Par
Le Nouvel Obs avec AFP
Manifestation le dimanche 14 décembre 2025 à Rio De Janeiro, lors d’un mouvement national de protestation « Pas d’amnistie » contre la proposition de loi réduisant ou annulant les peines liées aux émeutes du 8 janvier 2023 à Brasilia contre plusieurs institutions. Plusieurs dizaines de manifestations ont eu lieu ce jour-là, à l’appel de syndicats, de groupes d’étudiants et d’associations de défense des droits. BOB KARP/ZUMA/SIPA
La Cour suprême du Brésil a rejeté une demande d’assignation à résidence pour raisons de santé de l’ex-président Jair Bolsonaro, incarcéré pour une tentative de coup d’État, selon une décision de justice publiée ce jeudi 1er janvier.
Ses avocats avaient déposé mercredi 31 décembre la requête de Jair Bolsonaro, 70 ans, hospitalisé depuis le 24 décembre à Brasilia et qui a subi une opération d’une hernie inguinale le 25 décembre et une autre intervention chirurgicale pour traiter ses crises de hoquet récurrentes.
« Contrairement à ce qu’affirme la défense, l’état de santé de Jair Messias Bolsonaro ne s’est pas aggravé », a estimé le juge Alexandre de Moraes dans sa décision.
L’ancien président d’extrême droite (2019-2022) purge une peine de 27 ans de prison pour avoir orchestré une opération destinée à le maintenir au pouvoir, après sa défaite face à Luiz Inácio Lula da Silva lors de l’élection de 2022. Pour l’accusation, Bolsonaro était l’instigateur des émeutes, et le projet prévoyait notamment l’assassinat de Lula – il ne s’est pas concrétisé faute de soutien de la hiérarchie militaire.
Il devrait sortir de l’hôpital ce jeudi, selon ses médecins. Il devra ensuite retourner dans la petite chambre où il purge sa peine, dans un siège de la police fédérale à Brasilia.
Emprisonné depuis novembre, Bolsonaro souffre depuis des années des séquelles d’un coup de couteau à l’abdomen qu’il a reçu lors d’un meeting électoral en 2018 et qui a nécessité plusieurs interventions chirurgicales. Cette hospitalisation de neuf jours était sa première sortie depuis son incarcération.
Une « chasse aux sorcières » pour Trump et Rubio
En ce premier jour de 2026 comme l’an dernier, les pressions répétées de Trump et de son gouvernement en faveur de l’ancien dirigeant d’extrême droite restent de peu d’effet sur la justice brésilienne. Dénonçant une « chasse aux sorcières » contre Jair Bolsonaro, Donald Trump a imposé depuis août 2025 une surtaxe punitive de 50 % sur une part importante des exportations brésiliennes. « C’est très surprenant que ça puisse arriver », a réagi en septembre le président américain après la condamnation de son allié, la comparant à ses propres déboires judiciaires passés.
« Les persécutions politiques perpétrées par Alexandre de Moraes, un homme condamné pour violation des droits de l’homme, se poursuivent », avait dénoncé le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio lors de l’annonce du jugement, le 11 septembre 2025. Selon lui, ce juge du Tribunal suprême fédéral, ancien ministre de la Justice d’un gouvernement de droite, et « d’autres membres du Tribunal suprême fédéral du Brésil ont injustement décidé d’emprisonner l’ancien président Jair Bolsonaro ». « Les Etats-Unis réagiront en conséquence à cette chasse aux sorcières », avait ajouté le chef de la diplomatie américaine.
Sanctions américaines levées contre un juge brésilien
Washington a cependant levé le 12 décembre des sanctions contre Alexandre de Moraes. L’Ofac (Office of Foreign Assets Control) du ministère de l’Economie et des Finances américain a annoncé qu’il retirait Alexandre de Moraes et son épouse Viviane Barci de Moraes de la liste de personnes sous sanctions. Car conserver de telles mesures contre le couple « ne correspond plus aux intérêts américains en termes de politique étrangère », a souligné auprès de l’AFP une source proche du dossier.
En fait, c’est l’adoption de la proposition de loi très favorable à l’ancien président brésilien qui aurait permis cette levée partielle des sanctions américaines. Lula a annoncé le jeudi 18 décembre qu’il mettrait son veto à la loi adoptée la veille par le Parlement, qui réduirait la peine de prison de Bolsonaro. Si cette nouvelle loi est appliquée, la peine effective de l’ancien président pourrait être réduite à deux ans et quatre mois. Le veto présidentiel pourrait cependant être annulé par le Parlement. Le nouveau texte prévoit également d’accorder la liberté conditionnelle à des dizaines de ses partisans condamnés pour les émeutes du 8 janvier 2023 à Brasilia.
Approuvée par les députés à l’issue d’une séance houleuse, la proposition de loi a suscité de nombreuses critiques. Des manifestations contre la mesure le dimanche 14 décembre ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes dans plusieurs grandes villes du pays.

