Le président américain Donald Trump accueillant le roi Charles III à la Maison-Blanche pour un dîner d’Etat, le 28 avril 2026. ALEX BRANDON/AP/SIPA
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« Notre alliance ne peut pas se reposer sur ses réussites passées », a exhorté Charles III mardi 28 avril devant les parlementaires américains. Au cours de cette visite d’Etat outre-Atlantique, organisée en grande pompe par la Maison-Blanche à l’occasion du 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis, le souverain britannique a notamment appelé à ne pas se replier sur soi-même, glissant quelques piques inattendues à Donald Trump.
• Charles III tacle Trump
Lors du dîner de gala organisé à la Maison-Blanche mardi soir, Charles III s’est montré très piquant envers le président américain, évoquant les origines de nombreux toponymes aux Etats-Unis, du fait de l’installation, jadis, de colons des deux anciennes puissances rivales. « Vous avez récemment déclaré, monsieur le président, que sans les Etats-Unis, les pays européens parleraient l’allemand. Oserai-je dire que sans nous vous parleriez français », a glissé le souverain, déclenchant les rires de l’assistance. Une référence aux propos qu’avait tenus en janvier au sommet de Davos le président américain à l’adresse des Européens : sans le soutien américain durant la Seconde Guerre mondiale, « vous parleriez allemand et un petit peu japonais », avait-il déclaré.
Le roi a également plaisanté au sujet des « réajustements » de la Maison-Blanche concernant le projet coûteux de salle de bal défendu par le milliardaire républicain. « Je suis au regret de dire que nous, les Britanniques, avons bien sûr tenté notre propre projet de réaménagement immobilier de la Maison-Blanche en 1814 », a-t-il lancé. Cette année-là, des soldats du royaume avaient incendié le bâtiment.
• Un discours très apprécié des démocrates
Avant le dîner, Charles III avait prononcé un discours devant le Congrès, ce qui a fait de lui le deuxième souverain britannique seulement à s’exprimer sur la colline du Capitole à Washington après sa mère Elizabeth II en 1991. « Les défis auxquels nous sommes confrontés sont trop grands pour qu’une nation puisse les affronter seule », a ainsi lancé le roi devant des parlementaires américains acquis à sa cause, exhortant les deux pays à défendre leurs valeurs communes et à résister aux appels à se replier « toujours davantage sur eux-mêmes ».
Le roi Charles III lors de son discours devant le Congrès américain, à Washington, le 28 avril 2026. KYLIE COOPER/AFP
Une critique à peine voilée du président américain prononcée depuis la tribune de l’hémicycle, en présence du vice-président J. D. Vance et des plus hauts responsables américains mais en l’absence de Donald Trump. Les parlementaires démocrates ont particulièrement applaudi le passage du discours mentionnant l’équilibre des pouvoirs, vu là aussi comme une référence au locataire de la Maison-Blanche.
• Un appel à soutenir l’Ukraine
Le souverain britannique a aussi appelé les élus américains à faire preuve d’une « détermination sans faille » pour la défense de l’Ukraine, alors que les Européens regrettent depuis le retour de Donald Trump au pouvoir un désengagement de Washington dans son soutien à Kiev contre la Russie, sur le champ de bataille et dans les négociations diplomatiques.
• Des liens de « sang » entre les deux nations
Plus tôt dans la matinée, Donald Trump, très friand de fastes monarchiques, avait reçu Charles III et la reine Camilla avec des militaires en tenue d’apparat, une fanfare, 21 coups de canon et un survol par des avions de combat.
« Depuis que nous avons obtenu notre indépendance, il y a plusieurs siècles, les Américains n’ont pas eu d’amis plus proches que les Britanniques », a déclaré le président américain, ajoutant que les deux pays entretenaient une « relation spéciale et nous espérons qu’il en sera toujours ainsi ».
En cette année des 250 ans de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis, marquant la rupture des colonies britanniques avec la Couronne, Donald Trump a certes jugé « ironique » de célébrer ainsi le roi d’Angleterre. Mais le dirigeant républicain a justifié cet accueil fastueux par les liens de « sang » entre les deux nations, déclarant que les colons venus de l’autre côté de l’océan avaient apporté « le noble esprit britannique sur un continent sauvage et indompté ».
Seul l’ambassadeur britannique aux Etats-Unis, Christian Turner, a quelque peu troublé l’ambiance bon enfant de cette visite d’Etat. Lors d’un échange mi-février avec des lycéens britanniques révélés mardi par le « Financial Times », il a dit que la « relation spéciale » des Etats-Unis était celle les liant à Israël, non au Royaume-Uni.

