March 1, 2026

TEMOIGNAGE. "J’ai un handicap invisible, la surdité" : dans cette entreprise adaptée, l’assistante est dispensée de téléphone

l’essentiel
À Montauban, l’entreprise adaptée Atelier 82 recrute des personnes éloignées de l’emploi et atteintes de handicap. Une aventure humaine qui redonne « du sens » à des personnes parfois « cassées par la vie ».

« J’ai un handicap invisible qui s’appelle la surdité. On m’a toujours dit que je ne pourrai jamais être secrétaire et aujourd’hui, je suis assistante administrative et comptable », sourit Céline. Native de Moissac, cette pétillante quadragénaire exerce désormais un poste clé au sein d’Atelier 82, basée – pour l’heure – rue de Copenhague, à Albasud. Créée en 2003, cette entreprise adaptée emploie 80 personnes, dont 75 % se trouvent en situation de handicap. Et dont cette super-secrétaire qui a toutes les raisons d’être fière.

« Je n’ai jamais lâché mon projet mais pour moi, le téléphone est devenu une source de stress. Je voulais évoluer dans un environnement de travail serein et ici, on s’adapte à l’autre. Enfin, je peux m’épanouir avec des collègues compréhensifs. Cela redonne confiance, en soi, en les autres et ça permet de se projeter plus loin », analyse Céline qui s’épanouit donc dans le monde de l’insertion. « Nous estimons que la performance découle du bien-être au travail et cela dépend d’un management bienveillant », insiste Anaïs Couplet, la directrice d’Atelier 82.

Les services de l’État au soutien

On l’aura compris, pour cette professionnelle et son équipe, le handicap ne doit pas constituer un frein à l’emploi. Qu’il s’agisse de chantiers liés à la propreté (nettoyage industriel, remise en état de locaux, vitres, etc.), aux espaces verts (aménagement paysager, tonte, etc.) ou d’activités multiservices, comme le ceintrage des vêtements et l’accueil des clients à Decathlon ou la maintenance de vélos, il n’y a que des solutions.

« Les salariés sont au centre de nos préoccupations. La spécificité de notre entreprise adaptée, c’est l’embauche de nombreux temps partiels qui ont souvent plus de 50 ans. Parfois certains sont reconnus comme inaptes à leur précédent poste et ils entament une reconversion. Donc on met tout en œuvre pour que leur situation se stabilise. Adapter les postes de travail en fonction des compétences et des contraintes de chacun, on sait faire », assure Anaïs Couplet.

Appel aux collectivités et entreprises

L’inclusion sociale et le handicap constituent des défis majeurs et incontournables dans la mise en œuvre d’une politique de responsabilité sociale (RSE). Pour la directrice Anaïs Couplet, voilà un argument majeur pour solliciter Atelier 82. « On aimerait travailler davantage avec les collectivités. L’enjeu pour nous étant de récupérer des marchés publics. À chaque consultation, on se positionne, on est prêts à répondre à la demande. Nous sommes aussi efficaces qu’une entreprise privée et en plus, il y a cette dimension d’utilité sociale », souligne la directrice d’Atelier 82 qui souhaite également diversifier les leviers de recrutement. D’autant plus que les services liés au nettoyage ont fait un bond de 18 % en 2025. À ce jour, Atelier 82 collabore avec 150 clients, qui vont de Mecachrome à Kiabi, en passant par Decathlon ou Intermarché. « L’avantage, c’est de bénéficier d’une sous-traitance immédiate », relève Anaïs Couplet. L’an dernier, l’entreprise adaptée a accompagné 97 personnes dans leur démarche de réinsertion.

Contact : atelier82.fr ou 05 63 91 06 16.

D’ailleurs, certains salariés font même carrière, comme Maxime et Bruno qui évoluent aujourd’hui en tant que cadres. « Pour les avoir vécues nous-mêmes, on connaît les difficultés que les employés peuvent rencontrer », glisse Bruno en marge de la visite du préfet Vincent Roberti, ce mardi 24 février.

Le préfet Vincent Roberti échange avec Anaïs Couplet et son équipe.
Le préfet Vincent Roberti échange avec Anaïs Couplet et son équipe.
DDM – MANUEL MASSIP

Chaque année, par le biais de la Direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP), dirigée par Mohamed Mehenni, l’État abonde à hauteur de 550 000€. À l’heure à laquelle le gouvernement se serre la ceinture, on a bien senti l’inquiétude de la directrice d’Atelier 82 à ce sujet. Vincent Roberti aussi. « Cette entreprise adaptée est une passerelle pour des personnes qui sont parfois au ban de la société, qui sont parfois cassées par la vie. Il s’agit de redonner un sens à la vie professionnelle et de savoir qu’il y a même des postes à responsabilités, c’est une motivation supplémentaire. Cela permet de redonner du sens. Et c’est tellement essentiel pour notre société qu’il n’y aura pas d’économies là-dessus », promet le préfet de Tarn-et-Garonne.

En revanche, en bon père de famille qui fait aussi attention à ses deniers, le premier représentant de l’État exhorte Atelier 82 à « plus communiquer ». « Certaines personnes isolées ne vont plus à Cap Emploi ou à France Travail. Il faut élargir le cercle pour attirer ces personnes isolées qui redoutent de sortir de leur coquille. »

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