Des policiers antiémeutes guatémaltèques gardent l’entrée du centre de détention préventive pour hommes à Guatemala City, le 18 janvier 2026. EDWIN BERCIAN / AFP
Le président du Guatemala a déclaré dimanche 18 janvier l’état de siège dans le pays pour renforcer les pouvoirs des autorités face aux gangs, qui ont pris ces derniers jours le contrôle de plusieurs prisons du pays et tué neuf policiers à ce jour.
Ces attaques, des mutineries et prises d’otages dans trois établissements pénitentiaires, ont eu lieu en représailles à une décision des autorités de transférer les chefs de bandes criminelles dans une prison de haute sécurité, et à leur refus de revenir sur cette mesure.
• Neuf policiers tués
Dans un communiqué diffusé dimanche, la police du Guatemala avait dit regretter « la mort de huit de ses agents dans l’exercice de leurs fonctions », victimes de « criminels ».
Plus tôt, le ministre de l’Intérieur Marco Antonio Villeda avait déploré la mort de policiers « lâchement attaqués par ces terroristes en réaction aux actions que l’Etat du Guatemala mène contre eux ». Dix autres policiers ont été blessés et un présumé membre de gang est mort, avait-il ajouté.
Un neuvième policier guatémaltèque est décédé ce lundi. Blessé par balle alors qu’il se déplaçait à moto avec un collègue qui se trouve dans un « état critique », il est décédé dans un hôpital public, selon des communiqués de la police et du ministère de l’Intérieur.
• L’état d’urgence décrété par le président
« J’ai décidé de décréter l’état de siège sur tout le territoire national pour 30 jours à compter d’aujourd’hui (dimanche) » pour « garantir la protection et la sécurité » des Guatémaltèques, a annoncé le chef de l’Etat, Bernardo Arévalo, au cours d’une allocution.
Cette mesure suspend certaines garanties constitutionnelles, comme les droits de réunion et de manifestation, et autorise les arrestations et les interrogatoires sans mandat judiciaire. Elle doit maintenant être ratifiée par le Parlement, où l’opposition est majoritaire.
Le ministre de la Défense, le général de division Henry Saenz, avait assuré que l’armée « patrouillera (it) dans les rues » pour « frapper » les structures du crime organisé et « apporter la tranquillité dont les citoyens ont besoin ». Le directeur de la police, David Custodio, avait renchéri en affirmant que ses agents étaient prêts à protéger « la vie » des citoyens, si nécessaire « en utilisant leur arme à feu ».
• Libération des otages dans trois prisons
Les gangs Barrio 18 et Mara Salvatrucha, considérés comme « terroristes » par les Etats-Unis et le Guatemala, se disputent le contrôle de territoires du pays d’Amérique centrale, où ils extorquent commerçants, transporteurs et simples citoyens. Ceux qui refusent de payer sont assassinés. Ils sont accusés de meurtre, d’extorsion et de trafic de drogue.
Depuis samedi matin, des membres de ces gangs retenaient en otages 45 gardiens et un psychiatre dans trois prisons du pays pour exiger le transfert de leurs chefs vers des prisons aux mesures de sécurité moins sévères. « Le contrôle total de l’Etat a été rétabli dans les trois prisons où les criminels s’étaient mutinés », ceux-ci étant maintenant « à genoux devant un Etat fort qui respecte et fait respecter la loi », a déclaré le président du Guatemala.
Dimanche, les autorités ont d’abord repris le contrôle de la prison de haute sécurité, Renovación I, à quelque 75 km au sud de la ville de Guatemala, et libéré les gardiens qui y étaient retenus. Le ministère de l’Intérieur a publié une vidéo sur X, dans laquelle les forces de l’ordre emmènent, menotté, le leader présumé de Barrio-18, Aldo Dupie, surnommé « El Lobo ».
La police et l’armée ont ensuite libéré 28 otages dans le centre pénitentiaire Fraijanes II, et neuf autres dans le troisième établissement concerné, dans la région de la capitale. Ces opérations n’ont pas fait « une seule victime », selon Bernardo Arévalo. « Ces groupes, désespérés, ont voulu instiller la terreur et le chaos » mais « ils échoueront » car « nous ne négocions pas avec les criminels », a-t-il lancé.
• Trois jours de deuil national
Le gouvernement a décrété trois jours de deuil national, et les cours sont suspendus ce lundi dans les établissements scolaires. Le président du Parlement Luis Contreras a appelé à l’unité face à « l’un des moments les plus douloureux et les plus difficiles » de l’histoire du pays.
Depuis mi-2025, les gangs ont organisé plusieurs émeutes pour exiger le transfert de leurs chefs dans des prisons aux mesures moins restrictives. En octobre, les autorités avaient annoncé l’évasion de 20 chefs de Barrio 18. Seuls six ont été repris, tandis qu’un autre a été abattu. D’après des chiffres officiels, le taux d’homicides atteignait l’an dernier 16,1 pour 100 000 habitants au Guatemala, soit plus du double de la moyenne mondiale.

