Une capture d’écran d’une vidéo, prise entre le 9 et le 11 janvier 2026, montrant a priori une morgue avec des dizaines de corps et des personnes endeuillées à cause de la répression du pouvoir iranien, à Kahrizak dans la province de Téhéran. UGC VIA AP/SIPA
A chaque jour son lot de réactions internationales face à la répression sanglante en Iran, qui a déjà fait au moins 743 morts depuis le début du mouvement contre la vie chère, selon l’ONG Iran Human Rights (IRH). Un chiffre qui pourrait être bien plus élevé. IRH « continue de recevoir des rapports faisant état de milliers de morts dans différentes villes et provinces d’Iran », précise l’organisation, après plus de deux semaines de manifestations. Des décès sous-estimés en raison de la difficulté d’obtenir des informations depuis la coupure d’internet survenue le 8 janvier en Iran. Coupure justifiée à cause d’« opérations terroristes » pendant les manifestations, selon le ministre des Affaires étrangères iranien.
Des défenseurs des droits humains, eux, dénoncent une volonté du pouvoir de masquer la répression, qui a fait selon eux des centaines, voire des milliers de morts. Une répression que le monde occidental continue de dénoncer. L’Union européenne a promis de nouvelles sanctions, alors que les pays européens convoquent l’un après l’autre les ambassadeurs iraniens. De son côté, Donald Trump a encouragé les manifestants à poursuivre leur mouvement jusqu’à renverser les autorités, en promettant sur son réseau Truth Social que « l’aide était en route », sans plus de précisions. « Le Nouvel Obs » fait le point sur la situation.
• Le fils du Shah déplore la « posture d’apaisement » de la France
Face à la répression des manifestations en Iran, la réaction française n’est pas à la hauteur, estime le fils de l’ancien shah d’Iran ainsi qu’une partie de la classe politique française qui reproche à Paris et d’autres capitales européennes leur timidité.
« Jusqu’à présent, la France a malheureusement adopté une posture d’apaisement vis-à-vis du régime iranien », a déploré Reza Pahlavi, le fils de l’ancien shah d’Iran, qui s’est érigé en figure de ralliement dans la contestation, dans un entretien publié mardi par « Le Figaro Magazine ».
« Il me semble moralement impératif pour le président Emmanuel Macron, et les dirigeants occidentaux, de se placer du bon côté de l’Histoire », a martelé cet opposant qui vit en exil depuis la révolution islamique de 1979 qui a renversé son père, mettant en garde contre un « énième arrangement avec un régime au bord de l’effondrement ».
La députée française de gauche Clémentine Autain a également exhorté « la France et l’Europe » à faire entendre « urgemment » une « voix » et une « action déterminées », « dans le respect du droit international ». A droite, le président du parti Les Républicains Bruno Retailleau a affirmé que la France « ne peut se contenter » de ces appels « abstraits à l’apaisement », mais « doit soutenir clairement toute solution politique alternative crédible au régime des mollahs ». « L’Histoire jugera notre attitude. Soit nous aurons été au rendez-vous du courage, soit nous aurons choisi le confort du “pas de vague” diplomatique », a-t-il lancé dans « Le Point ».
• Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme « horrifié »
Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Volker Türk s’est dit mardi « horrifié » par la « répression » des manifestations en Iran.
« Il faut cesser de tuer des manifestants pacifiques, et il est inacceptable de qualifier les manifestants de “terroristes” pour justifier la violence à leur égard », a-t-il déclaré dans un communiqué. « Les Iraniens ont le droit de manifester pacifiquement. Leurs griefs doivent être entendus et pris en compte, et ne doivent être instrumentalisés par personne », a ajouté le Haut-Commissaire.
• De futures nouvelles sanctions par l’UE
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a promis mardi sur X que de nouvelles sanctions contre Téhéran allaient être « rapidement » proposées aux 27, après un bilan « effroyable » des victimes de la répression des manifestations en Iran.
Des responsables européens, dont des eurodéputés, ont appelé l’UE à renforcer la pression contre les autorités iraniennes, réclamant, entre autres, d’inscrire les Gardiens de la révolution iranienne dans la liste des organisations terroristes, en raison de son rôle dans la répression brutale des manifestations de ces derniers jours en Iran.
