January 4, 2026

Enfermé dans la chambre, il appelle les gendarmes car sa copine le poursuit dans l’appartement "avec un couteau"

l’essentiel
À la barre du tribunal de Foix, Élodie*, 19 ans, peine à raconter une relation qui s’est construite trop tôt et s’est abîmée trop vite. Entre violences réciproques, dépendance au cannabis et maternité précoce, le procès éclaire le huis clos d’un couple où la rupture apparaît comme une nécessité vitale.

Pull rouge et cheveux blonds ondulés, Élodie*, 19 ans, se tortille à la barre du tribunal correctionnel de Foix, ce jeudi 11 décembre 2025. La jeune mère peine à mettre des mots sur les violences mutuelles qui lui sont reprochées à l’encontre de son compagnon. Lui aussi convoqué à l’audience, ce dernier n’a pas jugé utile de se présenter.

Le 11 août 2025, les gendarmes interviennent au domicile du couple, à Luzenac (Ariège), alertés par Geoffrey*, le compagnon d’Élodie. Il explique s’être enfermé dans la chambre parce que sa compagne le poursuit dans l’appartement avec un couteau. Celle qu’il décrit comme bipolaire et violente, se serait emportée faute de cannabis. D’ailleurs, sous les yeux des militaires, la prévenue fracasse ostensiblement le téléphone de son compagnon sur le sol, avant d’allumer un joint.

“Je me sentais obligée de m’affirmer”

Malgré cette attitude provocatrice, Élodie affirme être elle aussi régulièrement victime de violences, comme en attestent des traces de griffures visibles sur son cou. Dans cet appartement dégradé par les conflits, où plusieurs couteaux sont accessibles, se trouve pourtant leur bébé de sept mois.

“C’est une relation très toxique à cause de la différence d’âge”, admet la jeune femme face à la présidente. Elle a rencontré Geoffrey à 17 ans, lui en avait alors 33. Les violences réciproques ont commencé peu avant la naissance de leur fille. Lui, c’est surtout la violence psychologique ; elle, ce sont les coups. “J’ai perdu confiance en moi, je me sentais obligée de m’affirmer”, poursuit-elle en pleurs, tout en continuant à se tortiller à la barre.

À lire aussi :
“On est toxique l’un pour l’autre” : un couple condamné pour des violences réciproques

Avoir recours à la force pour tenter de briser “l’emprise” exercée par son compagnon, c’était son quotidien. “Je n’avais plus d’amis, je ne sortais plus voir ma mère, j’étais comme {Geoffrey} voulait que je sois.” En revanche, elle n’a jamais tenu de couteau, affirme-t-elle, et si elle a détruit le téléphone de son compagnon, c’était par vengeance : quelques mois auparavant, il avait lui-même détruit le sien.

“Je l’aime et je voulais aller au bout”

À la veille de l’audience, le couple n’a pourtant pas respecté l’interdiction de contact prononcée à leur encontre. “Je l’aime et je voulais aller au bout… Je suis perdue dans tout ça “, confie Élodie, les yeux rougis. Mais désormais, cette relation est bel et bien terminée.

Son objectif ? Arrêter définitivement le cannabis, auquel elle est addict, postuler à l’usine de talc de Luzenac et surtout, offrir de meilleures conditions de vie à sa fille. Placée par la juge des enfants chez sa grand-mère maternelle, l’enfant est vue chaque mercredi par sa mère dans un lieu médiatisé.

À lire aussi :
“J’avais peur pour ma vie” : comment une nuit d’ivresse s’est transformée en nuit de violences sur fond de cohabitation forcée

Un engagement que la mère d’Élodie attendait depuis longtemps, d’autant plus inquiète de voir sa fille perdre près de vingt kilos en quelques mois. Allure soignée, voix posée, elle confie ne plus dormir depuis le début de cette affaire. Originaire de la région parisienne et installée en Ariège depuis trois ans, la famille aspirait à un nouveau départ. “Nous avions quitté Versailles après de graves agressions sexuelles subies par {Élodie}”, retrace-t-elle. “Je suis arrivée ici avec une adolescente de 16 ans traumatisée.”

“Il m’a projetée au sol avec une balayette”

Puis vint la stupeur en découvrant la relation de sa fille avec un homme bien plus âgé, avant une maternité survenue à peine la majorité atteinte. “Au bout de quatre mois, j’ai vu que les volets restaient fermés, que ma fille n’avait plus le droit de me voir, plus aucune vie sociale. Elle a fait un post-partum très sévère et monsieur lui propose alors de fumer de la cocaïne.”

Un jour, la mère décide de le confronter et lui demande de quitter le logement où vit sa fille. “Il m’a projetée au sol avec une balayette”, affirme-t-elle, ajoutant qu’il s’en est également pris à sa voiture, qualifiée de “voiture de bourgeoise”. L’avocat d’Élodie, Me Fabbri, espère lui aussi que cette relation est bel et bien terminée. Lorsque sa cliente “casse le téléphone et allume un joint, c’est un appel au secours”, estime la robe noire.

Compte tenu de son casier judiciaire vierge, le tribunal la condamne à six mois de prison assortis d’un sursis. Son compagnon écope quant à lui de huit mois de prison aménageables. Tous deux se voient interdire tout contact.

*Le prénom a été modifié

source

TAGS: