La tension monte entre Donald Trump et Jerome Powell, président de la Fed, la banque centrale américaine. Une enquête criminelle vise ce dernier, de quoi susciter de vives inquiétudes quant à l’indépendance de l’institution.
Aux États-Unis, rares sont ceux qui osent publiquement tenir tête à Donald Trump. Parmi eux figurent Jerome Powell, l’actuel président de la banque centrale des États-Unis, plus communément appelée la Fed, dont le mandat prendra fin en ce mois de mai 2026.
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Ce dimanche 11 janvier, c’est par une déclaration solennelle filmée que ce dernier a annoncé l’ouverture, par le ministère de la Justice, d’une enquête criminelle à son encontre pouvant déboucher sur des poursuites pénales.
L’occasion pour celui qui est en poste depuis 2018 d’affirmer sans détour que la procédure était fondée sur un “prétexte”. À savoir l’important coût des travaux de rénovation du siège de la Fed à Washington (plus de 2 milliards de dollars), qui cache selon lui une tout autre raison : l’institution n’a pas fourni à Donald Trump les baisses de taux d’intérêt qu’il attendait.
Une telle démarche “n’a pas sa place aux États-Unis”, ont affirmé dans un communiqué Alan Greenspan, Ben Bernanke et Janet Yellen, trois des prédécesseurs de Jerome Powell à la tête de la Fed, associés à d’autres personnalités économiques de premier plan.
“Les enjeux sont trop élevés pour fermer les yeux”
Des parlementaires républicains ont aussi manifesté leur désapprobation, alors que le parti présidentiel a jusqu’ici peu résisté aux initiatives de la Maison Blanche. “Les enjeux sont trop élevés pour fermer les yeux : si la Réserve fédérale perd son indépendance, la stabilité de nos marchés et de l’économie dans son ensemble en souffrira”, a écrit sur X la sénatrice de l’Alaska Lisa Murkowski.
After speaking with Chair Powell this morning, it’s clear the administration’s investigation is nothing more than an attempt at coercion. If the Department of Justice believes an investigation into Chair Powell is warranted based on project cost overruns—which are not…
— Sen. Lisa Murkowski (@lisamurkowski) January 12, 2026
Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, le milliardaire républicain ne cesse de réclamer des baisses des taux directeurs pour réduire les coûts d’emprunt, soutenir la croissance, et réduire le déficit du pays.
Un risque de voir l’inflation flambée
“Donald Trump voudrait faire une sorte de quoi qu’il en coûte permanent, avec le risque de la flambée de l’inflation, connu dans la zone euro, après l’utilisation de ce système, explique le journaliste économie de RTL François Lenglet. Lorsque les taux sont baissés de façon intempestive ou excessive, la sanction est toujours la hausse des prix.”
Refusant de céder aux pressions de Donald Trump – par qui il avait été nommé à la tête de la Fed lors de son premier mandat à la Maison Blanche – Jerome Powell s’est ainsi attiré ces derniers mois les foudres du président américain qu’il traite publiquement d'”abruti”.
Dans une interview accordée ce dimanche à NBC, le président américain a affirmé que l’ouverture d’une enquête à l’encontre de Jerome Powell n’était pas liée au fait que ce dernier lui tienne tête, tout en martelant “ne rien savoir à ce sujet”. “La seule pression qu’il doit sentir est dans le fait que les taux sont trop élevés, a néanmoins argué le magnat de l’immobilier. C’est la seule.”
De son côté, le patron de la banque centrale américaine a lui tenu à rappeler : “J’ai servi la Fed sous quatre gouvernements, républicains et démocrates. À chaque fois, j’ai fait mon devoir sans peur ou faveur politique, concentré uniquement sur notre mandat”. Et Jerome Powell d’affirmer avoir bel et bien l’intention de poursuivre son travail, jusqu’au bout.

