Crise interne à la FDSEA du Gers. L’agriculteur Alain de Scorraille claque la porte après plus de 25 ans d’engagement, dénonçant des élections internes truquées et un syndicat devenu, selon lui, “invisible” sur le terrain. Le syndicat appelle, lui, à l’unité et à l’action.
C’est une annonce inattendue qu’a faite Alain de Scorraille, ce vendredi 6 mars, à la sortie de la session de la chambre d’agriculture du Gers. “Je tiens à clarifier ma position vis-à-vis des adhérents de la FDSEA, de moi-même et des élus”, a commencé celui qui a été trois fois secrétaire général du syndicat agricole, notamment lors de la présidence de Christian Cardona. “J’annonce publiquement que malgré le fait que j’ai récemment été élu président FDSEA de mon canton, j’arrête aujourd’hui mon mandat et mon adhésion à la FDSEA du Gers […]. Cela me coûte énormément parce que je me suis beaucoup investi.”

Au cœur de la décision de l’exploitant agricole, impliqué syndicalement depuis 1998, d’abord chez les Jeunes agriculteurs puis à la FDSEA : des tensions et divisions internes dans le syndicat. “Il y a encore quelques semaines, j’ai reçu un courrier de la FDSEA me mettant en cause par rapport à mes engagements au niveau de la chambre d’agriculture.”
Membre associé à la chambre d’agriculture
Après les dernières élections à la chambre d’agriculture, remportée par la Coordination rurale, Lionel Candelon-Bonnemaison a en effet sollicité Alain de Scorraille pour “nous accompagner sur les sujets de l’eau, étant donné qu’il est expert sur le système Neste Rivière Gascogne, le SAGE, les étiages…, explique le président de la chambre consulaire. Je lui ai demandé de venir en tant que membre associé. Il représente la chambre dans de nombreuses réunions.”
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Cette décision de rejoindre la chambre consulaire a été mûrement réfléchie, assure Alain de Scorraille. “Vu la claque qu’avaient prise la FDSEA et les Jeunes agriculteurs aux élections (32,99 % lors des élections au collège 1, NDLR), je me suis posé la question de savoir si c’était intéressant pour les agriculteurs que je continue sur ces questions-là. J’ai accepté mais j’ai précisé que je conservais l’étiquette FDSEA. Mais on le voit, aujourd’hui la FDSEA ne fonctionne plus du tout ; en termes d’actions sur le terrain elle est invisible. “
Des accusations de trucage des élections
Après plus d’un an et face à ces tensions, l’exploitant agricole a donc décidé de quitter le syndicat. Et il ne fait pas que rompre les liens avec la FDSEA. Il affirme également que “les élections, au moment du choix de Muriel Pelizza (en février 2023, face à Pascal Herman, NDLR), ont été truquées. Un certain nombre d’administrateurs ont participé au vote alors qu’ils n’avaient pas la qualité pour le faire.”
Alain de Scorraille assure “détenir tous les documents pour le prouver. C’est mon avocate qui m’a poussé à intervenir. Aujourd’hui, des membres continuent de siéger en se disant administrateurs à la FDSEA alors que cela est contraire aux statuts de la FDSEA du Gers.” Il assure avoir également saisi la commission nationale de la FNSEA : “Le retour qui m’a été fait m’a complètement désabusé : ils ne m’ont même pas demandé les documents.”
“Priorité à l’unité et à l’action”
Sollicitée, la FDSEA gersoise regrette, dans un communiqué de presse, “la prise de parole d’Alain de Scoraille lors de son point presse organisé à l’issue de la session de la Chambre d’agriculture. Ce n’est ni le lieu ni le moment d’exposer des griefs personnels, alors que les agriculteurs ont avant tout besoin d’unité et de mobilisation pour faire face aux défis économiques, sociaux, climatiques et administratifs qui pèsent très lourdement sur leurs exploitations.”
La FDSEA rappelle ses missions : “Défendre celles et ceux qui nourrissent la population et aménagent nos territoires, encourager l’engagement de nouveaux responsables et préparer l’avenir. Cela suppose donc de concentrer les énergies sur les solutions et le travail collectif, au service des agricultrices et des agriculteurs gersois.” Pour les vice-présidents, Benjamin Constant et Stéphane Zanchetta, “ressasser le passé ne construit pas l’avenir et ne défend pas plus le présent.”
Contactée, Muriel Pelizza, présidente de la FDSEA gersoise de 2023 à 2024, rappelle “que cette élection interne a été validée au niveau régional et national. Il y a des choses beaucoup plus importantes en ce moment au niveau agricole que de regarder trois ans en arrière…”

