La mairie de Soultz (Haut-Rhin) après la libération de Cécile Kohler et celle de Jacques Paris, le 5 novembre 2025. FREDERICK FLORIN/AFP
Les manifestations contre le régime des mollahs se poursuivent en Iran, où les Français Cécile Kohler et Jacques Paris sont toujours assignés à résidence à l’ambassade de France à Téhéran. Une assignation dans un contexte de très fortes tensions alors que s’ouvre, mardi 13 janvier, le procès pour apologie du terrorisme de l’Iranienne Mahdieh Esfandiari. Cette ressortissante est une possible monnaie d’échange avec Téhéran contre les deux Français.
• Cécile Kohler et Jacques Paris « vont bien »
Les deux Français, libérés le 4 novembre 2025, sont bloqués à l’ambassade de France à Téhéran. Ils « vont bien » a indiqué, mardi, leur entourage, qui « suit la situation heure par heure ». « Ils sont toujours assignés à résidence à l’ambassade. Ils sont avec les personnels essentiels [de l’ambassade] qui continuent à être très attentifs à leur égard », a déclaré Noémie Kohler, la sœur de Cécile Kohler. « Leur sécurité est assurée, a souligné de son côté Anne-Laure Paris, la fille de Jacques Paris. Ils se remettent peu à peu de leur détention, mais ils sont impatients de rentrer. »
• Macron souhaite un retour « rapide »
Cécile Kohler et Jacques Paris avaient été arrêtés à l’issue d’un voyage touristique et incarcérés en Iran en mai 2022, avant d’être condamnés respectivement à vingt et dix-sept ans de prison, notamment pour espionnage au profit des renseignements français et israélien. Ils ont toujours clamé leur innocence et ont finalement été libérés, de manière « conditionnelle », le 4 novembre 2025. Ils ont toutefois l’interdiction de quitter le pays. L’Alsacienne de 41 ans et son compagnon de 72 ans, considérés comme des « otages d’Etat » par Paris, auront passé 1 277 jours en détention, soit près de trois ans et demi.
Au moment de cette libération conditionnelle, Emmanuel Macron avait parlé d’une « première étape », tout en indiquant que le dialogue était en cours pour « permettre leur retour en France le plus rapidement possible ».
• Procès de Mahdieh Esfandiari, possible monnaie d’échange
Une nouvelle étape en faveur de leur libération s’ouvre mardi. Pendant quatre jours, les juges du tribunal correctionnel de Paris doivent statuer sur le sort de l’Iranienne Mahdieh Esfandiari, qui comparait pour apologie du terrorisme.
L’affaire devrait être scrutée de près dans la mesure où les autorités iraniennes ont laissé entendre qu’elles souhaitaient échanger le couple de Français contre la ressortissante iranienne, arrêtée en France en février 2025. Mahdieh Esfandiari avait obtenu fin octobre 2025, après huit mois de détention provisoire, sa libération sous contrôle judiciaire, avec interdiction de quitter le territoire français.
Agée de 39 ans, elle est jugée avec quatre autres personnes, dont l’essayiste d’extrême droite multicondamné Alain Soral – visé par un mandat d’amener. Elle comparaît pour apologie d’un acte de terrorisme commis en ligne, provocation directe en ligne à un acte de terrorisme (des délits passibles de sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende), injure publique en ligne en raison de l’origine, ethnie, nation, race ou religion et association de malfaiteurs.
« Je suis ici aujourd’hui car je vais enfin pouvoir m’exprimer sur les faits, car il y a eu beaucoup d’histoires erronées me concernant dans les médias, et beaucoup de mensonges », a déclaré la prévenue à la presse juste avant l’audience. A ses côtés, Me Nabil Boudi, un de ses avocats, a indiqué qu’elle attendait « d’être blanchie intégralement ».
• Un échange très incertain
Me Nabil Boudi a indiqué qu’il « apparaît prématuré à ce stade d’évoquer un échange tant qu’il y a l’incertitude du volet judiciaire ». Ce qu’avait également suggéré le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, à France 24 en novembre 2025 : « Cet échange entre nous et la France a été négocié. Il y a eu un accord et, en effet, nous attendons que toute la procédure juridique et judiciaire se fasse dans les deux pays. » Même son de cloche du côté de la diplomatie française qui a indiqué : « Une procédure judiciaire est en cours qu’il ne nous appartient pas de commenter. »
Le tribunal pourrait rendre sa décision dans la foulée du procès ou la mettre en délibéré à plusieurs semaines. Si l’échange venait à se concrétiser, une question reste en suspens : celle de sa faisabilité au regard du mouvement de protestation, qui secoue l’Iran depuis le 28 décembre 2025, et dont la répression a fait des centaines de morts. Interrogée par l’AFP, la diplomatie française s’est refusée à tout commentaire sur les conséquences potentielles sur leur libération.

