Lynchage, assassinat, coups de couteau, escroqueries, grand banditisme. De janvier à juin 2025, le Tarn-et-Garonne a été traversé par une série de faits divers d’une rare intensité. Dix affaires majeures qui ont marqué le territoire et ses habitants.
De janvier à juin 2025, le Tarn-et-Garonne a traversé une succession de faits divers graves. L’année s’ouvre sur un lynchage : un homme est retrouvé mort dans un champ, battu à mort puis abandonné dans un champ à demi nu à Lafrançaise.
Quelques semaines plus tard, à Meauzac, la reconstitution d’un assassinat replonge tout un village dans la nuit d’un crime prémédité.
La violence gagne ensuite la ville. À Montauban, un adolescent est poignardé en pleine rue devant un bar. Il est laissé entre la vie et la mort.
Le semestre est aussi marqué par des affaires de criminalité organisée et de prédation. Un fourgon chargé de lingots d’or dans le parking d’une société de transport disparaît dans la nuit à Verdun-sur-Garonne, sans laisser de trace du butin. Des retraités sont ruinés par une escroquerie à la rénovation, tandis qu’un réseau exploite des travailleurs agricoles sans papiers à l’échelle nationale.
Pendant que ces dossiers occupaient policiers et gendarmes, d’autres continuaient de s’ouvrir. À Montauban, un cambrioleur a poursuivi sa série de vols alors qu’il était déjà sous bracelet électronique. Jugé au printemps, il a reconnu agir “pour l’adrénaline”. Une formule qui résume six mois de faits divers en Tarn-et-Garonne.
Battu à mort et abandonné en rase campagne

Le 20 janvier 2025, un facteur tombe sur l’horreur : dans un champ de Lafrançaise, gît le corps d’un homme, pantalon et sous-vêtement baissés, visage tuméfié, méconnaissable. Aucun papier, aucun témoin. Le cadavre est là depuis au moins 24 heures. Très vite, la piste criminelle s’impose. L’enquête révèle un lynchage.
La victime, Wadie Mchabrag, une quarantaine d’années, aurait été ligotée, embarquée de force après une altercation à Montauban, puis rouée de coups. Le supplice se serait poursuivi près du pont de Pontalaman, avant l’abandon du corps en pleine campagne. La mort est causée par un polytraumatisme thoracique.
Deux hommes, Éric B., 37 ans, et Bernardo S., 20 ans, sont interpellés et mis en examen pour meurtre. Placés en détention provisoire, ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité.
Meauzac : la nuit rejouée de l’assassinat
La reconstitution du meurtre d’Anthony Martinez s’est imposée comme l’un des moments judiciaires les plus lourds de l’année. Le 13 février, à l’aube, Meauzac a été figée, bouclée par les gendarmes, pour rejouer la nuit du 6 février 2023.

Deux ans après les faits, David Merle, 52 ans, ex-beau-père de la victime, est revenu sur les lieux, sous l’œil de la juge d’instruction, des enquêteurs et des avocats. Armé d’un pistolet de calibre 22 équipé d’un silencieux, il avait attendu dans l’ombre, affirmant vouloir “donner une leçon”.
Le face-à-face tourne au drame : une balle atteint Anthony à la tête, le tuant sur le coup, sous les yeux de sa compagne, seul témoin de la scène. Après le tir, le suspect tente de maquiller le crime en incendiant des vêtements avant de prendre la fuite et de jeter l’arme dans le Tarn. Mis en examen pour assassinat et incarcéré depuis son interpellation, David a revécu, minute par minute, cette nuit de violence.
Verdun-sur-Garonne : un casse en or
Dans la nuit du 30 au 31 mars, un fourgon transportant des lingots d’or et des œuvres d’art est volé à Verdun-sur-Garonne. Le commando tracte le véhicule, transborde l’or quelques kilomètres plus loin, abandonne les œuvres et incendie le camion. Le butin est estimé à 3,50 M€.

Six mois plus tard, trois hommes sont interpellés dans le Tarn-et-Garonne et la Haute-Garonne. L’un, âgé de 33 ans, est mis en examen et écroué pour vol en bande organisée, les deux autres sous contrôle judiciaire. Malgré les perquisitions, les lingots restent introuvables. L’enquête, pilotée par la JIRS de Bordeaux, se poursuit.
Un adolescent poignardé devant un bar

Le 22 avril, un adolescent de 16 ans est poignardé devant un bar du boulevard Garrisson, à Montauban. Grièvement blessé, il est héliporté à l’hôpital de Purpan avec un pronostic vital engagé. Deux frères de 16 et 19 ans ont été mis en examen pour tentative de meurtre pour l’aîné et violences aggravées pour le cadet, ils sont placés en détention provisoire. Le mobile reste à établir.
Ossements découverts sur les berges du Tarn : le mystère demeure

