January 10, 2026

"Une fois gelée, la truffe devient une éponge" : pourquoi les températures glaciales ont détruit la production du diamant noir ?

l’essentiel
À Lalbenque, cœur battant de la truffe noire, le thermomètre est descendu jusqu’à – 12 degrés. Un coup de froid brutal qui fragilise la production et assombrit sérieusement la fin de saison. Dans le bureau de l’association des trufficulteurs du canton de Lalbenque et des causses du Quercy, son président Jean-Jacques Foures et son ami, Jean-Louis Nodari, producteur chevronné, ne cachent pas leurs inquiétudes.

La terre a gelé en profondeur sur les causses du Lot. À Lalbenque, plusieurs nuits consécutives à – 10 degrés ont laissé des traces invisibles mais redoutables pour la production du diamant noir. Dans le bureau de l’association des trufficulteurs du canton de Lalbenque et des causses du Quercy, l’heure est au constat : la vague de froid a mis à mal une saison déjà fragile.

“Avec le gel et la pluie, ça accentue la pourriture”

Le gel fait partie du cycle naturel de la truffe noire de Lalbenque. Il favorise même sa maturation, à condition… de rester modéré. En ce début d’année, le seuil a été largement atteint. “Quand on dépasse les – 4 ou – 5 degrés, ça devient catastrophique pour la truffe”, lâche, amer, Jean-Louis Nodari. Les dégâts sont d’autant plus importants que cet épisode s’est accompagné de précipitations. “En plus des températures, il y a pas mal d’eau qui est tombée donc c’est pire. La truffe est déjà un produit avec beaucoup d’eau. Avec le gel et la pluie, ça accentue la pourriture”, complète le président de l’association, Jean-Jacques Foures.

Jean-Louis Nodari et Jean-Jacques Foures sont inquiets pour la suite de la saison de la truffe.
Jean-Louis Nodari et Jean-Jacques Foures sont inquiets pour la suite de la saison de la truffe.
DDM – Juliette Rigaud

Dans cette tourmente, les deux amis essayent de se rassurer. “Heureusement que ces températures ne sont pas arrivées un mois plus tôt, lorsque la truffe était en surface, sinon on n’aurait rien eu”, prévient Jean-Louis Nodari. Lui, qui a mis son nez dans les truffières à l’âge de 14 ans, se souvient encore de l’année 2001, où la production a été perdue dès le mois de décembre.

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L’histoire se répète, cette fois-ci, au mois de janvier 2026. Jean-Louis Nodari, aujourd’hui âgé de 76 ans, connaît suffisamment les truffes noires de Lalbenque pour reconnaître, en un coup d’œil, si elles sont gelées. “On le sait parce qu’on ne distingue plus le marbre”, lâche le trufficulteur. La texture change, l’arôme s’affadit. Son ami, qui veille à contrôler toutes les truffes avant chaque marché, le complète : “Une fois gelée, la truffe devient une éponge. Elle est molle et la qualité n’est plus là !”

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“On pourra faire un ou deux marchés de plus”

Les conséquences se ressentiront dans les prochains jours. Jean-Louis Nodari et Jean-Jacques Foures préfèrent, pour le moment, ne pas se montrer catégoriques. Pourtant, leurs propos laissent vaciller l’espoir. “Mardi, on sait qu’on va avoir des truffes gelées, au moins en partie, annonce le président. Je risque de mettre des pastilles orange et jaunes !” Avant chaque marché, il contrôle les truffes et appose une pastille verte sur celles qui ont la qualité requise.

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Les paniers de truffes pourraient être moins nombreux et moins chargés au prochain marché de Lalbenque, mardi 13 janvier.
Les paniers de truffes pourraient être moins nombreux et moins chargés au prochain marché de Lalbenque, mardi 13 janvier.
DDM – Selim Bi Hi-Samin

Dans ces conditions, la fin de saison semble inévitablement avancée. “On pourra faire un ou deux marchés de plus mais après je pense que c’est fini”, souffle Jean-Louis Nodari. Officiellement, le marché doit se poursuivre jusqu’au début du mois de mars. Mais, en l’état, il semblerait que, dès la fin du mois de janvier, les rues de Lalbenque habituellement noires de monde, deviennent subitement vides. Le prix du diamant noir devrait également chuter, “et ça, il va falloir le faire comprendre aux producteurs”, soulève Jean-Jacques Foures.

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En toile de fond, c’est toute l’évolution du climat qui inquiète les deux amis. Jean-Louis Nodari n’a jamais connu une telle succession de températures extrêmes. “Depuis 2011, on n’avait pas vécu ça. Entre le manque d’orages l’été et ces températures l’hiver, on perd beaucoup de la production”, soupire le trufficulteur depuis plus de 60 ans. À Lalbenque, symbole de la truffe noire du Lot, les inquiétudes dépassent désormais cette seule saison. Si les conditions climatiques restent les mêmes, Jean-Jacques Foures et Jean-Louis Nodari doutent de la capacité du marché à perdurer dans les dix prochaines années. Un constat lourd de sens pour ce village où la truffe est plus qu’un produit.

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