Un groupe de combattants kurdes à Alep, dans le nord-est de la Syrie, le 9 janvier 2026. HOGIR AL ABDO/AP/SIPA
L’armée syrienne a annoncé ce samedi 10 janvier avoir bouclé son opération contre le dernier bastion kurde d’Alep, une affirmation toutefois démentie par les forces kurdes qui affirment continuer à se battre face aux troupes gouvernementales.
Ces combats, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont éclaté alors que les deux parties peinent à appliquer un accord conclu en mars pour intégrer les institutions de l’administration autonome kurde et les FDS au sein du nouvel Etat.
• Au moins 21 civils tués et 155 000 déplacés
Les affrontements dans Alep, grande ville du nord de la Syrie, entre le gouvernement central et les Kurdes, qui contrôlent une partie du nord-est du pays, ont tué au moins 21 civils depuis mardi. Ils ont aussi fait environ 155 000 déplacés, pour la plupart des habitants des quartiers kurdes, selon les autorités.
Les autorités syriennes ont annoncé ce samedi après-midi transférer des combattants qui étaient retranchés dans le quartier kurde de Cheikh Maqsoud à Alep, vers la zone autonome kurde plus à l’est, après avoir pris le contrôle de ce quartier.
• Des tirs dans les quartiers kurdes d’Alep
Après avoir déjà pris le contrôle d’Achrafieh, l’autre quartier tenu par les Kurdes, l’armée syrienne avait fait état, dans une déclaration à l’agence officielle Sana, de « l’arrêt de toutes les opérations militaires à Cheikh Maqsoud, à partir de 15 heures (13 heures en France) ». Les combattants kurdes seront « transférés » vers la ville de Tabaqa, contrôlée par les Kurdes, dans le nord-est de la Syrie, avait-elle ajouté.
Mais les forces kurdes ont nié des « allégations sans fondement » et affirmé que les combats se poursuivaient. Et des tirs étaient toujours entendus en début d’après-midi, selon des correspondants de l’AFP, qui avaient vu plus tôt l’armée entrer dans le quartier et des militaires secourir des civils bloqués dans leurs maisons.
A l’entrée du quartier, Imad al-Ahmad, un homme de 60 ans, attendait d’être autorisé par les forces de sécurité à revenir chez lui. « Je suis parti il y a quatre jours (..) je me suis réfugié chez ma soeur. Je reviens voir ma maison », dit-il. Nahed Mohammad Qassab, une veuve de 40 ans, raconte être partie avant les combats pour assister à des obsèques. « Mes trois enfants sont toujours à l’intérieur, chez ma voisine, je veux les faire sortir », affirme-t-elle.
• Damas appelle les forces kurdes à quitter la ville
Vendredi, comme les jours précédents, l’armée avait permis aux civils désireux de fuir d’emprunter deux « couloirs humanitaires » pour fuir les quartiers kurdes et un journaliste de l’AFP a vu des habitants sortir sous la pluie, chargés de bagages.
Damas avait appelé vendredi les forces kurdes à quitter la ville, leur promettant de les acheminer en toute sécurité vers les zones contrôlées par les Forces Démocratiques Syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) dans le nord-est du pays. Mais les combattants retranchés à Cheikh Maqsoud ont alors refusé toute reddition. Et selon une source militaire citée par la télévision officielle, elles ont « lancé des drones d’attaque sur des quartiers d’Alep » à partir de leurs positions à l’est de la ville.
Avant les annonces contradictoires de l’armée et des Kurdes, une haute responsable de l’administration kurde syrienne, Elham Ahmed, n’avait pas exclu un retrait, mais posé comme condition de maintenir « une protection kurde locale » aux habitants des quartiers kurdes d’Alep. « La partie gouvernementale cherche, par ces attaques, à mettre fin aux accords conclus. Nous y sommes attachés et nous nous efforçons de les mettre en oeuvre », avait-elle dit vendredi à l’AFP.
• Les Américains appellent à « la plus grande retenue »
A Amman, l’émissaire américain pour la Syrie Tom Barrack a affiché l’engagement des États-Unis à oeuvrer pour « assurer le retrait pacifique des FDS » d’Alep et « garantir la sécurité » des civils, à l’issue d’un entretien avec le chef de la diplomatie jordanienne, Ayman Safadi. « Nous appelons toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue, à cesser immédiatement les hostilités et à reprendre le dialogue conformément aux accords » de mars et avril 2025 conclus entre le gouvernement et les Forces démocratiques syriennes (FDS), a-t-il écrit sur X, en référence aux forces dirigées par les Kurdes.
Les FDS, qui ont été le fer de lance de la lutte contre les jihadistes de l’Etat islamique en Syrie, sont soutenues par Washington qui appuie également le pouvoir islamiste d’Ahmed Al-Charaa. Depuis la chute de Bachar al-Assad, le nouveau pouvoir islamiste s’est engagé à protéger les minorités mais a été confronté à des massacres d’alaouites sur la côte en mars et des violences avec les druzes dans le sud en juillet.

