December 26, 2025

"Ils ont jeté une voiture sur la voie ferrée" : des contrebandiers font-ils régner la terreur dans cette commune aux portes de l’Andorre ?

l’essentiel
La petite commune de Mérens-les-Vals, autrefois paisible, est désormais au cœur d’une activité de contrebande intense. Les habitants vivent dans la peur constante, marquée par des actes de vandalisme et des courses-poursuites nocturnes.

Longtemps réputée pour son calme, la petite commune de Mérens-les-Vals, en Ariège, voit aujourd’hui sa tranquillité mise à mal. Situé sur l’axe stratégique reliant la France à l’Andorre par la RN20, ce village de moins de 200 habitants subit depuis plusieurs mois une recrudescence des activités de contrebande.

Si les allées et venues des trafiquants ne sont pas nouvelles dans ce secteur frontalier, les habitants assurent que la situation s’est nettement aggravée. La RN20, surnommée par les riverains la “route de la contrebande”, est désormais source d’angoisse permanente.

La nuit, une peur omniprésente

C’est surtout à la tombée de la nuit que l’inquiétude s’installe. Paul (*), habitant du village, décrit une présence aussi furtive que dangereuse. “Ce qui me fait peur, ce sont ces contrebandiers qui descendent ou montent à fond sans lumière dans le noir, sur la nationale comme sur les petites routes. On se fait des frayeurs”, confie-t-il.

S’il rappelle que “ce trafic a toujours existé”, il constate qu’”il s’est vraiment intensifié ces derniers temps”. Les habitudes des habitants ont changé : portes fermées à double tour, sorties nocturnes réduites, vigilance accrue. Jeanne (*), également résidente, résume ce climat pesant : “On a un réel sentiment d’insécurité et de peur. Aujourd’hui, on croise des gens qui ne sont pas du village à toute heure… Je connais une dame qui a même peur de promener son enfant”.

Une nuit de chaos comme point de bascule

Pour de nombreux riverains, un cap a été franchi dans la nuit du 1er décembre. Au petit matin, le village découvre un spectacle de désolation. “Nous nous sommes retrouvés avec plusieurs voitures d’habitants vandalisées et d’autres laissées, abandonnées un peu partout”, raconte Paul. L’un des véhicules avait même été projeté sur la voie ferrée.
Le maire de la commune, Jean-Pierre Sicre, confirme les faits. “On a retrouvé un véhicule en travers d’un parking en bordure de route et un autre qui s’est retrouvé sur la voie ferrée. Cette nuit-là, ils ont même cassé des vitres. Ils se seraient échappés car ils auraient entendu un chien”, explique-t-il.

Le mobile de ces dégradations reste flou. Le maire avance l’hypothèse d’une vengeance. “D’habitude, ils ne touchent pas aux voitures. Là, on n’a pas compris. Peut-être que les douaniers ont réussi à saisir leur matériel et que ça les a énervés. Mais de là à jeter une voiture sur la voie ferrée depuis une route forestière totalement interdite… Ils font ce qu’ils veulent.”

Des dégradations gratuites et coûteuses

Au-delà du choc, ces actes ont aussi des conséquences financières. “Les voitures abandonnées en dehors de la nationale 20 sont à la charge de la commune. Ce n’est pas à nous de payer, c’est à l’État”, rappelle Jean-Pierre Sicre.

La violence gratuite des dégradations continue de marquer les esprits. “Des individus ont vandalisé des véhicules dans le village… Un ami a retrouvé son pare-brise explosé avec un pic, une pioche ou un truc comme ça… Et surtout, rien n’avait été volé dedans ! C’était gratuit !”, insiste Paul. Près de la gare, le constat est tout aussi alarmant : pneus crevés, voitures désossées, parfois laissées à l’abandon pendant plusieurs semaines. “C’est rude pour quelqu’un qui travaille de se retrouver avec les quatre roues crevées de bon matin”, déplore-t-il.

À cela s’ajoute un autre fléau : les déchets. “On se retrouve aussi avec tout un tas de déchets dans les bois. J’en ai d’ailleurs enlevé ce week-end. Les contrebandiers se planquent quelque part mais laissent derrière eux leurs poubelles. C’est un problème”, regrette le maire.

Un village devenu base arrière

Selon les habitants, Mérens-les-Vals ne serait plus seulement un lieu de passage, mais une véritable base logistique. Échanges de véhicules, dissimulation de marchandises, utilisation des itinéraires de montagne : les pratiques sont connues. Sarah (*), qui vit sur place, témoigne : “Ils échangent régulièrement les voitures, on les entend, on les voit. Leur méthode est simple, ils garent un véhicule en haut du village, puis quelqu’un d’autre vient la nuit récupérer la marchandise”.

Elle dit avoir été témoin direct de ces scènes. “J’étais en train de regarder les étoiles avec mes filles… et dans le passage du GR, il y avait deux jeunes en train de sortir des cartons de cigarettes, qu’ils mettaient dans des poches, laissant les cartons vides par terre”.

Des signalements de squats viennent encore accentuer la tension. Dans ce contexte, l’inquiétude est profonde et partagée. “Un jour il y aura un drame, c’est inévitable”, prévient Paul. Une crainte qui résonne désormais dans ce village pyrénéen, autrefois paisible, aujourd’hui gagné par la peur.

(*) Les prénoms ont été modifiés.

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