Le président de la COP30 , André Corrêa do Lago (deuxième en partant de la droite), prononce un discours à Belém, au Brésil, le 21 novembre 2025. FOTOARENA/SIPA USA/SIPA
La COP30 au Brésil devait se terminer le 21 novembre. Il aura fallu un jour supplémentaire de négociations pour que les 194 pays réunis depuis le 10 novembre en Amazonie brésilienne réussissent à adopter par consensus un modeste texte sur l’action climatique, sans plan de sortie des énergies fossiles.
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Le Brésil espérait un symbole en Amazonie, il a réussi à montrer que la coopération climatique n’était pas morte, alors que les batailles douanières et les guerres ont pris le pas politiquement sur le climat pour de nombreux gouvernements. Les Etats-Unis étaient le seul grand pays absent à Belem. Mais le résultat est décevant, notamment pour l’Europe, bien que jugé inévitable dans une année bouleversée par les rivalités géopolitiques.
La « COP de la vérité » aura au moins permis d’acter l’échec du premier objectif de l’accord de Paris, moteur de la coopération climatique : le monde ne va pas réussir à limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport au 19ᵉ siècle. Les onze dernières années ont été les onze plus chaudes jamais mesurées sur Terre. L’humanité doit se reprendre pour que le dépassement soit le plus court possible, ont enjoint l’ONU et le président du Giec à la COP30. Mais cela pourrait se compter en décennies, notamment au regard du peu d’ambition des accords de ce dernier sommet sur le climat.
• Une « initiative volontaire » pour sortir des fossiles, mais pas de feuille de route
La COP30 a adopté le lancement d’une « initiative volontaire » pour les pays qui souhaitent collaborer pour une réduction accrue de leur pollution carbone afin de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C par rapport au 19ᵉ siècle. Celle-ci doit « prendre en compte » l’engagement pris à la COP28 en 2023 d’abandonner à terme les énergies fossiles, sans toutefois citer ce terme sensible qui menaçait de faire dérailler les négociations. Un rapport sur ces efforts, qui incluent deux « sessions d’informations » en juin et novembre 2026, doit être produit à la COP31.
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Malgré la pression de plus de 80 pays européens, latino-américains et insulaires, la conférence n’a pas adopté de « feuille de route » explicite de sortie des énergies fossiles. En réponse, le président brésilien de la COP30, André Correa do Lago, a annoncé samedi son intention d’en lancer une sur ce sujet ainsi qu’une autre contre la déforestation, pour les pays volontaires. Mais ce ne sera en aucun cas une décision générale des pays de la COP.
• « Au moins tripler » l’aide à l’adaptation climatique
Le mutirão – terme tiré d’un mot autochtone tupi-guarani signifiant « effort collectif », qui sert de nom au document final – demande des « efforts pour au moins tripler » l’aide financière pour l’adaptation climatique des pays en développement à l’horizon 2035. Cela pourrait signifier un objectif de 120 milliards de dollars par an, mais « il y a une ambiguïté sur l’année de référence », note Joe Thwaites, expert du National Resources Defense Council. Cet argent sert par exemple à relever les routes, renforcer les bâtiments contre les tempêtes, préparer l’agriculture aux sécheresses…
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Au total, les pays développés ne se sont pas engagés à augmenter l’enveloppe globale de leurs financements climatiques, soit un horizon de 300 milliards de dollars par an d’ici 2035. Tout effort sur l’adaptation se fera à l’intérieur de cette enveloppe, le reste étant généralement des prêts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, par exemple pour développer les énergies renouvelables.
• « Dialogue » sur les tensions commerciales de la transition
Pour la première fois, les tensions commerciales mondiales vont faire l’objet d’un « dialogue » pendant trois ans dans l’enceinte des négociations climatiques. Cette nouveauté est la victoire politique qu’était venue chercher la Chine, qui tentait de longue date, avec d’autres pays émergents exportateurs dont l’Inde, de contester aux COP les barrières commerciales environnementales, notamment la taxe carbone aux frontières de l’Union européenne.
• Création d’un fonds pour protéger les forêts
Hors des décisions officielles de la COP, le Brésil a lancé un fonds d’un nouveau genre pour protéger les forêts : il sera investi sur les marchés et les gains serviront à rémunérer les contributeurs et les pays en développement, selon le nombre d’hectares de forêts effectivement protégées. Il a recueilli environ 5,5 milliards de dollars d’engagements de contributions initiales, plus ou moins étalées sur les prochaines années, et selon des conditions diverses selon les pays : Brésil (1 milliard de dollars), Norvège (3 milliards de dollars), l’Allemagne (1 milliard d’euros), Indonésie (1 milliard de dollars), France (jusqu’à 500 millions d’euros), Portugal (1 million d’euros). À terme, le Brésil souhaite lever 125 milliards de dollars.