À Montauban, la découverte d’ossements humains sur les berges du Tarn demeure, à ce jour, sans réponse. Le 21 janvier, une promeneuse met au jour un crâne humain dans une zone isolée de l’avenue des Albarèdes. Alertés, les policiers découvrent à proximité un tibia, une mâchoire et un fragment de bassin, partiellement enfouis dans la boue.
La dispersion des restes interroge. Non loin, un sac plastique contenant une lampe torche, un couteau de cuisine et des médicaments ajoute à la confusion. Des vêtements retrouvés sur place – tee-shirt, sous-vêtement féminin et lunettes aux branches roses – laissent penser que la victime pourrait être une femme. Les ossements ont été scellés et confiés à l’Institut médico-légal de Toulouse puis au laboratoire de police scientifique.
Malgré des analyses ADN dans les fichiers de personnes disparues, l’identité de la victime n’a, à ce jour, pas pu être établie. La cause de la mort reste inconnue, le mystère demeure entier.
Rénovation énergétique : des retraités piégés

Entre 2015 et 2018, la société Az Rénovation, à Bressols, a piégé des retraités en leur faisant contracter, à leur insu, des crédits pour de faux travaux de rénovation énergétique. Chantiers inexistants, aides fictives, signatures litigieuses : des seniors, parfois malades, ont été laissés avec des dettes massives. Le préjudice approche les 400 000 euros.
Le 8 avril, le tribunal de Montauban a condamné le dirigeant, Morad Haggui, à 18 mois de prison dont 10 ferme sous bracelet électronique, 20 000 euros d’amende et dix ans d’interdiction de gérer. Une dizaine de vies durablement brisées.
Cambriolages sous bracelet
Sous bracelet électronique, Maël, 23 ans, a continué à cambrioler méthodiquement les campagnes du nord-ouest du département, profitant de ses heures de sortie surveillée. Avec un complice, il cible fermes, hangars et garages, avant de revenir en fourgon pour vider les lieux.

En mars, les gendarmes saisissent un butin massif et élucident au moins seize vols. Jugé à Montauban, le multirécidiviste assume agir “pour l’adrénaline”. Il est condamné à deux ans de prison ferme et un an avec sursis. Son complice écope de 18 mois avec sursis.
Montech : viol au club de football
En février 2025, l’affaire secoue le football amateur de Tarn-et-Garonne. Un éducateur sportif de 20 ans du FC Montech est mis en examen pour viol et agression sexuelle d’une joueuse de 13 ans et placé en détention provisoire.

La plainte est déposée par la mère de la collégienne après la découverte d’une relation au sein du club. Le statut d’encadrant a pesé lourd dans la décision judiciaire. Le mis en cause conteste le viol. L’instruction se poursuit pour identifier d’éventuelles autres victimes. Il encourt jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.
Fraude agricole : ils exploitaient la misère
En janvier 2025, la justice a mis un terme à l’une des plus vastes affaires de fraude sociale agricole jugées à Montauban. Pendant plusieurs années, un réseau structuré a exploité des dizaines de travailleurs marocains sans papiers dans des exploitations du Tarn-et-Garonne, de Bretagne, de Bourgogne et du Centre-Val de Loire. Logés dans des conditions indignes et totalement dépendants de leurs recruteurs, ces ouvriers constituaient une main-d’œuvre corvéable, employée via des sociétés écrans destinées à contourner les contrôles sociaux.

Au cœur du système, deux Moissagais ont été reconnus coupables de travail dissimulé, fraude sociale et blanchiment. Dix sociétés fictives, des prête-noms, des flux financiers à l’étranger et plus d’un million d’euros de préjudice pour les MSA : l’instruction a mis au jour un mécanisme conçu pour diluer les contrôles et maximiser les profits.
Présenté comme l’un des instigateurs principaux, Aziz Z. a été condamné à 3 ans de prison dont 2 avec sursis probatoire et 30 000 € d’amende, tandis qu’Oualid R. a écopé de 2 ans dont un avec sursis, et la confiscation de 51 000 €, avec une interdiction de gérer une société. Si le tribunal a écarté la bande organisée, le procès a surtout révélé une réalité persistante : une économie agricole qui prospère sur la précarité humaine, sans que les donneurs d’ordre ne soient inquiétés.
Emmaüs : le procès en appel
Le 23 janvier, la cour d’appel de Toulouse a rendu son arrêt dans ce feuilleton né en 2020 après la découverte d’un trou de 56 000 euros dans les comptes de l’association Emmaüs 82. L’ex-directeur, Christian Calmejane, et son épouse ont été relaxés des faits d’abus de confiance mais condamnés pour blanchiment de fraude fiscale à 6 mois de prison avec sursis et 3 000 € d’amende chacun, pour des sommes perçues au titre d’hébergements non déclarés.

Quelques mois plus tôt, le 4 juin 2024, l’affaire avait connu un spectaculaire coup d’accélérateur : près de 70 gendarmes, appuyés par l’Urssaf, avaient bouclé simultanément les quatre sites de vente d’Emmaüs 82. Les perquisitions visaient des soupçons de travail illégal, notamment concernant des bénéficiaires du “115” et de possibles pratiques de bénévolat détourné, voire l’exploitation de mineurs, dénoncées de longue date par une lanceuse d’alerte.
Si ces volets n’ont pas, à ce stade, débouché sur des condamnations pénales, l’image d’Emmaüs 82 en est durablement ressortie écornée, refermant en 2025 l’un des faits divers judiciaires les plus sensibles du département, avec encore la perspective d’un pourvoi en cassation pour l’ex-directeur.

