Une personne dans les rues de Nuuk, la capitale du Groenland, le 14 janvier 2026. ALESSANDRO RAMPAZZO / AFP
Un exercice militaire sur fond de pression trumpiste. Plusieurs pays européens vont mener une mission militaire ce jeudi 15 janvier au Groenland, territoire arctique sous souveraineté danoise convoité par le président américain Donald Trump, au lendemain d’une rencontre à la Maison-Blanche. Objectif affiché : « renforcer l’alliance de l’Otan au profit de la sécurité européenne et transatlantique ». Un tel envoi de soldats « inédit », selon Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur français pour les pôles et les océans.
• Opération « Arctic Endurance »
La France, la Suède, l’Allemagne et la Norvège ont annoncé mercredi qu’elles allaient déployer du personnel militaire sur l’île pour une mission de reconnaissance qui, a précisé une source au sein du ministère français des Armées, s’inscrit dans le cadre de l’exercice danois « Arctic Endurance ». Et ce « en vue d’éventuelles contributions militaires destinées à soutenir le Danemark dans la garantie de la sécurité dans la région, par exemple dans le domaine des capacités de surveillance maritime », a expliqué le ministère allemand de la Défense.
Cette « exploration du Groenland » aura lieu de jeudi à samedi, a-t-il précisé.
• Des effectifs limités
« De premiers éléments militaires français sont d’ores et déjà en chemin. D’autres suivront », a fait savoir Emmanuel Macron dans la nuit. Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur pour les pôles et les océans, a précisé au micro de Franceinfo jeudi matin qu’« une quinzaine de soldats » français, « spécialistes de haute montagne », des chasseurs alpins, étaient déjà présents à Nuuk, la capitale du Groenland.
La France a déjà déployé « une première équipe de militaires » au Groenland dans le cadre d’une mission militaire européenne, et va dépêcher « dans les prochains jours » de nouveaux « moyens terrestres, aériens et maritimes » dans le territoire autonome danois convoité par les Etats-Unis, a annoncé jeudi Emmanuel Macron.
« La France et les Européens doivent continuer partout où leurs intérêts sont menacés d’être là, sans escalade, mais intraitables sur le respect de la souveraineté territoriale », a dit le président français lors de ses voeux aux Armées sur la base aérienne d’Istres, près de Marseille. Il a jugé que c’était « le rôle » de la France « d’être aux côtés d’un Etat souverain pour protéger son territoire ».
Le ministère allemand de la Défense a lieu affirmé que son « équipe de reconnaissance » était composée de 13 membres de la Bundeswehr envoyés à Nuuk.
La Norvège va quant à elle mobiliser deux soldats de son armée pour cette mission, selon « le Monde ».
• « Renforcer la capacité à opérer dans les conditions arctiques »
Le commandement arctique de l’armée danoise a expliqué dans un communiqué publié sur Facebook que « l’objectif est de renforcer la capacité à opérer dans les conditions arctiques et, ce faisant, de renforcer l’alliance de l’Otan au profit de la sécurité européenne et transatlantique ».
Il a par ailleurs précisé que « la visibilité sera particulièrement importante au Groenland et dans ses environs, où des exercices et des déploiements de capacités auront lieu périodiquement, notamment par la marine, l’armée de l’air, l’armée de terre et le commandement des opérations spéciales ».
Le ministère allemand de la Défense, cité par « le Monde », évoque lui l’objectif « d’examiner les conditions-cadres en vue d’éventuelles contributions militaires destinées à soutenir le Danemark dans la garantie de la sécurité de la région, par exemple dans le domaine des capacités de surveillance maritime ».
Olivier Poivre d’Arvor a précisé qu’un tel envoi de soldats européens face à une menace américaine « est inédit ». « C’est un signe politique fort, on disait que l’Europe prenait son temps, pas tant que ça », a-t-il souligné.
• Pression grandissante de Trump
Mercredi, le ministre danois des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen a dénoncé la volonté de Donald Trump de « conquérir » le Groenland, à l’issue d’une rencontre à la Maison-Blanche avec des responsables américains. « Le président a clairement exprimé son point de vue, et nous avons une position différente », a-t-il dit à des journalistes. « Nous avons donc toujours un désaccord fondamental, mais nous acceptons également d’être en désaccord », a-t-il ajouté, annonçant la mise en place d’un « groupe de travail de haut niveau afin d’étudier si nous pouvons trouver une voie commune pour aller de l’avant ». Il a affirmé que Copenhague souhaitait « travailler en étroite collaboration avec les Etats-Unis, mais cela doit, bien sûr, être une coopération respectueuse ».
Le ministre danois et son homologue groenlandaise Vivian Motzfeldt ont été reçus à la Maison-Blanche par le vice-président JD Vance et le secrétaire d’Etat Marco Rubio. Donald Trump, qui n’a pas participé à cette réunion avait répété quelques heures plus tôt sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient « besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale. Il est vital pour le Dôme d’Or que nous construisons ». C’est la première fois qu’il fait un lien entre ce gigantesque projet américain de bouclier antimissiles et la possession du territoire autonome danois.
Il martèle depuis plusieurs semaines que les Etats-Unis ont besoin du Groenland pour contenir les avancées de la Russie et de la Chine en Arctique, et n’écarte pas un recours à la force pour s’en emparer. Or, comme l’a rappelé Lars Løkke Rasmussen, il n’y a ni navires ni investissements « massifs » chinois au Groenland.
Pour tenter d’amadouer Washington, Copenhague a promis de « renforcer sa présence militaire » au Groenland dès mercredi, et de dialoguer avec l’Otan pour accroître la présence alliée dans l’Arctique. Il avait auparavant rappelé avoir investi près de 90 milliards de couronnes (12 milliards d’euros) pour renforcer la défense de l’Arctique. Mais Donald Trump tourne volontiers les efforts danois en ridicule. Il a encore affirmé mercredi qu’il « ne suffisait pas de deux traîneaux à chiens » pour défendre le territoire face à la Russie ou la Chine.

