January 19, 2026

"Les gens disaient que j’étais champion du monde !" L’incroyable expérience de Patrick Gougginsperg, envoyé en Chine par le TFC

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Ancien entraîneur de l’US Albi, Patrick Gougginsperg a passé cinq ans en Chine pour le TFC, au sein de l’académie SPHQ, partenaire du club. Une expérience unique au cœur d’une ville démesurée, où il était chargé de former les éducateurs de la structure chinoise.

Quand il a débarqué à Shenzhen, il n’a pu s’empêcher de décocher un sourire, grâce à une anecdote qu’il se plaît à raconter. “Je suis arrivé en 2018, et les gens disaient : ”Il est champion du monde”. Parce que la France venait de remporter la Coupe du monde. Mais bon, moi, je n’ai rien fait”, rit Patrick Gougginsperg. L’emblématique entraîneur de l’US Albi durant 17 ans (1997-2014), à l’époque où le club évoluait en CFA, en sourit, mais décrit, au travers de cette petite histoire, le “respect témoigné par les Chinois selon l’âge et le domaine d’expertise de la personne”.

Patrick Gougginsperg a passé cinq ans au sein d’une académie chinoise, partenaire du TFC.
Patrick Gougginsperg a passé cinq ans au sein d’une académie chinoise, partenaire du TFC.
DR

Car s’il n’a pas posé ses pieds dans l’Empire du Milieu en tant que vainqueur du trophée Jules-Rimet, le technicien de 66 ans s’y installait pour une mission importante, celle d’émissaire du TFC au sein de l’académie SPHQ, une des trois structures avec laquelle le club de la Ville rose a noué un partenariat – les autres étant le FC Harlem à New York, et le Samsunspor FC en Turquie. “Mon rôle était de former les éducateurs de la SPHQ aux méthodes employées au Tef pour la préformation et la formation des jeunes”, indique Gougginsperg.

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De 2018 à fin 2025 – “Avec une césure de presque deux ans au milieu durant la période Covid” –, le natif du Val-d’Oise a ainsi animé différents ateliers, auprès d’éducateurs chinois et étrangers, dans une académie privée regroupant environ 1 000 licenciés âgés de 6 à 19 ans. Une aventure qui lui est d’ailleurs tombée dessus un peu par hasard, lorsqu’il travaillait pour la Fédération française de football. “Je m’occupais de la formation des entraîneurs, de tutorat et autres. Je suivais Rémy Loret, qui passait son DES (diplôme d’État supérieur). Il était directeur du centre de formation de Toulouse et responsable des opérations à l’international. Il m’a parlé de ce projet en Chine, où le TFC avait établi un partenariat avec la SPHQ en 2015. J’en ai parlé avec ma femme, et on a décidé de partir.”

“J’ai dit à Diakité que je le voyais tous les jours”

Le couple s’est ainsi rendu dans la ville frontalière de Hong Kong, qui s’est développée à partir des années 1980 grâce à la mise en place d’une zone économique spéciale (ZES, fiscalité avantageuse pour l’installation d’entreprises), afin de découvrir l’environnement pendant une dizaine de jours, avant d’élire domicile dans cette fourmilière de quelque 18 millions d’habitants. Et de baigner dans un univers très loin de tout ce qu’il connaissait. “Shenzhen est une métropole à la pointe de la technologie. On y trouve énormément de compagnies high-tech : Huawei, ZTE, BYD. Les véhicules sont en grande partie électriques, il y a des expérimentations de livraisons par drones. Tout est ultramoderne.”

Patrick Gougginsperg (à g.) et Rémy Loret (à d), encadrent Zhou Wei, patron de la SPHQ.
Patrick Gougginsperg (à g.) et Rémy Loret (à d), encadrent Zhou Wei, patron de la SPHQ.
DR

Immense aussi. Entre les deux sites composant l’académie, on dénombre “53 stations de métro”. Les Gougginsperg, dont la femme a décroché un poste de professeur de français dans une université de la ville, choisissent néanmoins de s’installer dans un quartier typiquement chinois. “Notre envie était de découvrir une nouvelle culture, de s’imprégner de la vie locale. Ça n’a pas vraiment été évident au début c’est sûr, mais on a été très bien accueilli, aidé, et ça a facilité les choses. Même si, je l’avoue, je ne parle pas couramment chinois, mais j’ai progressé en anglais”, sourit-il.

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Dans ce gigantisme, l’ex-entraîneur de Lavaur trouve tout de même un point de repère dans son travail : “Il y a des banderoles aux couleurs du Tef partout dans l’académie. Je disais d’ailleurs à Bafodé Diakité, qui évoluait encore chez les Violets, que je le voyais tous les jours ! Lui et d’autres joueurs, ont leurs visages imprimés en grand sur des affiches dans les locaux. Je me croyais au TFC.”.

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Un TFC dont il a retranscrit les principes pendant près de cinq ans, sous la supervision de son supérieur chinois Zhou Wei, quand Rémy Loret le visitait deux fois par an. Ces principes, ces méthodes d’entraînement, il a malgré tout fallu les adapter à la culture chinoise, divergente de l’européenne. “Sur notre continent, on est sur une approche ludique, les erreurs sont synonymes d’apprentissage. Là-bas, c’est plus directif, on veut éviter l’erreur. Alors il faut trouver le juste milieu, proposer des processus qui puissent convenir à la pédagogie chinoise, tout en incluant l’idée toulousaine”, décortique l’Albigeois d’adoption, qui constate que la nouvelle génération se montrait plus réceptive que l’ancienne.

La qualité des infrastructures de l’académie a impressionné l’ancien entraîneur.
La qualité des infrastructures de l’académie a impressionné l’ancien entraîneur.
DR

Cette complexité de management a toutefois fait le charme de cette expérience unique, vécue dans des conditions incroyables : “Les infrastructures sont d’une qualité… Il y a tout. On s’entraînait parfois, avec des enfants, dans un stade de 60 000 places qui avait accueilli l’Universiade d’été en 2011.” Alors qu’un retour en Chine, “pour des missions ponctuelles cette fois”, devrait intervenir à l’avenir, l’impatience de Patrick Gougginsperg est à l’image de Shenzhen : gigantesque.

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