December 28, 2025

ENTRETIEN. "Sa femme était obligée de lui donner à manger à la cuillère…" L’ancien rugbyman Vincent Moscato raconte la boxe, son autre passion

l’essentiel
Avant de devenir le trublion de la bande FM à la tête du très écouté “Moscato Show”, sur les ondes de RMC, l’ancien talonneur de l’équipe de France Vincent Moscato (60 ans), champion de France avec Bordeaux-Bègles en 1991 et avec le Stade Français en 1998, a également disputé dix combats de boxe, assouvissant ainsi une véritable adoration pour le noble art qu’il nous dévoile avec sa faconde habituelle.

Vincent, commençons par le commencement : d’où vous vient cette passion pour la boxe ?

Depuis toujours en fait. J’ai lu assez jeune le livre de Muhammad Ali (The Greatest, publié en 1975, NDLR) qui est sorti quand j’ai eu dix ans ou onze ans. Je me souviens de ces combats que je regardais à la télévision, contre Larry Holmes par exemple (1980). J’ai toujours adoré ce personnage qui m’a très vite donné envie de pratiquer cette discipline. Après il y a eu l’arrivée de Mike Tyson qui était lui aussi un type hors du commun. Les deux m’ont beaucoup inspiré. Et puis il y avait tout cet environnement autour qui me fascinait vraiment. À Paris, j’allais aux réunions au Palais des sports de l’époque. C’était un véritable spectacle où tu croisais Jean-Paul Belmondo, André Pousse et plein d’autres têtes connues du show-business comme on disait à ce moment-là !

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Cette attirance pour un sport très individuel comme la boxe peut paraître étonnante quand on vient du rugby, ce sport d’équipe par excellence…

C’est vrai que le contraste est complet entre le rugby et la boxe mais pour moi ce fut très complémentaire en fait car j’avais parfois envie d’être un peu seul. Autant j’adorais le rugby pour ses valeurs de fraternité, surtout en première ligne où ce mot veut dire quelque chose, autant j’aimais bien de temps en temps goûter à la solitude également. La boxe c’est le film avec Tom Hanks, “Seul au monde” quand il est perdu sur son île. L’avant combat, c’est un moment où tu te retrouves seul avec toi-même comme cela arrive rarement dans d’autres situations. Mais il y a quand même quelques similitudes entre les deux : pas mal de joueurs de rugby ont un tempérament de boxeurs et vice versa. Ce sont des gens qui ne se dégonflent pas trop en général.

À l’heure du rugby professionnel on a tout de même du mal à imaginer Julien Marchand, pour prendre l’exemple d’un de vos prédécesseurs au talon de l’équipe de France, être en mesure de cumuler ces deux passions ?

S’il avait pratiqué plus jeune, qui sait ? Aux États-Unis, dans certains sports comme le football américain par exemple, où la saison dure six mois, certains y parviennent. Le professionnalisme n’a rien à voir là-dedans : les joueurs de foot américain sont hyper professionnels, ils gagnent 30 fois plus que n’importe quel joueur de rugby. Le blocage c’est d’abord de savoir boxer, bien sûr, et ensuite le fait que les saisons sont beaucoup trop longues au rugby. Mais Marchand, franchement, quand je le vois jouer, son abnégation et son courage pour aller chercher les ballons, s’il avait été formé à ça, il serait devenu un sacré boxeur. Mentalement c’est du très costaud. C’est un talonneur que j’apprécie énormément. Petit et trapu, il enverrait du pâté avec son crochet du gauche (il éclate de rire) !

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Votre premier combat a lieu le 18 octobre 1990. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Celui d’un défi complètement dingue, farfelu et un peu rocambolesque quand même (il rigole). Imagine : je me retrouve en lever de rideau d’un des plus grands championnats du monde entre deux boxeurs de légende. Mickaël Nunn contre Donald Curry (victoire du premier nommé par arrêt de l’arbitre au 10e round, NDLR) et moi juste avant ! Pendant longtemps ce fut le record d’affluence de Bercy (15 000 spectateurs, ndlr), un lieu mythique de la boxe en France. Moi, j’avais l’impression d’être à Las Vegas alors que j’étais un petit amateur de rien du tout ! J’ai une photo où il y a Marvin Hagler (champion incontesté des moyens entre 1980 et 1987) derrière moi. Putain, tu te rends compte, Marvin Hagler !

Votre adversaire est champion de France en titre : cela paraît effectivement un peu fou, non ?

Yacine Kingbo. Il est décédé beaucoup trop jeune (NDLR : 58 ans) il y a trois ans. Il était champion de France amateur, oui. Pffff, franchement, avec le recul je ne le referai jamais ! Et encore, comme il allait passer professionnel après il n’avait pas voulu prendre trop de risque et on s’était entendu sur un combat en trois rounds. Je l’ai perdu aux points. J’avais pris deux, trois droites mais heureusement sans trop morfler. Je me souviens que le lendemain je déjeunais avec Fabrice Benichou, qui avait été battu lors de cette même réunion pour le championnat du monde super-coq par le Colombien Mendoza, et qui, lui, par contre, avait pris cher. Il avait les deux yeux complètement fermés et il ne pouvait plus se servir de sa main droite : c’est sa femme qui était obligée de lui donner à manger à la cuillère.

