Un drapeau iranien sur un immeuble bombardé à Téhéran, le 25 juin 2025. MORTEZA NIKOUBAZL / NURPHOTO VIA AFP
Le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra vendredi 28 août une réunion d’urgence pour discuter à huis clos du déclenchement par Paris, Berlin et Londres du mécanisme pour réimposer les sanctions contre Téhéran liées à son programme nucléaire, ont indiqué ce jeudi des sources diplomatiques à l’AFP.
A lire aussi
Tribune
Où en est vraiment la « prolifération nucléaire » ? Réponse à quelques idées reçues, de 1945 à nos jours
Le gouvernement iranien, qui avait lancé un programme nucléaire secret, est accusé de vouloir se doter de l’arme atomique, ce qu’il réfute. L’accord avait été dénoncé en 2018 par les Etats-Unis qui ont rétabli leur propre volet de sanctions. « Le Nouvel Obs » fait le point.
• La procédure de rétablissement des sanctions contre Téhéran relancée
Face à l’impasse des négociations sur le nucléaire iranien, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont mis ce jeudi leur menace à exécution en entamant à l’ONU la procédure de rétablissement des sanctions internationales contre Téhéran dans 30 jours. Les trois pays, surnommés E3, « souhaitent notifier le Conseil de sécurité que, sur la base de preuves factuelles, le E3 estime que l’Iran est en position de non-respect important de ses engagements » en vertu de l’accord sur le nucléaire de 2015, le JCPOA.
Ils « invoquent ainsi le mécanisme connu sous le nom du snapback », qui ouvre un processus de 30 jours permettant de réimposer toute une série de sanctions suspendues il y a dix ans, indique la lettre. Signé par le E3, l’Iran, les Etats-Unis, la Chine et la Russie, le JCPOA suspend diverses sanctions économiques internationales prises par l’ONU contre l’Iran. Le non-respect par l’Iran du JCPOA « est manifeste et délibéré, et des sites présentant un risque majeur de prolifération en Iran sont en dehors de la surveillance de l’AIEA » disent-ils, affirmant que les Européens ont fait « tous les efforts possibles pour sortir de l’impasse » depuis plusieurs années.
A lire aussi
Décryptage
Fordo, le site nucléaire le mieux protégé d’Iran, au cœur de la guerre d’Israël et du dilemme américain
Le E3 menaçait de rétablir les sanctions avant l’expiration du mécanisme du « snapback » le 18 octobre faute de solution négociée. Ils espèrent pousser l’Iran à des concessions alors que diplomatie est au point mort quelques semaines après la campagne de bombardements israéliens et américains contre des sites du programme iranien : les négociations Etats-Unis-Iran sont ensablées, la coopération de Téhéran avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est restreinte, et les discussions entre Téhéran et les Européens n’ont pas abouti.
• « L’escalade nucléaire ne doit pas aller plus loin », dit Barrot
« L’escalade nucléaire de l’Iran ne doit pas aller plus loin », a justifié jeudi le chef de la diplomatie française sur X. Toutefois, « cette mesure ne signe pas la fin de la diplomatie : nous sommes déterminés à mettre à profit la période de 30 jours qui s’ouvre pour dialoguer avec l’Iran », affirme Jean-Noël Barrot.
« Nous avons dit aux Iraniens que leur intérêt n’est pas de jouer l’escalade mais d’utiliser ces 30 jours pour faire des efforts », a expliqué une source diplomatique française. « Je pense qu’ils vont être tentés de jouer l’escalade, du moins en partie », prévient-elle. « Le risque d’escalade existe, mais si on ne faisait rien, le dossier du nucléaire iranien sortait de l’ONU pour toujours », la résolution 2 231 du Conseil de sécurité expirant le 18 octobre, explique-t-elle.
A lire aussi
Entretien
« Le fils du Shah d’Iran est associé à une politique de guerre et de bombardements » : le retour du mythe Pahlavi
• L’Iran promet une réponse à cette « action illégale et injustifiée »
Le ministère iranien des Affaires étrangères a réagi en promettant une réponse à la décision « injustifiée et illégale » des Européens. « Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi a déclaré que l’Iran répondrait de manière appropriée à cette action illégale et injustifiée », a indiqué un communiqué de son ministère, publié à l’issue d’un appel téléphonique entre Abbas Araghchi et ses homologues français, allemand, et britannique.
L’Iran a affirmé que la décision de Paris, Londres et Berlin « compromettra gravement » sa coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). « Cette décision des trois pays européens compromettra gravement le processus d’interaction et de coopération en cours entre l’Iran et l’Agence », chargée de surveiller le programme nucléaire iranien, a annoncé la diplomatie iranienne, dans un communiqué officiel.
A lire aussi
Chronique
Pendant la révolte, l’Iran fonce vers l’arme atomique
Téhéran avait précédemment averti qu’il exclurait les Européens de toute future négociation autour de son programme nucléaire s’ils franchissaient ce pas. Le ministre iranien a exprimé à ses homologues « l’espoir que les trois pays européens (…) en comprenant les réalités existantes, corrigeront de manière appropriée cette mauvaise décision dans les prochains jours », a ajouté le communiqué.
• L’ONU appelle à se saisir de la « fenêtre d’opportunité » de 30 jours avant des sanctions
Le secrétaire général de l’ONU a appelé les différentes parties impliquées dans le dossier iranien à poursuivre leurs discussions afin d’éviter le rétablissement des sanctions internationales contre Téhéran dans 30 jours. « Dans les 30 prochains jours, il existe une fenêtre d’opportunité pour éviter toute escalade supplémentaire et trouver une voie à suivre qui serve la paix », a déclaré un porte-parole d’Antonio Guterres, après l’amorce par les Européens d’un rétablissement des sanctions contre Téhéran.
• Les Etats-Unis sont ouverts à des discussions « directes » avec Téhéran
Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a affirmé que les Etats-Unis étaient ouverts à des discussions « directes » avec l’Iran concernant son programme nucléaire. Dans un communiqué, Marco Rubio a salué cette décision affirmant que les Etats-Unis étaient ouverts à un dialogue « direct » avec l’Iran « afin de trouver une solution pacifique et durable à la question du nucléaire iranien ».
• Israël salue une « étape importante »
La décision de Paris, Londres et Berlin d’enclencher le mécanisme pour réimposer les sanctions de l’ONU contre Téhéran est « une étape importante pour arrêter le programme nucléaire iranien » et « faire pression sur le régime », a salué jeudi l’ambassadeur israélien à l’ONU Danny Danon. « L’Iran continue à ignorer la communauté internationale et à violer ses engagements, encore et encore. Israël a déjà exposé ses inquiétudes concernant les intentions malveillantes des Ayatollahs. Maintenant les pays du monde joignent ce combat contre l’axe du mal », a-t-il déclaré dans un communiqué.