Le président américain Donald Trump avant de monter à bord de l’Air Force One, dans le Maryland aux Etats-Unis, le 16 janvier 2026. ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP
Donald Trump a menacé huit pays, dont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, de surtaxes douanières face à leur opposition à ses velléités de s’emparer du Groenland, provoquant l’indignation des Européens qui cherchent ce dimanche 18 janvier une réponse unie à cette escalade sans précédent.
• Trump menace huit pays de droits de douane au 1er février
Depuis son retour au pouvoir il y a un an, le président américain parle régulièrement de prendre le contrôle du Groenland, invoquant des raisons de sécurité nationale face aux avancées russes et chinoises en Arctique. Il a encore haussé le ton samedi à la suite de l’envoi ces derniers jours de militaires européens sur l’immense île, dans le cadre de manœuvres danoises.
« Le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande se sont rendus au Groenland dans un but inconnu. […] Ces pays, qui se livrent à ce jeu très dangereux, ont pris un risque inacceptable », a écrit le président américain sur Truth Social. « Après des siècles, il est temps pour le Danemark de le rendre – la paix mondiale est en jeu ! », a-t-il encore tonné.
Il a menacé ces pays de leur imposer de nouveaux droits de douane jusqu’à ce qu’« un accord soit conclu pour la vente complète et intégrale du Groenland ». Cette surtaxe, de 10 %, sera effective à partir du 1er février et pourrait s’envoler à 25 % au 1er juin.
• Les huit pays visés affichent leur unité
Les huit pays européens menacés de surtaxes douanières par Donald Trump ont répliqué dimanche en assurant qu’ils resteraient « unis » et en mettant en garde contre « un dangereux engrenage ». « Les menaces douanières sapent les relations transatlantiques et risquent de conduire à un dangereux engrenage. Nous continuerons à rester unis et coordonnés dans notre réponse. Nous sommes déterminés à défendre notre souveraineté », ont déclaré dans un communiqué commun le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni.
« Nous exprimons notre pleine solidarité avec le Royaume du Danemark et le peuple du Groenland. Forts du processus entamé la semaine dernière, nous sommes prêts à engager un dialogue fondé sur les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale que nous défendons fermement », ont-ils ajouté.
• Macron veut activer l’instrument anti-coercition de l’UE
Avant la publication de ce communiqué, Emmanuel Macron a dénoncé des « menaces tarifaires inacceptables ». Le président français va demander « l’activation de l’instrument anti-coercition » de l’UE si les menaces de surtaxes douanières brandies par Donald Trump sont mises à exécution, a fait savoir dimanche son entourage.
Cet outil, dont la mise en œuvre requiert la majorité qualifiée des pays de l’UE, permet, entre autres, le gel de l’accès aux marchés publics européens ou le blocage de certains investissements. Par ailleurs, les menaces commerciales américaines « posent la question de la validité de l’accord » sur les tarifs douaniers conclu entre l’Union européenne et les Etats-Unis en juillet dernier, a relevé un proche du président français.
Pour le Premier ministre britannique Keir Starmer, ces annonces sont « une très mauvaise chose ». Son homologue suédois Ulf Kristersson a assuré : « Nous ne nous laisserons pas intimider. » Quant au ministre danois des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen, il s’est dit « surpris » par les annonces de Donald Trump.
La Première ministre italienne Giorgia Meloni a qualifié dimanche d’« erreur » la menace de surtaxes douanières brandie par Donald Trump. « Je pense qu’imposer de nouvelles sanctions aujourd’hui serait une erreur », a-t-elle déclaré aux journalistes lors d’un déplacement à Séoul, ajoutant : « j’ai parlé à Donald Trump il y a quelques heures et je lui ai dit ce que je pense ».
Son homologue norvégien Jonas Gahr Støre, interrogé sur la possibilité de contre-mesures, a affirmé qu’il n’en envisageait pas « pour le moment ». Le ministre néerlandais des Affaires étrangères David van Weel a lui qualifiées les menaces américaines d’« inappropriées », parlant de « chantage ». Pour son homologue irlandaise Helen McEntee, elle sont « profondément regrettables ». Et pour la ministre britannique de la Culture Lisa Nandy, « une erreur […] inutile et contre productive ».
• La réponse européenne saluée par le gouvernement groenlandais
Une des ministres les plus en vue du gouvernement groenlandais, Naaja Nathanielsen, a salué samedi soir la réaction des pays européens concernés par les nouvelles menaces douanières de Donald Trump.
« Je suis stupéfaite de voir les premières réactions des pays visés. Je suis reconnaissante et remplie d’espoir que la diplomatie et les alliances prévaudront », a dit la ministre des Ressources minérales dans un message publié sur LinkedIn.
• Des manifestations au Danemark et au Groenland
Samedi, plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés au Groenland et au Danemark pour dénoncer ces ambitions territoriales.
Dans le centre de Nuuk, la capitale du Groenland, les protestataires se sont retrouvés sous une pluie fine, arborant des casquettes estampillées « Make America Go Away » (« Faites Partir les Etats-Unis », détournement du slogan MAGA) et chantant des chants traditionnels inuits, a constaté un journaliste de l’AFP sur place.
A Copenhague, une marée humaine rouge et blanche, aux couleurs des drapeaux groenlandais et danois, s’est rendue devant l’ambassade américaine, scandant le nom du Groenland en Groenlandais : « Kalaallit Nunaat ! » « Le Groenland n’est pas à vendre », ont scandé des manifestants.
Selon le dernier sondage publié en janvier 2025, 85 % des Groenlandais sont opposés à leur rattachement aux États-Unis. Seuls 6 % y sont favorables.

