Hausse des charges, chute des revenus, dérèglement climatique, accords de libre-échange… Dans le Gers, la colère agricole révèle une crise profonde. Sylvie Colas, secrétaire nationale de la Confédération paysanne, alerte sur le climat, le renouvellement des générations et les dangers du Mercosur.
La colère agricole qui gronde partout en France prend, dans le Gers, une résonance particulière. Ici, la crise n’est pas conjoncturelle. Elle est profonde, structurelle et durable selon Sylvie Colas, porte-parole de la Confédération paysanne du Gers et secrétaire nationale du syndicat.
Les mobilisations de ces dernières semaines n’ont fait que révéler l’ampleur du malaise, bien au-delà des réponses apportées par le gouvernement. “Il y a une vraie crise agricole, toutes filières confondues, petites, moyennes, grandes fermes. Et dans les départements comme le Gers, dits intermédiaires, elle est encore plus dure”, explique-t-elle.

Dans le département, les fragilités s’accumulent. Hausse généralisée des charges, prix en berne, dépendance accrue aux intrants, dérèglement climatique : l’agriculture gersoise encaisse choc sur choc. “On est clairement des victimes du climat. Au rythme où vont les choses, dans 30 ans, peut-être qu’on ne pourra même plus produire du blé dans le Gers.”
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À cette urgence climatique s’ajoute une bombe à retardement : le renouvellement des générations. Une inquiétude majeure pour la Confédération paysanne. “Selon les projections, près d’un agriculteur sur trois pourrait disparaître dans les prochaines années. Quand vous avez plus de 55 ans, que vous êtes à quelques années de la retraite et sans repreneur, vous n’investissez plus. Monter un bâtiment de poules pondeuses, c’est 15 à 20 ans d’amortissement. Personne ne le fera dans ces conditions.”
Des avancées jugées largement insuffisantes
Après un mois de mobilisation, le constat est amer pour la Conf. “Pour nous, c’est quasiment zéro. Rien sur la bio, rien sur l’emploi agricole, rien sur la formation, rien sur la transmission”, regrette Sylvie Colas. Un seul point positif est toutefois reconnu : “Si on ne s’était pas mobilisés, le Gers n’aurait toujours pas été vacciné. Là-dessus, on a gagné quelque chose.”
Jeudi 16 janvier, plus de 500 agriculteurs, tous syndicats confondus, se sont réunis à Saint-Jean-le-Comtal lors d’une réunion de crise organisée par la chambre d’agriculture. Une initiative censée favoriser l’union syndicale, à laquelle Sylvie Colas a participé, non sans réserves. Elle dénonce une rencontre confuse, sans cap clair, marquée par des prises de parole radicales et éloignées de toute vision agricole structurante pour le département.
“La chambre aurait dû convoquer une session extraordinaire et définir des priorités claires. Là, on est partis dans tous les sens. À la tribune, on a entendu des propos complotistes, anti-vaccins, des gens parler de Kalachnikov. Ce n’est pas comme ça qu’on construit un projet agricole. Une chambre d’agriculture sans projet, ça ne peut pas fonctionner”, soutient-elle.
La syndicaliste n’a pas encore tranché sur sa participation au groupe de travail voulu par la Chambre, censé faire remonter plus efficacement les revendications.
Vent debout contre le Mercosur
Dans le Gers, la Confédération paysanne poursuit aussi son combat contre les accords de libre-échange conclus avec le Mercosur.
“C’est du dumping environnemental, social et sanitaire. Des produits qui ne respectent pas nos normes arrivent sur le marché et tirent les prix vers le bas. Même de faibles volumes suffisent à faire chuter les cours mondiaux.” Les conséquences seraient directes pour le territoire, alerte-t-elle.
Les annonces gouvernementales sur le renforcement des contrôles aux frontières ne la convainquent pas davantage. “Il n’y a déjà plus de contrôles dans les magasins, sur les marchés, dans les restaurants. Dire qu’on va contrôler les containers venant du Brésil, c’est se moquer du monde. Mais le combat n’est pas terminé, il est encore possible de faire annuler cela dans les semaines et les mois qui viennent”, dit-elle.
Enfin, Sylvie Colas interpelle directement les consommateurs. “Le meilleur soutien, ce n’est pas de venir sur les barrages, c’est d’acheter sur les marchés, d’acheter les produits des paysans.” Et de prévenir : “Payer moins cher aujourd’hui avec le Mercosur, c’est payer très cher demain, pour sa santé et pour notre souveraineté alimentaire.”