• Engagements volontaires sur le méthane ou le charbon
Plusieurs engagements volontaires de pays ont aussi vu le jour concernant le méthane, deuxième plus important gaz à effet de serre après le CO2, le quadruplement des « carburants durables », ou encore le charbon, avec l’annonce par la Corée du Sud de son élimination progressive dans ses centrales électriques.
• L’Europe, les pays les plus pauvres et insulaires déçus
« Nous n’allons pas cacher que nous aurions préféré davantage, et plus d’ambition sur tout », a reconnu le commissaire européen chargé du climat, Wopke Hoekstra à la presse. Mais « nous devons le soutenir car, au moins, il nous emmène dans la bonne direction ». Ed Miliband, ministre britannique de l’Energie voit lui dans cette issue « un pas en avant ». « Plus de 190 pays ont réaffirmé leur engagement envers l’accord de Paris », a-t-il relevé à Belem. « C’est important dans le contexte du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. Certains ont évoqué un effet domino, mais cela ne s’est pas produit, et c’est significatif », a-t-il poursuivi.
« Je ne pourrais pas appeler cette COP une réussite », a regretté la ministre française de la Transition écologique Monique Barbut auprès de journalistes. « C’est un accord sans ambition, mais ce n’est pas un mauvais accord dans le sens où il y a (urait) des choses inadmissibles, si vous voulez, d’écrites dedans ». « Je n’accepte pas que la déclaration de la COP30 ne dise pas clairement, comme l’affirme la science, que les combustibles fossiles sont la cause de la crise climatique », a fustigé sur X Gustavo Petro, président de la Colombie.
Une alliance de 39 petits Etats insulaires ou côtiers, particulièrement vulnérables au changement climatique, a, elle, parlé d’un accord « imparfait, mais nécessaire pour le progrès ». « En fin de compte, c’est le jeu donnant-donnant du multilatéralisme », a-t-elle noté. « Nous n’avons pas gagné sur tous les fronts, mais nous avons obtenu le triplement des financements pour l’adaptation d’ici 2035. Merci d’avoir été aux côtés de 1,6 milliard de gens vulnérables. C’était notre priorité, nous en avions fait une ligne rouge », a pour sa part déclaré Evans Njewa, représentant du groupe des 44 pays les moins avancés du globe.
• Le Brésil, les pays pétroliers et émergents satisfaits
« La science a prévalu, le multilatéralisme a gagné », a déclaré le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva depuis le G20 à Johannesburg, bien qu’il n’ait pas pu aller jusqu’à convaincre les pays pétroliers du Nord et du Sud et les économies émergentes d’envoyer un message collectif ambitieux pour accélérer la sortie des énergies fossiles. « Nous avons mobilisé la société civile, le monde universitaire, le secteur privé, les peuples autochtones et les mouvements sociaux, faisant de la COP30 la deuxième COP la plus participative de l’histoire », s’est-il félicité.
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« Je suis heureux du résultat », a de son côté confié à l’AFP le chef de la délégation chinoise à la COP30, Li Gao. « Nous avons accompli ce succès dans une situation très difficile, et cela montre donc que la communauté internationale veut faire preuve de solidarité et réalise des efforts communs pour répondre au changement climatique ». Un représentant de l’Inde s’exprimant également au nom de la Chine, de l’Afrique du Sud et du Brésil a félicité lors de la séance de clôture la présidence brésilienne de la COP30 pour ses « efforts remarquables » ayant abouti à un accord « significatif ». La Russie a aussi loué les travaux de la COP30.
• Les ONG notent le manque d’ambition et le flou des propositions
Si ces aides doivent augmenter, « aucun chiffre précis n’a été donné et le calendrier est trop long », a estimé Natalie Unterstell, présidente de l’Institut brésilien Talanoa, prévenant que cela limiterait « la capacité des pays vulnérables à adapter leurs ressources face au rythme accéléré des impacts ».
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Des associations de défense de l’environnement ont, elles, dénoncé l’absence d’une feuille de route concrète pour sortir des énergies fossiles. « Si de nombreux gouvernements sont prêts à agir, une minorité puissante ne l’est pas », a regretté Carolina Pasquali, de Greenpeace Brésil.
« La COP30 a apporté une lueur d’espoir, mais a surtout été source de grande déception, car les ambitions des dirigeants mondiaux restent bien en deçà de ce qui est nécessaire pour garantir la viabilité de notre planète », a déploré Viviana Santiago, directrice d’Oxfam Brésil.

