January 13, 2026

"Les loyers sont chers" : à Agen, des commerces du centre-ville en difficulté face à l’augmentation des tarifs

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À Agen, des commerçants du centre-ville peinent à payer leur loyer, qu’ils jugent “trop cher”. Entre baisse de fréquentation et concurrence des zones commerciales, certains tentent de s’adapter, d’autres ont plus de difficulté. Témoignages.

“Avant même de vendre quoi que ce soit, on travaille déjà pour payer le loyer.” À Agen, cette phrase revient souvent chez les commerçants du centre-ville. Le loyer commercial figure parmi les premières charges fixes des professionnels, une contrainte qui a déjà poussé certains commerçants à fermer ou à envisager de le faire.

Selon plusieurs estimations immobilières, le loyer médian d’un local commercial à Agen avoisine 10 €/m² par mois, soit environ 120 €/m² par an, avec des variations selon l’emplacement et la surface du local.

Certaines annonces professionnelles affichent ainsi des loyers compris entre 98 € et 143 € par m² par an, situant Agen dans une moyenne comparable à d’autres villes de taille similaire, mais parfois jugée élevée par les commerçants au regard de leur activité.

Des loyers jugés plus accessibles en périphérie

À quelques kilomètres du centre-ville, la situation apparaît différente. Dans certaines communes de l’agglomération agenaise, notamment en zones commerciales, les loyers commerciaux seraient globalement plus bas. À Estillac par exemple, les estimations oscillent entre 31 €/m² à 132 €/m²/an selon l’emplacement du local commercial.

Ces zones périphériques attireraient également davantage de clientèle. “En périphérie, on a des loyers plus lisibles et surtout du passage”, confie anonymement un commerçant agenais. “On se gare facilement et gratuitement”, souligne une cliente venue du département du Lot. Un argument souvent avancé par les commerçants, qui constatent que de nombreux consommateurs privilégieraient les zones commerciales autour d’Agen plutôt que le centre historique.

Une charge fixe difficile à absorber

“Quand vous ouvrez votre commerce le matin, vous savez déjà combien ça vous coûte”, résume Jean Pinasseau, élu municipal en charge notamment des questions immobilières à Agen, tout en nuançant : “tous les loyers ne sont pas disproportionnés”.

Du côté de la Chambre de commerce et d’industrie de Lot-et-Garonne, son président Frédéric Pechavy rappelle que “les loyers sont souvent indexés sur des indices nationaux liés au coût de la construction, en hausse depuis le post-Covid”. Certains commerçants auraient ainsi connu des hausses annuelles de 6 à 10 %, alors même que leur activité stagnait ou reculait.

“C’est une catastrophe… Je pense fermer la boutique à la fin du mois.”

Sur le terrain, les expériences varient. La gérante de la boutique L’atelier des pépites de la rue Molinier, confie : “C’est une catastrophe… Je pense fermer la boutique à la fin du mois.” À l’inverse, certains commerces parviennent à se maintenir. La boutique Gabrielle, au centre-ville, affiche une activité stable. “Les loyers sont chers, mais on s’en sort”, témoigne sa gérante, évoquant une clientèle fidèle.

Un contexte plus large

Au-delà des loyers, plusieurs commerçants évoquent un environnement jugé dissuasif : travaux répétés, stationnement payant et sentiment d’insécurité. Paola, gérante d’un bar à chats ouvert depuis trois mois, évoque un bon démarrage suivi d’un net ralentissement. “Le concept plaît, mais les gens viennent moins en centre-ville”, observe-t-elle.

La CCI 47 appelle toutefois à nuancer. Si les loyers agenais restent inférieurs à ceux de métropoles comme Toulouse ou Bordeaux, ils peuvent paraître élevés au regard de la capacité économique de certains commerces du centre. “Le premier client du centre-ville, c’est l’habitant”, rappelle Frédéric Pechavy.

Des ajustements seraient néanmoins en cours. “On connaît plusieurs cas où des propriétaires ont accepté de baisser les loyers pour éviter de laisser un local vide”, indique Jean Pinasseau, estimant que le marché pourrait, à terme, s’autoréguler.

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