lancé une nouvelle charge contre la diplomatie climatique en ordonnant le retrait des Etats-Unis de 66 organisations identifiées par Washington comme ne servant « plus les intérêts américains », dont celui du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, référence en matière de science climatique.
• Sortie d’organisations internationales
Donald Trump a poursuivi la mise en œuvre de sa vision de « l’Amérique d’abord » en tournant ostensiblement le dos a de multiples organisations internationales. Il a notamment décidé de retirer à nouveau les Etats-Unis de l’Unesco (organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture), que le pays avait réintégré sous la présidence du démocrate Joe Biden. Et il a claqué la porte de l’Organisation mondiale de la santé. Le républicain a également coupé l’aide américaine à l’étranger, amputant les budgets de nombreuses agences onusiennes forcées de réduire leurs activités humanitaires sur le terrain, comme le Haut-Commissariat aux réfugiés ou le Programme alimentaire mondial.
• Une inquiétante dérive derrière un pouvoir maximaliste
Donald Trump a exercé une version maximaliste du pouvoir et ébranlé les piliers de la démocratie. Il agit, selon ses opposants, au mépris des droits fondamentaux et des institutions du pouvoir. Il a ciblé, sans relâche, ses adversaires entre insultes, menaces, coupures de subventions et mesures de rétorsion, comme lorsqu’il a envoyé des gardes nationaux dans plusieurs grandes villes démocrates, prétextant agir contre la criminalité. Il s’est aussi lancé dans une croisade contre les universités et les médias qui ne lui sont pas favorables, multipliant les intimidations et les attaques en justice. Plusieurs médias et universités ont semblé abdiquer.
Le président américain a aussi miné le pouvoir du Congrès, tenu écarté de nombreuses décisions comme celles des droits de douane ou des interventions étrangères, ainsi que l’indépendance de son administration. Celui qui avait tenté d’inverser sa défaite à l’élection de 2020, en galvanisant ses partisans lors de l’attaque du Capitole le 6 janvier 2021, a enfin multiplié les références à un potentiel troisième mandat, regrettant à plusieurs reprises que la Constitution l’interdise de se représenter.

