April 29, 2026

"Je vais constituer une équipe à Toulouse et on va venir te régler ton compte" : sanctionné de cellule disciplinaire à cause d’un téléphone, un détenu craque et menace la directrice de la prison

l’essentiel
À la maison d’arrêt de Foix, en Ariège, une sanction disciplinaire a fait basculer une fin de journée ordinaire. Insultes, menaces contre la directrice, puis une vitre brisée : jugé, un détenu de 36 ans invoque la colère et l’incompréhension.

Depuis le box vitré, Salim*, 36 ans, acquiesce. Le 19 février 2026, à la maison d’arrêt de Foix, il s’est laissé emporter. L’incompréhension puis la colère. Les mots ont suivi. “Salle pute”; “salope”; “tu vas voir, je vais constituer une équipe à Toulouse et on va venir te régler ton compte”. Ils visaient la directrice de l’établissement, Anne Lepionnier, assise à quelques mètres de lui.

Ce jour-là, tout commence en fin d’après-midi. Vers 16 heures, une commission de discipline examine son cas : un téléphone a été retrouvé dans sa cellule. Douze jours de cellule disciplinaire tombent. La sanction ne passe pas. Les insultes fusent envers la directrice. Plus tard, vers 21 heures, il dégrade une fenêtre de sa cellule en brisant une vitre. La sanction s’alourdit, vingt jours de cellule disciplinaire.

“On m’a mis coupable d’office !”

À l’audience, Salim s’explique : “J’avais dit que ce n’était pas mon téléphone, je ne comprends pas pourquoi je prends ! On m’a mis coupable d’office ! En plus, j’avais signé pour un avocat et une fois arrivé à la commission on me dit : “Il n’y en a pas””. Il s’interrompt puis reprend : “J’ai pété les plombs”. Il attend un transfert, depuis des mois. Muret, de préférence. Ici, ça ne lui convient plus.

Pour la vitre brisée, il ne cherche pas d’autre explication : “C’est la suite du pétage de plombs”. Lui qui se décrit pourtant comme quelqu’un de calme. Le détenu ajoute, presque en aparté : “J’ai jamais levé la main sur qui que ce soit”. Son casier, en effet, ne mentionne pas de violences. Douze condamnations, mais pour des affaires de stupéfiants et d’association de malfaiteurs, plus anciennes pour la plupart. Après une période d’accalmie, les infractions ont repris : “J’ai malheureusement des amis qui sont dans ça… J’ai travaillé, j’étais menuisier, mais au moment du Covid l’entreprise a fermé et, au lieu de chercher du travail ailleurs, j’ai préféré vendre des stupéfiants.”

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Incarcéré depuis mars 2024, il ne sortira pas avant janvier 2029. Il parle de ses enfants, qu’il ne voit plus au parloir depuis des mois. De l’après, aussi, qu’il imagine plus calme. Avant cela, il faudra payer : L’État demande 1 150 euros pour les dégâts matériels, la directrice, elle, sollicite 800 pour le préjudice moral.

“Il a eu 7 procédures disciplinaires depuis son incarcération”

Quand elle s’avance à la barre, Anne Lepionnier ne hausse pas la voix. Elle corrige d’abord un point : Salim n’est pas en cellule disciplinaire, mais en “confinement”. Son quotidien ne change quasiment pas, hormis “qu’il est en promenade isolée”. Puis elle déroule. “Il a eu 7 procédures disciplinaires depuis son incarcération”. Téléphones, stupéfiants, incidents répétés. “Pourtant, il a la possibilité de téléphoner, visiblement il préfère acheter 1 500 euros un iPhone”. Elle marque une pause. “Il ne se remet pas du tout en question.”

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Et puis, presque comme une inquiétude qui affleure : “Le drame d’Incarville, j’y pense tout le temps, on ne sait pas ce qu’ils font, ce qu’ils peuvent constituer, il est tout à fait en capacité de monter une équipe. On ne peut pas menacer gratuitement parce qu’on est frustré et qu’on ne tolère pas d’être remis dans le cadre.”

Douze mois ferme requis par le ministère public

Du côté du ministère public, le ton se durcit aussi. “Il dit qu’il n’a jamais commis de violences ; sur les sept incidents disciplinaires, on a des violences sur détenu”. La substitut du procureur rappelle aussi un détail : avant de briser la fenêtre, Salim réclamait du tabac. “Pour éviter tout incident, on va lui en apporter. On pense encore à son confort. Et malgré cela, il démonte le cadre de la fenêtre, le casse”. Les faits sont reconnus, mais “la prise de conscience” reste, selon elle, incomplète. Elle requiert douze mois ferme, avec maintien en détention, et une interdiction de paraître en Ariège, ou à Foix, pendant trois ans.

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À la défense, Maître Andrieu ne conteste pas les faits. Elle s’attarde sur le contexte. Deux années de détention dans “des cellules surchargées”, des demandes de travail restées sans réponse. “Ça a créé une frustration”. Pour autant, douze mois ferme, est-ce une juste proportion ? “Dans son casier, pas d’antécédent ou de récidive pour outrage ou menace”, soulève la robe noire.

Le tribunal tranche sans s’attarder. Six mois ferme, maintien en détention. 1 150 euros pour l’État, 500 euros pour la directrice.

*Le prénom a été modifié

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