Fidèle à son ambition d’excellence et ses objectifs pédagogiques généraux, l’école d’économie de Toulouse TSE fait évoluer son offre académique au niveau bac + 5 en créant une formation en 3 ans, le Diplôme TSE Master of Science. En fonction des revenus, l’année peut coûter jusqu’à 12 000 euros. Un collectif d’étudiants dénonce une “dérive” de l’école vers les tarifs pratiqués par les grandes écoles privées.
“Pourquoi vouloir nous précariser ainsi, augmenter les frais de scolarité ? TBS le fait bien pourquoi pas nous, c’est ce qu’on nous a répondu récemment”, témoigne Léon (son prénom a été changé), étudiant en deuxième année de licence à la Toulouse school of economics (TSE), l’école d’économie fondée par le prix Nobel d’économie 2014 Jean Tirole, composante de l’Université Toulouse Capitole et récemment classée 15e au classement mondial des universités de Shanghai.
Entre 10 000 et 12 000 euros pour le nouveau diplôme
Un collectif d’étudiant est en cours de création pour dénoncer une délibération de l’école d’économie, le 16 décembre 2025, qui fait significativement évoluer son offre académique au niveau bac + 5 en créant une formation en 3 ans, le diplôme TSE Master of Science. Coût de l’année, entre 10 000 et 12 000 euros. Un tarif modulable en fonction des revenus des étudiants.
“Des frais de scolarité allant jusqu’à 5 000 euros en Licence 3 et 12 000 euros en Master, des dizaines de suppressions de places en licences et en masters, tous les masters supprimés au profit d’un diplôme TSE unique et commun à tous, n’ayant pas le statut de master, une précarisation accrue des étudiants étrangers extracommunautaires devant payer le maximum des frais par seul critère de provenance. Voilà à quoi devront s’attendre les étudiants de TSE à la rentrée prochaine avec la Réforme TSE, et ce, sans explications concrètes des besoins financiers”, dénonce le collectif TSE En Action (TEA) dont fait partie Léon.
“Former des étudiants qui vont s’insérer sur le marché du travail”
Sur 2 000 étudiants actuellement inscrits à TSE, qui a adopté le statut de Grand établissement en 2023 lui permettant de fixer librement le montant des frais d’inscription, ce diplôme va concerner des cohortes de 150 étudiants, confie François Poinas, doyen de la formation de TSE. “On a initié, il y a deux ans, notre offre de formations, le cycle école de trois années (L3, M1 et M2), explique-t-il. L’objectif est toujours de former des étudiants qui vont s’insérer dans le marché du travail. L’organisation de la formation est différente au sens où l’on plus de modularité, de flexibilité dans les choix des parcours des étudiants. C’est une transition opérée depuis une dizaine d’années en créant des parcours internationaux de master. Il y a des coûts additionnels à cet encadrement et les droits d’inscription seront modulés en fonction de leur situation.”
Des droits modulés fixés par l’école d’économie
Il n’empêche, cette délibération du conseil d’administration de TSE acte une évolution majeure de la politique tarifaire liée à la création d’un nouveau diplôme. Contrairement aux droits d’inscription nationaux classiques, ce diplôme instaure des droits fixés par l’établissement : des droits modulés basés sur le niveau de vie du foyer fiscal pour les résidents de l’espace économique européen et des droits forfaitaires pour les étudiants extracommunautaires. Pour la 1re année (licence 3), après modulation, le montant dû varie de 500 euros (pour les revenus les plus bas) jusqu’à 5 000 euros (pour les revenus égaux ou supérieurs à 55 000 euros). Pour les masters 1 et master 2, le coût s’élève à 10 000 euros par an, 12 000 euros si l’étudiant est admis en cours de cursus.
“On est une des seules écoles à avoir accepté le financement de LVMH…”
TSE s’aligne peu à peu sur les tarifs des grandes écoles de commerce (type HEC, ESSEC) ou des universités internationales justifiant cela par un encadrement renforcé, un service carrières, des cours de développement professionnel, etc.
“TSE qui est censée être une faculté de service public est une école qui devient se privatise, s’inquiète Léon. On est soumis aux intérêts privés, entreprises, banques. L’école a été une des seules facs en France à avoir accepté le financement de LVMH de Bernard Arnault. C’est une forme de soumission aux intérêts privés et à la privatisation de l’université. Beaucoup d’étudiants ont choisi TSE, car ils ont la certitude d’avoir un enseignement public, en dehors des intérêts privés.” Le collectif des étudiants réclame une “exonération des frais de scolarité pour les L1 et L2, les mêmes critères sociaux pour les étudiants quelle que soit leur provenance, l’assurance d’obtenir le master et l’amélioration de la santé étudiante”.