Comment l’aviez-vous préparé ce premier combat ?

Je l’ai préparé pendant plusieurs mois. Je conjuguais le rugby et la boxe entre trois et quatre jours par semaine. Ce n’était pas évident car ce sont deux disciplines différentes : les spécifiques ne sont pas les mêmes, les efforts ne sont pas les mêmes mais dans les années 90 on s’entraînait un peu moins au rugby qu’aujourd’hui donc j’avais un peu plus de plages de récupération. Après, pour quelqu’un comme moi qui n’a pas été formé dès le plus jeune âge à la boxe cela demandait forcément plus de travail. J’avais un entraîneur, Rufino Angulo, qui était aussi un ami et qui m’a pris sous son aile. Il avait fait deux championnats du monde en mi-lourd. Au moins, après ma suspension en 1992 (NDLR : 28 semaines pour un coup de tête sur le talonneur anglais Brian Moore lors du Tournoi des V Nations) j’ai pu faire mes autres combats tranquille (sourire).

« La boxe c’est rarement avec une langue de belle-mère, un chapeau pointu et des confettis »

Vous souvenez-vous de celui du 3 avril 1992 à Amiens, quelques semaines après ce France-Angleterre, face à un certain Thierry Ghezouli qui avait annoncé dans la presse locale qu’il allait vous “démolir” ?

Dans la boxe les termes sont toujours un peu fleuris ! C’est rarement avec une langue de belle-mère, un chapeau pointu et des confettis (il se marre). Je sais que je l’avais battu mais franchement je ne me souviens plus trop du combat en lui-même. Je me souviens en revanche de l’impact assez irréel de ce rendez-vous : Canal + s’était déplacé exprès, avec tout un tas de journalistes. J’étais le mec à la mode. On ne le disait pas encore mais je faisais déjà le buzz ! J’étais une sorte d’influenceur avant l’heure (il éclate de rire). Moi, franchement, tout ça me dépassait, même si j’ai toujours bien aimé les médias et le spectacle, la preuve j’y suis encore. Disons que je n’étais pas vraiment dans le moule rugybstique fait d’humilité et de silence.

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Justement, comment ce rugbyman-boxeur était-il été perçu par ses partenaires à l’époque selon vous ?

Mes vrais amis étaient contents. Ils se sont dit “il est dingo” mais ils le savaient déjà ! D’autres devaient l’être un peu moins mais il n’y avait rien de méchant. Tout le monde a respecté le fait que la boxe est quelque chose que j’ai en moi. Je n’ai pas inventé un personnage. La preuve c’est que je continue d’en faire deux fois par semaine même à soixante piges ! J’essaie de faire des rounds contre des mecs pas trop forts (nouveau sourire).

Il paraît que vous avez un faible pour l’Ukrainien Oleksandr Usyk, l’actuel tenant du titre des poids lourds ?

Il a pris dix kilos pour monter des lourds légers et ce qu’il fait depuis, c’est extraordinaire. Il n’a pas un gros gabarit mais il frappe fort, il encaisse énormément alors qu’il rend dix kilos et dix centimètres à tous. Je le trouve assez exceptionnel, oui.

Votre regard sur les promesses avortées concernant Tony Yoka ?

C’était notre premier champion du monde olympique chez les lourds et c’est vrai que l’on attendait beaucoup de lui. Techniquement il est très fort, son gabarit était un plus mais ça ne l’a pas fait. C’est une déception, oui.

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Pour conclure, comment définiriez-vous la boxe en une phrase ?

Pour moi c’est vraiment l’histoire de Rocky. Tu donnes la chance à un mec et si tu n’es pas prêt ce mec il peut te crever. Je pense souvent à la victoire de Buster Douglas sur Tyson au Japon (1990) : personne ne pouvait imaginer ça et pourtant sur un uppercut et un crochet gauche, un truc invraisemblable, il tombe l’un des meilleurs boxeurs de l’histoire. La boxe est parsemée de ce genre de destins incroyables et j’ai toujours trouvé ça sublime.

Son “émotion” à Auschwitz

L’année dernière Vincent Moscato s’est rendu en Pologne où est mort à l’âge de 33 ans Young Perez (de son nom complet Messaoud Hai Victor Perez), plus jeune champion du monde poids mouche de l’histoire, emprisonné à Auschwitz à partir d’octobre 1943. Là-bas, le Tunisien de naissance aurait livré 140 combats contres des boxeurs souvent bien plus grands et bien plus lourds tout en sachant que le perdant était ensuite abattu par les nazis. Alors qu’il fait pourtant partie des rares survivants, il est finalement fauché le 22 janvier 1945 lors de l’évacuation du camp par une rafale de mitraillette d’un SS qu’il avait affronté quelques mois plus tôt. “Il neigeait, il faisait – 20° et j’étais saisi d’émotion sur place. J’ai vraiment été très marqué par cette expérience ; ce qu’on lui a infligé m’a toujours bouleversé” nous a confié l’ancien talonneur en évoquant ce voyage pas comme les autres.

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