January 17, 2026

Agriculteurs, opposants à l’A69, ingérence étrangère : qui a commis le sabotage routier qui a fait deux blessés près de Toulouse ?

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Un dangereux sabotage a causé deux accidents routiers jeudi matin, près de Toulouse. Quatre arbres tronçonnés entravaient la chaussée. Dans un contexte de tensions sociales autour de plusieurs sujets, et alors que s’ouvre en France une longue séquence électorale, une difficile enquête commence pour identifier les auteurs.

Un acte de sabotage gravissime est survenu très tôt jeudi 15 janvier au matin, près de Toulouse. À hauteur de Francarville, sur la départementale 826, quatre arbres ont été délibérément abattus puis placés en travers de la chaussée pour bloquer l’axe. Le piège nocturne a causé deux collisions : une première voiture l’a percuté de plein fouet à 4 h 15. Une deuxième un peu plus tard, à 5 h 45.

Les deux conducteurs ont été blessés et pris en charge par les secours. “L’un d’eux présentait de graves blessures au niveau des yeux et est toujours hospitalisé au CHU de Toulouse, tandis que l’autre souffre de douleurs cervicales”, précise David Charmatz, procureur de la République de Toulouse.

Une enquête ouverte

Le Conseil départemental, gestionnaire de la route, a rapidement déployé des agents pour libérer la route, et a déposé plainte. Une enquête a été ouverte pour “violences volontaires aggravées”, “guet-apens”, “mise en danger d’autrui”, “destruction en réunion” et “entrave à la circulation”.

Mais alors que les conséquences d’un tel geste auraient pu être mortelles, qui a pu prendre un tel risque ? Et que faut-il déduire de la découverte, par les enquêteurs, de l’inscription “pour le préfet” taguée au sol ?

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Dans un climat de fortes tensions agricoles, la colère à l’encontre des services de l’État a de nouveau été au cœur de manifestations cette semaine, interdites par arrêté préfectoral. Mais les représentants syndicaux réfutent tout lien entre cet acte et leurs revendications.

“Ça ne ressemble pas aux agriculteurs !”, martèle Maxime Raud, président de la Coordination rurale 31. “Ça peut être n’importe qui : tout le monde en a après le préfet, ajoute-t-il. Mais c’est plus facile de faire porter le chapeau aux syndicats. On nous a déjà attribué à tort des radars cassés. C’est malheureux, car ça discrédite notre mouvement.”

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“Nous ne connaissons pas l’auteur de ces faits et nous espérons sincèrement qu’il ne s’agit pas d’un agriculteur, déplore par ailleurs la CR 81 sur Facebook. Ce type d’action est à ne surtout pas faire : cela met des vies en danger et nuit à toute la profession. Ce sont des actions comme celles-ci qui salissent la mobilisation !”

Même son de cloche du côté de la FDSEA de Haute-Garonne : “Je déplore ces accidents, je ne vois pas pourquoi des exploitants agricoles seraient les responsables, assure Luc Mesbah, secrétaire général. Je n’ai pas de commentaires à faire vis-à-vis du préfet, de sa façon de réprimer ceux qui manifestent, alors qu’ils veulent juste pouvoir travailler.”

Un territoire déjà sous tension

Selon eux, la colère paysanne est vive, mais reste gérable. “Ils n’en peuvent plus, surtout d’un point de vue financier. Et les annonces du gouvernement ne sont pas à la hauteur des enjeux”, indique Luc Mesbah. Ce dernier avait été placé en garde à vue ce mercredi, en marge des mobilisations, et à nouveau entendu dans la journée de jeudi.

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Le lieu de ces accidents, entre les communes de Vendine et de Francarville, se situe sur un territoire particulièrement mobilisé à propos d’un tout autre dossier : celui de l’A69.

Plusieurs rassemblements en opposition au projet d’autoroute s’y sont déroulés ces dernières années. Ce lundi, la justice a suspendu le chantier sur les zones où le dépassement d’emprise a été constaté. Faut-il voir dans l’abattage de ces arbres et l’entrave routière une corrélation a priori contre-intuitive avec ce dossier controversé, en raison de son impact environnemental ?

Dans le contexte électoral des municipales, et les tensions politiques à l’international, une ingérence venue d’ailleurs pourrait-elle aussi être envisagée ? Une déstabilisation de l’étranger pour faire monter les tensions est-elle une piste plausible ? Ou bien s’agit-il d’une action individuelle, un électron libre qui n’a pas mesuré les graves conséquences de son geste ? De nombreuses questions restent en suspens. Les investigations ont été confiées à la Brigade de Recherche de Villefranche-de-Lauragais. Les gendarmes devront donc identifier les auteurs, activement recherchés, et faire ainsi la lumière sur cette affaire.

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