La colère agricole a refait surface au conseil municipal d’Agen. Le maire Laurent Bruneau a dévoilé les chiffres des dégradations depuis 2014. Il estime que leur coût pourrait financer des mesures de son programme. Il s’interroge sur l’opportunité de porter plainte et envisage de rencontrer les responsables de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne.
La meilleure défense, c’est l’attaque. Laurent Bruneau a fait sienne cette stratégie lundi soir au conseil municipal. Sous le feu des critiques de l’opposition depuis le début de la séance, le maire d’Agen a ouvert une brèche en pointant du doigt le coût des dégradations causées par les agriculteurs en décembre dernier. La charge a semblé subite, mais elle était bien planifiée. Préparée.
Il est 20 heures. En plein débat sur le lancement d’un audit financier et prospectif, Thierry Salvalaio, conseiller municipal de la majorité, revient soudainement sur la colère paysanne qui s’est abattue sur Agen au cœur de l’hiver. En pleine crise de la dermatose nodulaire, la Coordination rurale du Lot-et-Garonne (CR 47) avait mené, dans la nuit du 11 au 12 décembre 2025, un raid surprise devant la préfecture, place Armand-Fallières.
“Il y a un vrai ras-le-bol de ma part”
Mur de paille enflammé, barricades, déchets, bonnets jaunes, pompiers, CRS, etc., la cité de Jasmin est habituée à encaisser ces coups de sang. Ce déchaînement avait néanmoins profondément heurté Jean Dionis, pourtant soutien historique du monde agricole. “Il y a un vrai ras-le-bol de ma part”, avait déclaré le maire de l’époque en assurant réfléchir sérieusement à porter plainte. Et de souligner : “Ce sont les fonctionnaires agenais qui nettoient, les contribuables agenais qui paient, et un parc naturel récemment aménagé qui a été dégradé”.
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“Avez-vous connaissance du montant des dégâts ?”, interroge Thierry Salvalaio avant de soulever un autre point : “Le maire a-t-il porté plainte ?”. Laurent Bruneau a bien entendu les chiffres sous les yeux. Il les dégaine : “La facture s’élève à 236 086,63 euros, c’est énorme”. Il enchaîne tout en égratignant au passage son prédécesseur : “Il n’y a pas eu de passation, il n’y a pas eu de plainte. J’ai demandé au service. J’aurais pourtant aimé m’entretenir de ce sujet avec lui – Jean Dionis – car, sur ce coup-là, il semblait particulièrement agacé.”
“Nous ne pouvons pas tolérer que le bien public soit saccagé”
Laurent Bruneau rappelle alors ce qu’il avait dit au moment de cette manifestation spectaculaire. “La ville d’Agen est victime dans cette histoire. Elle n’y est pour rien. Il y a l’État d’un côté et les agriculteurs de l’autre. Leur colère est légitime, je la comprends, et pour autant, nous ne pouvons pas tolérer que le bien public soit saccagé. Il n’est pas possible que la cité soit prise en otage par des manifestants sous prétexte qu’elle est la ville préfecture”.
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Il va plus loin en exposant le coût des précédentes opérations coup de poing : 217 000 € dont 92 000 pour la ville en 2014 ; 400 000 euros en 2024. Il conclut : “Au total, nous en sommes à 722 000 pour la ville et l’Agglo. Cela financerait durant quatre ans la baisse du prix de la cantine d’un euro”. Couplée à la gratuité du stationnement durant deux heures, cette mesure est un marqueur de la nouvelle majorité. L’initiative est dénoncée par l’opposition.
En précisant qu’il est toujours possible de porter plainte – les délais le permettent –, Laurent Bruneau annonce enfin son souhait de rencontrer les responsables de la CR 47 “pour voir comment envisager une compensation”. “Et aussi comment ils se projettent, car ils doivent bien avoir conscience qu’il n’est pas possible que la ville d’Agen finance les dégradations qui leur incombent”.
“Nous serons à vos côtés si vous portez plainte”
En ouvrant le dossier sensible du casseur payeur, Laurent Bruneau veut montrer qu’il est possible de dégager des économies pour financer son programme dans un contexte contraint. Maire de gauche, il engage par ailleurs un bras de fer toujours délicat avec un syndicat agricole que certains classent à droite, voire à l’extrême droite.
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Sur la possibilité de porter plainte, il a le soutien de Clémence Brandolin-Robert, cheffe de file de l’opposition. “Alors que nous avions fait des investissements importants sur la place Armand-Fallières, ces dégradations étaient inadmissibles. Nous serons à vos côtés si vous portez plainte. Et honnêtement, il faut le faire”.

