Des passagers embarquant à bord d’un avion de la compagnie aérienne Transavia, à l’aéroport de Tunis Carthage, le 26 avril 2026. LAURE BOYER / HANS LUCAS VIA AFP
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Vos prochains voyages en avion sont-ils menacés ? En raison de la flambée du prix du kérosène liée à la guerre au Moyen-Orient, plusieurs compagnies low-cost, dont Ryanair, Volotea ou Transavia – qui appartient au groupe Air France-KLM – ont annulé une partie de leurs vols initialement prévus en mai et en juin. Une décision qui intervient après une première hausse des tarifs des billets, mise en place par certaines compagnies pour absorber la hausse des coûts de l’énergie.
Des annulations qui, même annoncées à l’avance, ont un impact direct sur les finances des consommateurs, souvent désemparés et mal informés sur leurs droits.
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Quelle est la part du kérosène dans le prix d’un billet d’avion aujourd’hui, et comment cela influence-t-il les décisions économiques des compagnies ?
La part peut varier d’un vol à un autre, et représente généralement « un petit tiers » du prix du billet soit « 25 % à 35 % », explique au « Nouvel Obs » Maria Lee, experte en transports qui a travaillé dans plusieurs cabinets de conseil. Elle peut représenter jusqu’à 40 % du prix d’un billet, voire plus pour des vols « très court courrier ».
Une hausse du prix du kérosène sur le billet qui « quantitativement n’est pas élevée », de l’ordre de quelques euros par vol, peut « faire perdre tout intérêt à une compagnie d’organiser le vol ».
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Pourquoi les compagnies low-cost sont-elles les plus enclines à supprimer ou ajuster leurs vols en période de hausse des coûts, notamment ceux liés à l’énergie ?
Les compagnies low cost sont particulièrement vulnérables au moindre choc de coûts car basées sur un modèle de remplissage maximal et de faibles marges. Une hausse du prix du kérosène peut ainsi déséquilibrer rapidement leur rentabilité, d’autant que leurs passagers sont très sensibles aux variations de prix. Et même une augmentation limitée peut avoir des effets significatifs. Pour Transavia, une hausse d’une dizaine d’euros sur le prix d’un billet représente ainsi un surcoût notable pour sa clientèle, ajoute Maria Lee.
Contrairement aux compagnies traditionnelles, des acteurs comme Ryanair ou Transavia, positionnés sur des billets très bon marché et majoritairement sur du court courrier, disposent de peu de marges de manœuvre. Les compagnies classiques peuvent, elles, s’appuyer sur le long courrier plus rémunérateur pour absorber une partie des hausses de coûts. « Le long courrier nourrit énormément une compagnie classique », observe Maria Lee.
Dans ce contexte, les compagnies low cost ajustent leur offre. Augmenter les tarifs ou « réduire les rotations les moins rentables [peuvent] limiter leurs risques d’impact de cette hausse de charge », explique la Fédération nationale des Associations d’Usagers des Transports (Fnaut). Des annonces certes très marquantes pour les voyageurs, mais pour le moment encore marginales ; les annulations chez Transavia ne concernent pour l’heure que 2 % des vols.
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Quels sont les droits et les recours à la disposition du consommateur en cas d’annulation d’un vol ?
Les compagnies aériennes sont en droit d’annuler un vol dès lors qu’elles préviennent les passagers plus de quatorze jours avant le départ. « Les compagnies sont assez intelligentes : c’est pour ça que les annulations faites concernent des vols prévus pour les mois de mai et de juin », explique au « Nouvel Obs » Véronique Louis-Arcene, chargée de mission au sein du service juridique d’UFC-Que Choisir.
Dans tous les cas, elles doivent proposer soit un remboursement du billet, soit un réacheminement sans frais, rappelle la Fnaut. En revanche, aucune indemnisation n’est obligatoire en cas de « circonstances extraordinaires », comme la conjoncture actuelle liée à la guerre au Moyen-Orient.
Lorsque la suppression intervient « dans le délai réglementaire », il devient difficile pour le consommateur de « contester l’annulation d’un vol », ajoute Véronique Louis-Arcene. En cas de litige, la FNAUT conseille de conserver toutes les « démarches par écrit », des « justificatifs de frais engagés » et de saisir le médiateur compétent désigné « dans les conditions de vente de la compagnie ou de l’agence ».
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La compagnie aérienne doit-elle dédommager les voyageurs des réservations faites sur le lieu de séjour, dans le cas où ils ne peuvent pas s’y rendre ?
La compagnie aérienne n’est pas tenue de dédommager le voyageur pour les réservations effectuées sur le lieu de séjour, assure l’UFC-Que Choisir.
Dans le cadre d’un voyage à forfait (vol +hébergement ou toute autre prestation), réservé auprès d’une agence de voyages, c’est à cette dernière de prendre en charge les démarches auprès des différents prestataires.
En revanche, lorsque le voyage a été organisé de façon indépendante, il revient au voyageur de se rapprocher des « différents organismes avec lesquels il a souscrit un contrat » afin de savoir s’il est possible d’annuler ou de reporter les prestations, explique Véronique Louis-Arcene. Tout en gardant en tête que des « politiques tarifaires concernant des frais d’annulation » existent, et peuvent empêcher le consommateur d’obtenir un remboursement intégral.

