Après sept saisons au Stade Toulousain et sept finales disputées et gagnées, le centre rouge-et-noir va faire ses adieux au Top 14 face au Racing, samedi (21h05) à Ernest-Wallon.
« Il n’a jamais été un grand bavard, mais juste avec un regard ou une poignée de main, on savait qu’il allait donner corps et âme pour ses partenaires. Il aura marqué une grande page de l’histoire du club et restera à jamais une des légendes du Stade Toulousain. » L’hommage est signé Romain Ntamack et résume assez bien ce que fut la carrière du numéro 12 toulousain.
Pita Ahki aura donc poussé la discrétion jusqu’à jouer son dernier match en pleine saison et éviter les habituelles cérémonies officielles du dernier rendez-vous à Ernest-Wallon, en fin d’exercice. Avant de rejoindre les Auckland Blues à partir du 1er décembre, il va enfiler, samedi soir à Ernest-Wallon, une dernière fois ce maillot rouge-et-noir après sept années radieuses. Sept comme autant de titres remportés.
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Pourtant, son arrivée, lors de la saison 2018-2019, avait été marquée du sceau de la réserve chez beaucoup d’observateurs. Sur son CV figuraient essentiellement des lignes de rugby à VII entre 2013 et 2016 avec les All Black Sevens avec qui il fut tout de même champion du monde en 2013. Et sa première titularisation en match officiel à Montpellier (en compagnie de Matthis Lebel dont c’était également la première), dans une équipe déjà très remaniée, l’avait marqué au fer rouge avec une « cartouche » (défaite 66-15) toute néo-zélandaise.
Il était devenu Stadiste quelques semaines auparavant pour repeupler le centre de l’équipe après la retraite de Florian Fritz (retraite) et les départs de Gaël Fickou et Yann David, respectivement au Stade Français et à Castres.
Les doutes ont subsisté sur ses premières sorties. La faute au jeu de son précédent club (la province du Connacht en Irlande). Un jeu assez formaté avec des plans bien précis qui ne laissait pas la place aux qualités de ce joueur né en Nouvelle-Zélande, d’une maman tonguienne et d’un papa samoan.
Et puis, l’alchimie rouge-et-noire a pris ; Pita Ahki s’imposant au fil des matchs comme une pièce maîtresse du système toulousain. Avec une palette pour le moins complète : technique individuelle irréprochable, qualité de passe exceptionnelle, goût prononcé pour les duels. Un joueur capable donc de débloquer une situation par du duel ou par des passes en faisant jouer les autres.
Invité par nos soins, à se prononcer dans les colonnes de La Dépêche, sur ses qualités, Yannick Jauzion, une autre légende toulousaine à ce poste nous avait alors confié : «
C’est un joueur complet pour son poste. Il maîtrise le jeu et il est à l’aise dans la défense. Il a des qualités de passes naturelles comme beaucoup de Néo-Zélandais. Il aime les duels. Il se plaît dans un jeu de contacts. Les Néo-Zélandais gardent leurs atouts de leur formation à VII. C’est important pour eux d’arriver à se jouer de l’adversaire. »
Ses différentes blessures (une épaule reconstruite et un genou opéré) qui avaient freiné son ascension l’obligèrent à écouter son corps lors de ses années toulousaines. Au point de faire sourire les suiveurs du club qui savaient que le centre serait ménagé voire dispensé d’entraînement quand les échéances importantes approcheraient.
Parce que la dernière ligne droite, c’est aussi sa spécialité. Pita Ahki n’a raté aucune des sept dernières finales du Stade Toulousain. Comptez avec nous. En Top 14, pour sa première en 2019 face à Clermont (24-18), il est aux côtés de Sofiane Guitoune. En 2021, c’est avec Santiago Chocobares qu’il remporte son deuxième titre contre La Rochelle (18-8). C’est la même paire, deux et trois ans plus tard, face à La Rochelle (29-26) en 2023 (exploit historique de Romain Ntamack) et l’UBB (59-3) en 2024. Enfin, pour la dernière finale, contre l’UBB (39-33 ap), c’est la seule où il ne sera pas titulaire, remplaçant Pierre-Louis Barassi à dix minutes du terme. Voilà pour la manita en Top 14.
En Coupe d’Europe, c’est avec Juan-Cruz Mallia à ses côtés qu’il remporte son premier trophée en 2021 à Twickenham face à La Rochelle (22-17). Trois ans plus tard, c’est cette fois Paul Costes qui est son partenaire au centre à Tottenham face au Leinster (31-22). Vous avez bien compté avec nous, cela fait donc sept travaux comme autant de chefs-d’œuvre.
Au fil des saisons, sa discrétion laissa place à un côté patron des lignes arrières. Un régulateur. On avait pour habitude de dire, quand Pita va, la ligne de trois-quarts va. Ainsi se déroula la carrière de Pita Ahki.
Ce dernier ne regrette pas aujourd’hui le conseil de l’ancien ouvreur stadiste Luke Mc Alister, son beau-frère, qui lui avait dit sept ans plus tôt : « Si tu veux signer dans un club en France, le Stade Toulousain doit être ton premier choix. » Le choix du roi.

