Le sénateur républicain Rand Paul après le vote du Sénat sur la résolution relative aux pouvoirs de guerre au Venezuela, le 8 janvier 2026, à Washington DC. KEVIN DIETSCH / GETTY IMAGES VIA AFP
Malaise dans le camp MAGA (pour « Make America Great Again ») aux Etats-Unis. Des sénateurs républicains se sont joints, jeudi 8 janvier, à leurs collègues démocrates pour faire avancer une résolution visant à limiter les pouvoirs militaires de Donald Trump contre le Venezuela, un camouflet pour le président américain quelques jours après la capture de Nicolás Maduro, dans la nuit du 2 au 3 janvier.
Le président des Etats-Unis, qui n’a pas écarté l’envoi de nouvelles troupes au Venezuela, s’est emporté contre « la stupidité » de ces cinq sénateurs frondeurs. « Le Nouvel Obs » revient sur cet acte symbolique, qui a peu de chance de passer toutes les étapes du Congrès, mais qui témoigne d’une division au sein même du parti de Donald Trump.
• Une résolution pour le retrait des forces américaines au Venezuela
Jeudi 8 janvier, le Sénat a accepté de débattre d’une résolution bipartite qui a pour but « d’ordonner le retrait des forces armées des Etats-Unis des hostilités à l’intérieur du – ou contre le – Venezuela qui n’ont pas été autorisées par le Congrès ». La motion de procédure est passée avec 52 voix pour – dont cinq sénateurs républicains – et 47 contre. Le texte lui-même doit désormais être débattu et soumis au vote au Sénat la semaine prochaine.
Donald Trump avait déclaré ouvertement que les Etats-Unis allaient « diriger » temporairement le Venezuela, après avoir ordonné, le 2 janvier, une opération militaire pour enlever le président, Nicolás Maduro, et son épouse Cilia Flores à Caracas. La Maison-Blanche n’a pas exclu non plus d’envoyer de nouvelles troupes sur le sol vénézuélien.
• Un soutien de certains sénateurs républicains
Plusieurs élus républicains avaient exprimé leur mécontentement après l’opération militaire américaine. Mais peu avaient appelé à restreindre les pouvoirs de Donald Trump sur le Venezuela, jusqu’à ce revers infligé au président jeudi. Cette résolution est bipartite : elle a été portée conjointement par des sénateurs démocrates, dont le représentant de Virginie Tim Kaine mais aussi par le sénateur républicain Rand Paul du Kentucky. Pour ce dernier, le respect de la Constitution des Etats-Unis est remis en cause. Il a tenu à le réaffirmer, mercredi, devant l’Hémicycle : « Le pouvoir constitutionnel d’initier la guerre est placé fermement sur les épaules du Congrès. » Ce qu’il a écrit à nouveau sur Twitter par la suite.
L’élu démocrate Tim Kaine a dénoncé, lui, le flou dans lequel l’administration Trump a gardé le Congrès avant l’opération de samedi. « Au lieu de répondre aux inquiétudes des Américains sur le coût de la vie, le président Trump a entamé une guerre avec le Venezuela », a-t-il déclaré mercredi.
La sénatrice républicaine du Maine Susan Collins, qui s’était opposée par le passé à des mesures similaires, a aussi décidé de soutenir les démocrates. « La situation a désormais changé », a-t-elle déclaré dans un communiqué, après avoir voté en faveur de la mesure. « Bien que je soutienne l’opération visant à capturer Nicolás Maduro, qui était extraordinaire par sa précision et sa complexité, je ne soutiens pas l’engagement de forces américaines supplémentaires ni toute implication militaire à long terme au Venezuela ou au Groenland sans autorisation spécifique du Congrès. »
• Un désaveu symbolique
L’adoption de ce texte reste peu probable. En effet, s’il est validé par le Sénat, il se dirigera vers la Chambre des représentants, à majorité républicaine, où son sort est plus incertain. Et même en cas d’adoption par les deux chambres du Congrès, Donald Trump pourrait opposer un veto probablement insurmontable au texte, dont la portée reste donc largement symbolique. En effet, s’il ne passera sûrement pas l’étape de la signature par le président des Etats-Unis, il adresse néanmoins un message fort à Donald Trump : sa politique militaire et interventionniste n’est pas soutenue par tous les républicains.
• Vive réaction de Donald Trump
Donald Trump n’a pas attendu pour réagir sur son réseau Truth Social, dénonçant la « stupidité » des sénateurs ayant soutenu cette résolution. Ces cinq sénateurs « ne devraient plus jamais être élus », a-t-il écrit sur son réseau social, en ajoutant : « Ce vote entrave grandement la défense et la sécurité nationale américaines ». Il juge que le texte examiné par la chambre haute du Parlement américain était « inconstitutionnel ».

