Alors que la production de tabac s’est effondrée dans le Lot depuis dix ans, une poignée d’agriculteurs refuse de baisser les bras. À Milhac, rencontre avec deux producteurs passionnés qui, malgré la crise continuent de défendre la filière.
À une époque où la filière tabac est en déclin dans le Lot, il reste encore des producteurs qui persistent et continuent de cultiver cette plante. Ils sont encore une vingtaine éparpillés entre les communes de Gourdon, Souillac et Castelnau-Montratier, à vendre leur récolte. Il y a un peu plus de dix ans, ils étaient 135.
La baisse des prix de vente et l’absence de soutien des autorités ont précipité le déclin de la filière, dans les années 2010. “Les gens ne se sont pas retrouvés et certains ont perdu jusqu’à 80 % de leur production”, explique Dominique Saurel, technicien tabac, au sein de la coopérative TGA (Tabac Garonne Adour) sur la zone Lot et Aveyron. Avant, dans ce secteur, la récolte pouvait atteindre les 1 000 tonnes, aujourd’hui, les chiffres tournent autour des 100 tonnes.
De huit à deux professionnels sur la commune
À Milhac, un village à la frontière avec la Dordogne, Ludovic Véril et Vincent Thouron sont les deux derniers tabaculteurs de la commune : “Dans les années 2000, on était huit producteurs. Ils ont tous arrêté à cause de la chute des prix, sauf nous”, raconte le premier. “Il fallait bien faire quelque chose, on a résisté mais c’était limite”, poursuit-il. Selon lui, sa résistance à la crise s’explique par le fait de ne pas avoir eu recours à l’embauche. “Beaucoup ont arrêté à cause de ça, c’était trop cher pour eux”.

Vincent Thouron complète : “Cela reste une culture intéressante. On a le terroir, les structures adaptées et une terre idéale en Bourriane pour les plantes, pourquoi arrêter ?”. Ils ont tous les deux réduit l’espace pour cette activité, une fois encore, à cause de la main-d’œuvre, mais restent attachés à la culture de tabac. “Je suis passé de 4 hectares à 1,2”, témoigne Vincent Thouron. Néanmoins, ils arrivent à vendre en moyenne entre 2,5 et 3 tonnes de tabac à la coopérative TGA basée à Tonneins (Lot-et-Garonne) tous les ans.
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Une activité secondaire, mais indispensable
Depuis vingt-six ans, ils cultivent cette plante, mais ça n’a jamais été leur production principale, chacun est en polyculture. “Ça fait un peu de beurre dans les épinards”, explique Ludovic Véril. Le premier se consacre à l’élevage de veaux sous la mère et à la culture d’asperges, alors que le second gère un cheptel laitier ainsi que des vergers de noyers et de châtaigniers. “En tant qu’agriculteur, on dépend énormément du climat, on a toujours une roue de secours”.
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Il y a sept ans, le kilo de tabac se vendait aux alentours de 2 €. Après la fermeture de l’atelier de transformation à Sarlat, les deux Lotois se tournent vers TGA pour vendre leur produit. Aujourd’hui, les tarifs du tabac ont augmenté, et la coopérative leur rachète 6 € le kilo, en moyenne. “Mon chiffre d’affaires brut tourne autour des 16 000 € l’hectare, sans prendre en compte les charges, quand il était à 4 000 € avant”. Des prix en hausse liés à la diminution du nombre de tabaculteurs : “C’est la loi de l’offre et la demande”, explique Vincent Thouron. Cette dynamique favorable confirme qu’ils ont eu raison de ne pas baisser les bras.

