Dès l’aube, les vendanges 2025 s’engagent dans le Gers, avec deux semaines d’avance sur l’an passé, signe d’un climat qui bouscule les traditions.
Il fait encore nuit quand les premières bennes de raisin se remplissent dans les vignes de Fourcès. Pour Jean-Marie Terraube, vigneron indépendant, c’est le coup d’envoi des vendanges 2025 sur son domaine de Magnaut. Un moment à la fois attendu et redouté, qui marque l’aboutissement d’une année de travail.
“Aujourd’hui, nous attaquons trois cépages : le sauvignon blanc, le sauvignon gris et le merlot pour le rosé “, explique le vigneron.
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Cette année, encore une fois, le calendrier est bousculé. “Nous avons 15 jours d’avance sur 2024, qui elle-même avait déjà été précoce”, constate Jean-Marie Terraube, qui jauge le jus au pressoir.
Le phénomène n’est pas isolé : la précocité des récoltes est désormais une tendance de fond, conséquence directe du réchauffement climatique. À Saint-Mont, la coopérative Plaimont, qui fédère près de 1 000 vignerons, récolte déjà ses premiers chardonnays et sauvignons. “Ces vendanges s’annoncent encore particulières, comme chaque année depuis cinq ans”, sourit Nadine Raymond, directrice déléguée. “Les fortes chaleurs d’août ont accéléré les maturités. Il fallait intervenir sans tarder.”
Organisation chamboulée
La précocité des vendanges bouscule aussi les habitudes. Longtemps, les vignerons pouvaient s’accorder un répit estival avant les vendanges. “Nos adhérents doivent maintenant jongler avec les grandes cultures, les irrigations, et désormais les vendanges fin août”, confie la responsable de Plaimont.

Les saisonniers aussi doivent s’adapter, certains n’étant disponibles qu’à partir de septembre. “C’est une nouvelle donne, il faut s’organiser collectivement”, poursuit-elle. Dans les campagnes gersoises, l’entraide entre voisins reste une valeur sûre : un vigneron prend le relais de l’autre pour s’assurer que les raisins soient cueillis au moment optimal.
Une sécheresse saine
Si les volumes inquiètent, la qualité rassure. “L’état sanitaire est parfait, grâce à la sécheresse”, souligne Jean-Marie Terraube. Le printemps, humide et exigeant en vigilance contre les maladies, a été suivi d’un été sec, exempt de problèmes sanitaires. “Les parcelles les plus exposées ont souffert, mais beaucoup de vignes présentent un excellent potentiel, notamment pour les rouges, attendus à partir de la mi-septembre”, confirme Nadine Raymond.
L’ombre au tableau reste la quantité. “Nous serons en baisse de 20 à 30 % par rapport à l’an dernier”, estime le vigneron de Fourcès. “C’est trop tôt pour avoir des chiffres définitifs, mais la tendance est nette.” Du côté de Plaimont, la situation est similaire : “Les grosses chaleurs ont empêché les raisins de grossir. Les pluies récentes, inégales, n’ont pas suffi à inverser la donne”, regrette Nadine Raymond.