April 30, 2026

REPORTAGE. "Il n’y a pas d’avenir pour nous" : les buralistes inquiets face à la nouvelle génération sans tabac au Royaume-Uni

l’essentiel
Le 21 avril a marqué la signature d’une loi historique au Royaume-Uni sur l’interdiction de la vente de cigarettes aux personnes nées après 2008. Entre différence de coutumes et vente illégale de cigarettes, la décision britannique fait réagir les tabacs comme les fumeurs. Reportage à Auch, dans le Gers.

La décision du Royaume-Uni divise. Interdire à toute une génération de se procurer du tabac légalement dans le pays, cela a été acté le mardi 21 avril 2026 par le Parlement britannique. Nos voisins anglophones choquent les lobbys du tabac avec cette loi historique qui concerne les personnes nées après 2008.

À Auch, les buralistes ne sont pas tous au courant et les fumeurs non plus. Mais en l’apprenant, ils tombent de haut, comme ce client, fumeur, du Cigalon, un bar-tabac situé en face de la gare. “Bien sûr, on pense à la santé publique, mais pour moi c’est une loi liberticide.” Pour la patronne de ce même tabac, ce n’est pas une solution pour diminuer la consommation des jeunes, mais plutôt l’encouragement d’un marché parallèle. “Si on prend l’exemple de la France, les gens vont ailleurs, tout le monde le sait et tout le monde ferme les yeux.” Ce trafic, par l’Espagne ou la Belgique, met en difficulté les bureaux de tabac français.

Les buralistes au bord du précipice

“On est fatalistes” : ce sont les mots du patron du Colibri à Auch, l’un des nombreux bureaux de tabac de la ville. Une loi pareille en France ? Il la craint. Après l’augmentation conséquente du prix des paquets de cigarettes, elle représenterait un énième coup de massue pour les buralistes qui ne se sentent pas du tout soutenus par l’État. Leur avenir, ils l’envisagent à tâtons. “Ça fait 20 ans que j’ai mon tabac, mais on sera là jusqu’à quand ? Je ne le sais pas”, confie la gérante du Cigalon.

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Ce qui les sauvera, ils l’assurent, c’est la diversité : confiseries, boissons et jeux d’argent. Ils font également la différence entre le tabac et les nouveaux modes de consommation, comme les cigarettes électroniques ou les puffs. Comme nous le dit Younès, chauffeur de bus et fumeur lui-même : “Je côtoie beaucoup de jeunes et ils ont tous leur vapoteuse.” Les tendances ont changé et cela se ressent dans les commerces.

Les buralistes auscitains sont pessimistes quant à leur avenir.
Les buralistes auscitains sont pessimistes quant à leur avenir.
DDM ILLUSTRATION – SEBASTIEN LAPEYRERE

Assis en terrasse de café, discutant autour d’un verre, mais pas de cigarette à la main, les jeunes fument de moins en moins, mais ils vapotent. Pour les commerces, ça change la donne. Le patron du Colibri le dit : “La marge est bien meilleure, bien sûr, parce que le prix est libre.”

Mais alors, qui achète encore des cigarettes ? Au Cigalon, ce sont essentiellement les 40-60 ans : “Cette génération, elle fume encore, elle s’en fout un peu des lois.” Cette tranche d’âge reste accrochée à la cigarette, comme cet habitué du bureau de tabac. “Même les augmentations de prix, ça ne me freine pas.” Finalement, la cible des tabacs est loin d’être visée par la loi britannique.

Une loi possible en France ?

Cette mesure drastique est-elle envisageable en France ? Cette question, ils se la posent tous, autant consommateurs que vendeurs. La patronne du Cigalon ne l’imagine pas : “On verra plus rapidement les paquets à 30 euros, plutôt qu’une loi pareille”. C’est une opinion partagée par Younès, mais pour lui ce n’est pas faisable techniquement. “Ça va être très difficile, pour verbaliser sur la voie publique, il faudrait beaucoup de forces de l’ordre.”

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Pour d’autres, c’est une différence culturelle. Les Britanniques seraient plus durs et rigides sur les lois que nous. “Ce n’est pas compatible avec notre histoire”, explique un habitué du Cigalon. Le pays des droits de l’homme ira-t-il à ce point dans l’interdiction pour protéger sa jeunesse ?

Différents organismes et associations de santé ont réagi à la nouvelle de manière positive. “On remercie le Royaume-Uni”, affirme la Ligue contre le cancer. Pour rappel, le tabagisme reste la première cause de décès évitable en France avec environ 75 000 décès par an. Et ces dernières années, une nette diminution a été observée. 18 % des 18-29 ans fumaient quotidiennement en 2024, contre 29 % en 2021, d’après le baromètre de Santé Publique France.

Ce chiffre est signe que la prévention anti-tabac est efficace. Une baisse encourageante qui poussera peut-être les Français à s’aligner sur le Royaume-Uni, comme l’espère Alexandre Cobigo, responsable prévention pour la Ligue contre le cancer. La ligne directrice choisie par la France pourra être observée ces prochaines années. Une chose est sûre, elle devra prendre en compte toutes les parties prenantes, notamment les buralistes.

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