Ursula von der Leyen a rappelé que les Gardiens de la révolution faisaient déjà l’objet de sanctions de la part de l’Union européenne. Celles-ci existent depuis 2021 en réaction aux violations des droits de l’homme en Iran. Au total, quelque 230 personnes, dont plusieurs ministres, et une quarantaine d’entités ont été sanctionnées par l’UE. Ces sanctions ont depuis été étendues en raison des activités nucléaires de l’Iran ou de l’aide apportée par Téhéran à la guerre d’invasion russe en Ukraine, lancée en 2022.
• Des diplomates iraniens convoqués par plusieurs pays
Tour à tour, les Etats européens convoquent les ambassadeurs iraniens, pour condamner ou montrer leur inquiétude face à la répression des manifestations.
La France a convoqué l’ambassadeur d’Iran, a annoncé le ministre des Affaires étrangères devant les députés. « Nous ne nous arrêterons pas là : il ne saurait y avoir aucune impunité pour ceux qui tournent leurs fusils contre des manifestants pacifiques » a affirmé Jean-Noël Barrot, évoquant les sanctions « rapides » contre Téhéran promises par Ursula von der Leyen.
La Finlande et le Danemark ont également annoncé la convocation de représentants iraniens à Helsinki et Copenhague. « Le régime iranien a coupé internet pour pouvoir tuer et opprimer en silence », a écrit sur X la ministre finlandaise des Affaires étrangères, Elina Valtonen. « Cela ne sera pas toléré. Nous sommes aux côtés du peuple iranien – femmes et hommes confondus », a-t-elle poursuivi. Le ministère danois des Affaires étrangères a annoncé avoir convoqué le chargé d’affaires d’Iran, l’ambassadeur étant actuellement absent, « afin d’exprimer la condamnation par le gouvernement de l’usage de la violence par le régime iranien contre les manifestants. »
Même décision du côté de l’Espagne et du Portugal. « Le droit des hommes et des femmes iraniens à manifester pacifiquement, leur liberté d’expression, doit être respecté » et les « arrestations arbitraires doivent cesser », a affirmé le ministre espagnol des Affaires étrangères Jose Manuel Albares à la radio Catalunya. Paulo Rangel, ministre portugais des Affaires étrangères, a par ailleurs précisé sur X que « dans un cadre de concertation européenne, le Portugal est prêt à renforcer les sanctions contre l’Iran ».
L’annonce de la part de Londres a également suivi, la ministre des Affaires étrangères britannique Yvette Cooper dénonçant la « répression la plus brutale et la plus sanglante contre des manifestations », suivi de celle de Berlin. « Les agissements brutaux du régime iranien contre sa propre population sont choquants », a ajouté le ministère des Affaires étrangères allemand dans un message posté sur X.
• Trump encourage les manifestants à renverser le gouvernement
Donald Trump a encouragé mardi les manifestants iraniens à poursuivre leur mouvement jusqu’à renverser les autorités, en promettant sur son réseau Truth Social que « l’aide était en route », sans plus de précisions. La veille, il avait annoncé frapper de 25 % de droits de douane tout pays commerçant avec l’Iran.
« Patriotes iraniens, CONTINUEZ A MANIFESTER – PRENEZ LE CONTROLE DE VOS INSTITUTIONS !!! » a écrit le président américain, précisant qu’il avait « annulé toutes les réunions avec des responsables iraniens tant que les meurtres insensés de manifestants ne s’arrêtaient pas. »
• Une intervention américaine serait « catastrophique » selon le Qatar
De son côté, le Qatar a estimé qu’une confrontation entre les Etats-Unis et l’Iran serait « catastrophique » pour la région, après que le président américain a menacé d’intervenir militairement.
« Nous savons que toute escalade (…) aurait des conséquences catastrophiques dans la région et au-delà, et nous voulons donc l’éviter autant que possible », a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, durant une conférence de presse à Doha. « Nous sommes encore à un stade où nous croyons qu’une solution diplomatique peut être trouvée », a-t-il ajouté.

