La crise énergétique de 2022-2023 a laissé place à une surcapacité électrique en France. RTE appelle désormais à remplacer les énergies fossiles par l’électricité, abondante et bas-carbone, pour atteindre les objectifs climatiques et industriels.
Pendant deux ans, le message a été clair, martelé, et même parfois anxiogène : il fallait économiser l’électricité. Sobriété énergétique, gestes du quotidien, modération des usages… Au cœur de la crise énergétique de 2022-2023, née du déclenchement de la guerre en Ukraine par la Russie, RTE avait, en effet, appelé les Français à réduire leur consommation pour éviter les coupures et préserver la sécurité d’approvisionnement. Le Bilan prévisionnel 2025-2035, publié ce mois-ci, marque pour le coup un vrai tournant. Car le diagnostic a changé.
La France dispose désormais d’une électricité largement décarbonée, abondante et compétitive, au point d’entrer dans une phase de surcapacité structurelle. La production bas-carbone, portée par le nucléaire et les renouvelables, a été rétablie après les difficultés du début de la décennie. Les exportations battent des records, les prix de gros chutent, et les épisodes de production excédentaire se multiplient, notamment aux heures de forte production solaire.
La consommation ne suit pas
Dans ce contexte, RTE ne parle plus de pénurie mais d’un sacré paradoxe : l’électricité est prête, mais la consommation ne suit pas ! Depuis les années 2010, l’usage électrique stagne, freiné par les gains d’efficacité, la crise sanitaire puis la flambée des prix. Or, souligne le gestionnaire du réseau, cette atonie est désormais incompatible avec les objectifs climatiques et industriels de la France.
Le message est donc inversé. Il ne s’agit plus seulement d’économiser, mais de substituer rapidement les usages fossiles par de l’électricité : dans les transports, avec la voiture électrique, l’industrie, le bâtiment. Non pour consommer « plus » par principe, mais pour consommer mieux, en utilisant une électricité produite sur le sol national, bas-carbone et déjà disponible. À défaut, prévient RTE, l’excédent de production pèsera sur l’équilibre économique du système, dégradant les revenus des producteurs et renchérissant les coûts à long terme.
Cette inflexion n’est pas une contradiction, mais le signe d’un changement de phase. Pour RTE, la priorité n’est plus d’ajouter des moyens de production – même s’il y a les projets EPR –, mais de faire entrer l’économie française dans l’ère de l’électricité abondante, condition indispensable pour réduire les importations fossiles, stabiliser les prix et réussir la décarbonation.

