Le demi de mêlée du Stade Toulousain revenu de blessure à la fin de l’automne, connaît actuellement une baisse de régime, au même titre que son club, récemment éliminé dès les quarts de finale de la Champions Cup. Mais faut-il s’inquiéter des récentes performances d’Antoine Dupont ? Pas vraiment. Explications.
Son statut fait forcément de lui l’un des joueurs les plus scrutés dans le monde du ballon ovale. Il est d’ailleurs le joueur dont les performances sont le plus commentées. Et quand le Stade Toulousain déçoit sur le terrain, comme ça a été le cas lors de l’élimination en quart de finale de Champions Cup (face à l’UBB le 4 avril, 30-15) ou plus récemment au Stadium contre Clermont (26 avril, 27-24), le débat a tendance à se recentrer sur la copie rendue par Antoine Dupont. De retour de blessure à la fin de l’automne dernier (29 novembre face au Racing), et alors qu’il avait enchaîné des performances époustouflantes depuis sa reprise, le joueur de 29 ans traverse aujourd’hui une période plus délicate.
“C’est toujours pareil, on fait toujours ressortir les performances individuelles quand le collectif va moins bien, peste l’ancien ailier toulousain Vincent Clerc. Aujourd’hui il y a eu quelques contre-performances du Stade et du coup on va stigmatiser des joueurs.” Moins tranchant dans ses choix, moins fantasque dans ses initiatives, moins surprenant pour ses adversaires… Force est de constater que le numéro 9 du Stade Toulousain est moins décisif sur le terrain depuis la fin de l’hiver. Au point de s’attirer les critiques d’une partie du public sur les réseaux sociaux. “Tout le monde est très dur avec lui, ce que je peux comprendre, c’est lié à son statut et il l’assume complètement”, complète Poitrenaud. “Les gens sont un peu excessifs, abonde Vincent Clerc. De toute façon, il n’a de compte à rendre à personne à part à lui-même, à son staff et à ses coéquipiers. Le reste ce sont des discussions de comptoir.”

Il est reparti de zéro
Parce qu’il ne faut pas oublier que le gamin de Castelnau-Magnoac a fait face à une très grave blessure dont la rééducation prend beaucoup d’énergie. Pour rappel, il avait subi une rupture du ligament croisé du genou droit le 8 mars 2025 avec l’équipe de France face à l’Irlande (c’est la deuxième fois qu’il fait face à cette lourde blessure après 2018). “Une telle blessure ça veut dire qu’on repart de zéro, il faut tout retravailler dans son corps, la musculature, l’explosivité, trouver ses repères sur le terrain, il y a aussi un facteur de stress, parce que quand au bout de 8 mois, 9 mois on reprend sans avoir la certitude de retrouver son niveau, se remémore Vincent Clerc qui a lui aussi fait face à cette blessure dans sa carrière. Tout ça prend beaucoup d’énergie et on le subit à un moment donné, c’est pour ça qu’il y a des matchs où il y a un peu de fatigue.”
S’il avait été brillant dès son retour et qu’il avait grandement participé au sacre des Bleus lors du dernier Tournoi des VI Nations, il traverse depuis quelques semaines, un passage à vide, qui n’a échappé à personne. “Quand on revient d’une blessure longue, on peut avoir un trou d’air à un moment donné”, avait d’ailleurs prévenu le meilleur joueur du monde 2022 en conférence de presse le 4 avril dernier. Le problème, c’est que quand on s’appelle Antoine Dupont, le public s’attend à des envolées dès qu’il touche le ballon. Et cela avait été bien résumé par l’un de ses entraîneurs, Clément Poitrenaud, le 17 avril dernier. “C’est le syndrome Michalak, s’amusait l’ancien arrière des Bleus et du Stade Toulousain. Il a montré tellement de choses incroyables que dès qu’il est un peu moins bon, on le dit médiocre.”
Ce que disent les chiffres
Mais que disent les chiffres de ses performances sur le terrain ? Nous avons comparé ses statistiques avant sa blessure (entre 2024 et mars 2025, 22 matchs) et depuis son retour (29 novembre 2025, 14 matchs)… Et elles sont assez surprenantes.
Car l’activité de “Toto” sur le pré n’a pas diminué. Loin de là. En se basant sur les rencontres disputées avec Toulouse (Top 14 et Champions Cup) et avec les Bleus, il semble même plus efficace depuis son retour. S’il marque moins (0,65 essai marqué par match avant sa blessure contre 0,55) et qu’il parcourt un peu moins de distance sur le terrain ballon en main 46m contre 48 avant son opération, il est en revanche plus présent en défense : 92 % de plaquages réussis contre 88 % avant mars 2025. De même au niveau du nombre de défenseurs battus (4,5 par match contre 3,8), des passes après contact (1,9 contre 1,4) sans parler des passes décisives où là aussi il a un meilleur rendement qu’avant sa blessure (1,2 contre 0,8 par rencontre).
De quoi tempérer les inquiétudes de ses suiveurs. Antoine Dupont n’a rien perdu de son niveau. Il fait juste face à un petit trou d’air qui rappelle et ça ne fait pas de mal, qu’il reste un être humain.

