À l’occasion du Débat d’Orientations Budgétaires 2026, ce vendredi matin au conseil départemental, les élus lot-et-garonnais ont surtout évoqué la légitimité de la colère paysanne, mais ont dénoncé les méthodes de protestation.
Une exploitation disparaît chaque jour en Lot-et-Garonne. La crise agricole a, une nouvelle fois, pris le pas sur le Débat d’Orientations Budgétaires 2026 (DOB) ce vendredi matin à l’Hôtel Saint-Jacques. Les élus du conseil départemental ont longuement échangé sur le fond et la forme de la colère paysanne avec, en creux, cette question : la forme peut-elle nuire au fond ?

Initialement programmé le 19 décembre, ce DOB avait été reporté en raison d’une manifestation organisée ce jour-là par la Coordination rurale de Lot-et-Garonne (CR 47) devant la préfecture, à Agen. Pour annoncer son action, le syndicat majoritaire dans le département avait écrit : “Un registre relèvera les présents et les absents. Nous ne manquerons pas de nous agacer auprès des absents”. Cette mise en garde avait fait grincer des dents.
Récupération politique
Ce vendredi, dans l’hémicycle du Département, personne n’a remis en cause la détresse des agriculteurs. “Elle doit être entendue”, a même déclaré Sophie Borderie dans un message de soutien très clair. La présidente a dit mesurer la violence que représentent l’abattage total d’un troupeau et la cessation d’activité dans une ferme. Elle s’est demandé également si cette crise sanitaire a été “vraiment accompagnée et dotée des moyens suffisants pour prévenir la dermatose nodulaire”.
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Tout en reconnaissant la légitimité de leur combat, Christian Delbrel (canton d’Agen 1) a confié n’avoir pas participé au rassemblement du 19 décembre. Il n’a pas apprécié cette histoire de registre, cette méthode du couteau sous la gorge. Avec sa verve coutumière, le maire de Pont-du-Casse en a profité, au passage, pour sulfater : “Beaucoup d’élus ont paradé ce jour-là, vêtus de leurs écharpes tricolores, alors qu’ils n’avaient jamais mis un sabot dans une manifestation agricole, pas même un orteil sur un rond-point au plus fort de la colère paysanne de 2024. Cette récupération politique me fait vomir”.
“Il y a eu un AMO, un Appel à Manifester Obligatoire et ça me rappelle le STO”
“Il y a eu un AMO, un Appel à Manifester Obligatoire et ça me rappelle le STO”, a poursuivi Marcel Calmette. Le témoignage du conseiller départemental du Haut Agenais Périgord a marqué l’assemblée. “Je suis allé à la manifestation pour dénoncer cette intimidation”, a-t-il expliqué. Il avait sur lui une pancarte où il était inscrit : “Soutien au monde paysan, non aux menaces envers les élus”. Il l’avait fabriquée et fixée sur lui avec de la ficelle. “Je n’ai cédé ni aux pressions de la CR, ni à l’attitude de la directrice de la sécurité publique qui a refusé de me protéger. Je lui ai dit : Madame, c’est la République qui recule”.
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Les mots du maire de Paulhiac portent parce qu’il est éleveur de blondes d’Aquitaine. “Ce troupeau, c’est celui de mes parents. S’il devait être euthanasié en deux jours, cela me ferait mal au cœur, mais je serai d’accord. Je suis désolé de le dire, mais il n’y a pas d’autres solutions face à la dermatose nodulaire. La maladie incube 28 jours. Ne rien dire, c’est ne pas penser aux voisins ? Et l’État indemnise, plutôt bien.”
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Si Pierre Chollet (canton d’Agen 3) n’a pas, lui aussi, supporté les menaces “qui ne servent pas la cause agricole”, il a préféré se rendre sur le terrain le 19 décembre. “Notre réaction a été de nous adresser directement à Mme Duc et à M. Perez pour s’expliquer sur le point du registre. Mme Duc s’est excusée, rapporte le leader de l’opposition. Ils étaient encore bouleversés par le suicide de l’un des leurs. Ils voulaient surtout pour que leurs troupes soient au complet”. Il a réaffirmé sa solidarité avec les éleveurs, “nos pères nourriciers qui sont d’astreinte 24 h sur 24, 365 jours par an, jamais en télétravail, qui n’arrivent pas à vivre décemment de leur métier.”

